Bas-Congo : la vie s’est arrêtée le long du rail

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accident-de-train-bas-congoPlus d’un siècle après la découverte du Congo par les explorateurs européens, on est bien  tenté de confirmer les craintes et les prédilections de l’aventurier et journaliste anglais Henri Morton Stanley qui affirmait que sans le chemin de fer le Congo ne valait pas un penny. Pour s’en convaincre, il vous suffit de faire un tour partout où passait jadis le train pour se rendre compte combien tout est resté en l’état. On se croirait dans un film où le temps s’est brusquement arrêté.

         Et dans ce secteur, la province du Bas-Congo, porte d’entrée par l’océan Atlantique est un bel exemple de ce désarroi économique et humain, même si le pays se targue à chaque fois que l’occasion de présente d’être continuellement  sur la bonne voie.   Pour preuve, la vie économique développée autour  du rail et animée par les incessantes correspondances de train tant de marchandises que de passagers entre la ville   de Kinshasa et sa correspondance de Matadi s’est arrêtée. La société commerciale de transports  et de ports, ex-Onatra, a sensiblement réduit ses activités, alors que cette voie de communication, plus sûre et plus rentable,  qui constituait son épine dorsale en renflouant ses caisses, est à l’abandon.

 Pour ceux qui  connaissent cette voie ferrée pour y avoir voyagé, de Kinshasa, Kimwenza, Kasangulu, Kisantu, Mbanza-Ngungu, Kimpese, Minkelo, Lufu, Songololo et  à Matadi, les seuls vestiges de ce glorieux passé, ce sont  des gares à l’abandon avec pour seule présence, de tas de wagons et des locomotives qui rappellent étrangement toutes les signalisations en ruine.  Et les populations qui vivent le long de ces bourgades sont dans un état de dénouement sans précédent.

 Privées de tout confort moderne : eau courante et d’électricité, vivant  dans de logements  de fortunes comme au Moyen Age alors que la Rd Congo affiche publiquement, haut et fort, son ambition de devenir un pays émergent.  Les écriteaux en fer sont les derniers signes  qu’il y  avait jadis une forte activité humaine à ces endroits. Comme la nature a horreur du vide, ces gares  sont devenues en l’espace de quelques années  des repères  pour squatteurs et  des populations démunies de tout. L’exemple le plus frappant, c’est lorsque l’on dévale la montagne à Mbanza Ngungu où la gare n’est que l’ombre d’elle-même.  Plus déplorable, la petite activité économique liée à l’agriculture vivrière qui alimentait toutes ces gares et permettait aux parents d’assurer la scolarité de leurs enfants  n’appartient plus qu’au passé. La vie s’est dangereusement dégradée dans ces coins où l’accessibilité devient difficile à cause de routes en terre non entretenues qui  se transforment en vrais bourbiers pendant la saison de pluie. Le paysan  assiste ainsi impuissant au feuilleton de toute sa production et toute son économie tombée en ruine.

Pays  enclavé ou émergent ?

         Malheureusement, cette situation de la province du Bas-Congo,  pourtant proche de Kinshasa et pourvoyeuse  de devises avec ses ports, routes, chemin de fer, pétrole, or, péage  n’est pas sans rappeler la situation chaotique et désolante  dans le Congo profond. En effet, de l’avis de plusieurs observateurs,  si cette dernière province qui ne connait pas de troubles  vit dans cet  enclavement,  qu’en est-il de provinces telles que l’Equateur, les deux Kasaï, Bandundu, Province Orientale, le Nord et Sud-Kivu, Maniema et le Katanga qui connaissent par endroits des troubles liés à la présence des forces négatives ? La question reste tout  entière et c’est au gouvernement d’apporter une réponse adéquate et des solutions idoines pour atténuer tant soit peu la misère de la population rurale. Car, dans ces coins du pays, les gens meurent encore faute d’aspirine. Beaucoup de femmes en donnant la vie quittent ce monde. La marche à pied avec un baluchon constitue la seule alternative. Et posséder une bicyclette dans ces coins est un signe de promotion sociale.  Bref, le pari de faire de la Rd Congo un pays émergent doit nécessairement être accompagné  d’importantes réformes afin que la population ne rate pas pour la seconde fois le train du développement. Cela passe par la redynamisation de l’activité économique et des voies de communication d’abord.

VAN

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