Dans sa bataille contre Bruxelles : Kinshasa se trompe de cible et frappe l’Allemagne

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Le bras de fer se poursuit entre Kinshasa et Bruxelles. Après la décision du gouvernement belge d’orienter vers des ONG locales l’enveloppe de 25 millions d’Euros réservée à l’aide humanitaire à la RDC, en lieu et place des canaux officiels, et celle de son homologue
congolais de suspendre les activités de l’Agence Belge de Développement et de la Maison Schengen, la tension vient de monter d’un cran. En effet, hier lundi 05 février 2018, la Représentante de SN Brussels Airlines à Kinshasa a reçu du Directeur général de
l’Autorité de l’Aviation Civile (AAC), Jean Tshiumba Mpunga, une lettre l’informan tde la révision à la baisse, à compter de la même date, du nombre de vols hebdomadaires qu’assurait sa compagnie entre Kinshasa et Bruxelles, soit de 7 à 4.

La raison principale invoquée par ce responsable congolais est le « manque de réciprocité » entre les deux pays. Ce qui étonne dans l’affaire, c’est le réveil tardif de la partie congolaise, qui vient de se rendre compte, près de deux décennies après le dernier vol de
LAC (Lignes Aériennes Congolaises) entre Kinshasa et Bruxelles, que la compagnie aérienne belge évoluait en situation de monopole, en se
tapant sept vols hebdomadaires contre zéro pour la RDC. Cela est
d’autant curieux que la nouvelle compagnie aérienne nationale, Congo
Airways, ne possède pas de flotte desservant une quelconque capitale
européenne. On note que Brussels Airlines n’est pas la seule société
aérienne étrangère exploitant l’escale de Kinshasa sans contrepartie
congolaise. On peut citer, au hasard, Air France, Turkish Airlines,
Ethiopian, Kenya Airways, SAA (South African Airways), Air Maroc, etc.
Si la règle de réciprocité devrait s’appliquer à toutes les compagnies
aériennes qui desservent Kinshasa, elles devraient être amenées,
toutes, à revoir à la baisse leurs fréquences sur la capitale
congolaise.
Mais dans sa volonté de porter un coup d’estocade à Bruxelles, après
avoir constaté être en train de subir l’effet de boomerang dans le
dossier de la fermeture de la Maison Schengen à Kinshasa, le
gouvernement congolais s’est trompé de cible.
Car, en lieu et place de frapper des intérêts belges, les autorités
congolaises viennent de sanctionner plutôt la République Fédérale
d’Allemagne, à travers sa compagnie aérienne Lufthansa, propriétaire à
100 % de SN Brussels depuis 2016. La RDC vient d’ouvrir ainsi un
nouveau front contre une des puissances économiques européennes et
mondiales, qui observait jusque-là une attitude plus ou moins réservée
face à la crise congolaise, bien qu’elle soit liée, avec la Belgique,
aux sanctions déjà prises par l’Union Européennes contre des
personnalités civiles et militaires congolaises accusées de blocage du
processus électoral et de violations répétées des droits de l’homme.
Quelle va être la réaction de Berlin face à une sanction financière
qui implique une baisse immédiate des recettes d’exploitation de la
Lufthansa et, à court terme, un dégraissage des effectifs tant en
Allemagne, en Belgique qu’à Kinshasa, où se trouve le bureau de
représentation de SN Brussels ? La République Démocratique du Congo
dispose-t-elle des moyens politiques et financiers à même de lui
permettre de faire face à la Belgique et à l’Allemagne ? Certes, SN
Brussels a assuré hier lundi, sa desserte quotidienne entre Kinshasa
et Bruxelles. Quant à la suite, nul ne sait ce qui va arriver d’ici à
la fin de la semaine, d’autant que, selon l’esprit et la lettre du
Directeur Général de l’Autorité de l’Aviation Civile, un nouveau
programme d’exploitation devait lui être transmis illico presto.
Manifestement, cet ultimatum pourrait être respectée car le programme
d’exploitation d’un avion ne s’établit pas en un jour, comme celui
d’un taxi-bus.

L’AAC ignorait-elle la tutelle de SN Brussels ?

La question que les experts du transport aérien se posent est de
savoir si l’Autorité de l’Aviation Civile Congolaise savait si la
tutelle de SN Brussels était assurée par Lufthansa. Dans
l’affirmative, il y a lieu de croire que Kinshasa semble déterminé à
franchir la « ligne rouge » avec l’Union Européenne, en menaçant les
intérêts financiers de tous les Etats membres. Ce qu’il faut craindre
serait la riposte en préparation de l’autre côté de la Méditerranée
face à un Etat « fragile », dont les projets de développement sont
tributaires des fonds des institutions de Breton Wood, dont les
principaux décideurs siègent au sein de l’UE. C’est aussi au sein
cette organisation que se recrutent les plus grands partenaires de la
RDC aussi bien pour les importations que les exportations. Dans
l’hypothèse d’un embargo économique de l’UE contre Kinshasa, chacun
peut imaginer les dégâts…surtout que le pays est en froid avec les
USA, la superpuissance industrielle, économique, financière et
militaire de la planète.
Kimp

La lettre du DG de l’AAC
A Madame la Représentante de Brussels Airlines,
Kinshasa/Gombe

Concerne : Réduction du nombre des fréquences de vols de /vers RDC,

Madame la Représentante,

Par la présente, je vous informe que faute de réciprocité dans
l’exploitation des services aériens internationaux entre la République
Démocratique du Congo et le Royaume de Belgique, le nombre des
fréquences hebdomadaires à votre compagnie aérienne, Brussels
Airlines, est réduit de sept (7) à quatre (4) à partir du lundi 05
février 2018.

A ce propos, je vous invite à me soumettre, sans délais, pour
approbation, un nouveau programme d’exploitation.

Veuillez agréer, Madame la Représentante, l’expression de mes
sentiments distingués.

Tshiumba Mpunga Jean

Directeur Général de l’Autorité de l’Aviation Civile