Barrières en surnombre sur nos routes et le long du fleuve

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Un petit tour dans les marchés de Kinshasa et de ses environs, les prix de denrées alimentaires crèvent les yeux. Dans les petits ports de la capitale, on s’arrache les cheveux pour acquérir un panier de poissons fumés, un sac de maïs ou de manioc. Dans les parkings des camions en provenance de Bandundu ou du Bas-Congo, rien n’est plus à la portée du gagne-petit qui au lieu du panier de la ménagère, est réduit au niveau de sachet. Devant les étals des denrées alimentaires, c’est la valse des prix qui ne sont plus à la portée du consommateur moyen. Tout coûte cher. Et même très cher.

         Les ministres le savent, même s’ils se réjouissent d’être bien cotés. Pourtant, les plaintes de la population sont exprimées partout et rares sont ceux qui achètent les yeux fermés, sans marchander. Le pouvoir d’achat assez faible de la majorité des consommateurs, a poussé la plupart d’entre eux à se rabattre sur les mesurettes ( sakombi ou verre). C’est la triste réalité dans un pays où l’on produit en abondance, le poisson, le manioc, le maïs, la banane plantain, les courges, l’huile de palme, la viande de gibier.

         Pourtant, quand on réussit à atteindre les centres de production de l’arrière-pays, après une épreuve de rallyes de brousse, contraste des contrastes, les denrées alimentaires pourrissent faute de preneurs. Les raisons ? Les routes sont impraticables. Aucun transporteur n’accepte de sacrifier son engin pour faire des navettes entre les centres de production et les points de commercialisation. Des jeunes cyclistes de l’arrière-pays sans emplois ne demandent pas mieux que de couvrir ces distances à vélos. Et à combien vend-on ces denrées alimentaires ? Presque à un prix au rabais pour les écouler, étant donné que ce sont des produits périssables. Pourquoi alors cette différence importante des prix à la production et à la commercialisation ?

Les commerçants se grattent la tête et se plaignent des barrières en surnombre dressées sur nos routes entre les provinces et même il y en a en grand nombre à l’intérieur d’une même province. C’est comme si on passait d’un Etat à un autre.

Taxes de chargement et de déchargement dans les ports

         A toutes ces barrières, c’est le même refrain, contrôle des pièces d’identité, des documents de bord et des marchandises. Après il faut débourser quelques billets de banque et céder quelques produits alimentaires en nature. Les tarifs que les agents de l’Etat se sont souverainement octroyés, ne sont pas négociables. Ou vous payez et on vous laisse, ou vous résistez et l’on saisit la marchandise, sinon toute la cargaison. Pas de quittances, ni de reçus qui ne sont plus d’ailleurs en usage dans les services de l’Etat. Dans toutes ces barrières illégales, vous ne verrez donc pas un agent de la DGRAD pour vous délivrer les notes de perception à aller payer à la banque ou dans une coopérative d’épargne. On vit encore à l’âge de la pierre polie dans certains de nos villages. S’ils se chamaillent, comme c’est le cas assez souvent pour le partage du «  butin », les agents de différents services de l’Etat finissent par s’implanter chacun de son côté, opérant seul en toute quiétude et sans témoin gênant. Et rien ne justifie ce nombre impressionnant des barrières dressées sur nos routes et tout le long du fleuve, des affluents et des lacs.

Le calvaire des commerçants, comme il faudrait le relever, est plus perceptible dans les ports où les petites embarcations et les bateaux sont soumis aux mêmes contrôles, les équipages et les passagers aux mêmes tracasseries policières et administratives. Dans les 13 petits ports de Kingabwa, c’est vraiment «des micros Etats dans un Etat». Dans chaque petit port en effet, on est sidéré par la présence de nombreux agents de l’inspection urbaine de l’Agriculture et du Développement rural. Ils contrôlent à partir de la lettre de transport, tous les produits alimentaires qui entrent dans la capitale. La nature et la quantité des produits. Leur rôle est d’exiger le paiement des taxes de chargement et de déchargement dont le montant a été fixé par le chef de division. Ne soyez pas surpris de voir un panier de poissons fumés acheté à 2.500 FC à l’intérieur du pays, coûter à Kinshasa, 6.600 FC. En retour, quels services rendent-ils aux commerçants ? Car, ils soumettent tout le monde, commerçants navigants comme les simples voyageurs, au même régime de taxes, que ce soit pour la consommation domestique ou pour la commercialisation. C’est ça ce qui révolte et montre à suffisance que ces agents de l’Etat ne sont pas au service de la nation, mais de leurs poches. Tous sont d’ailleurs gros et gras, sans se soucier du sort des consommateurs de Kinshasa.

         Devant cette sorte de laxisme ou de laisser-aller des autorités provinciales qui ne contrôlent rien dans ce secteur transformé en jungle, les Kinois affamés et désemparés ont les yeux tournés vers les autorités nationales, afin qu’elles tentent de remettre de l’ordre dans les ports et sur les routes. Leurs instructions bafouées, la perception illégale des taxes de chargement et de déchargement continue, et les prix de denrées alimentaires restent inaccessibles aux bourses modestes. Ces plaintes valent interpellation.

                                                                                                          J.R.T. 

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