Banyaku Luape pas d’accord avec International Crisis Group

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International Crisis Group oublie toute la gestation des avancées de la libéralisation en Afrique pour focaliser toute son attention sur  le processus électoral congolais  de 2011, auquel les Pays Occidentaux ont refusé officiellement d’accorder tout appui, en laissant libre champ à la spéculation médiatique et aux déraillements orientés du processus électoral. Ces analystes n’accordent aucune importance au dépérissement de l’Etat  en Somalie, de dévoiement de la transition en Egypte et en Tunisie, de la manipulation socio-ethnique  en Côte d’Ivoire et de crispations ou tensions sociopolitiques au Maroc et au Burkina Faso pour se consacrer aux rapports subversifs et conspirateurs  en RDC.
Mais la chronologie des rapports de l’International Crisis Group démontre sur base de  prises de position fort controversées, que de manière constante, les recommandations sont tendancieuses comme l’indique leur  brève description  de 2000 à 2011.

• 20 décembre 2000 : pour contraindre Mzee Laurent-Désiré KABILA à mettre en œuvre l’Accord de Lusaka, ICG incite la communauté internationale à rationner l’importation du pétrole en RDC et de limiter l’appui militaire de la SADC à la RDC (cf. Le partage du Congo : anatomie d’une sale guerre) ;

• 9 janvier 06 : face aux efforts pluriels déployés en vue de désarmer les maï maï au Katanga, ICG recommande d’interdire au PAREC d’organiser un programme de réconciliation en dehors du CONADER (cf. Katanga : la crise oubliée de la RDC) ;

• 13 février 06 : considérant la mise en œuvre du processus de réforme des secteurs de sécurité, ICG recommande notamment de réduire les effectifs de l’armée de 100.000/125.000 à 60.000/70.000, de réduire aussi les effectifs de la Garde Républicaine de 12.000/15.000 à 600 ou 800 hommes, et aussi de désigner des Conseillers techniques étrangers pour superviser la paie des militaires (cf. La réforme du secteur de la sécurité en RDC) ;

• 27 avril 06 : examinant le processus électoral, ICG déclare que le scrutin n’a pas été préparé convenablement et que le boycott annoncé par Tshisekedi risque d’entrainer des troubles à Kinshasa et au Kasaï où il le trouvait très populaire. Il recommande alors que la RDC accepte la désignation d’un organisme indépendant pour aider à résoudre les différends entre candidats. Il va même jusqu’à recommander l’organisation d’un recensement après les élections pour redistribuer les sièges au Parlement ! L’armée devrait être maintenue dans les garnisons ; même la Garde Républicaine ne pourrait sortir que quelques heures avant le passage du Président de la République (cf. Elections au Congo : établir ou troubler l’ordre ?)

• 2 octobre 06 : Suite aux affrontements armés survenus à Kinshasa, ICG recommande que les unités de l’EUFOR et de la MONUC soient autorisées à accéder à toutes les installations militaires (cf. La sécurité des élections au Congo : les leçons des affrontements de Kinshasa);

• 9 janvier 07 : le mandat du CIAT étant échu, ICG recommande une formule pouvant permettre à la MONUC d’assurer une Coordination politique et diplomatique, à travers la mise en place d’un forum international chargé de conseiller et d’appuyer le gouvernement congolais, et particulièrement d’organiser le paiement et la gestion de l’armée nationale intégrée (cf. Poursuivre l’engagement international après les élections) ;

• 05 juillet 07 : dans la foulée des opérations contre les insurgés BDK, ICG impute les troubles occasionnés par ce mouvement au fait que le Gouvernement aurait écarté l’opposition des postes de gouverneurs, ce qui constituerait une menace au pluralisme politique. Il recommande à la communauté internationale de conditionner toute aide à la réduction préalable des effectifs de la Garde Républicaine (Congo : Consolider la paix) ;

• 11 mai 09 : au lendemain du lancement de l’opération Kimia II, ICG s’en tient à des procédures de protection des civils et s’oppose à toute poursuite des pressions militaires préconisées par le Communiqué de Nairobi (cf. Congo : cinq priorités pour une stratégie durable de construction de la paix) ;

• 9 juillet 09 : observant l’évolution de Kimia II, ICG recommande la suspension des opérations militaires et propose d’intégrer des spécialistes civils dans le centre de planification militaire commun FARDC – MONUC (cf. Congo : une stratégie globale pour désarmer les FDLR) ;

• 8 avril 10 : alors que les choses avancent positivement, ICG décrète que la démocratie s’enlise en RDC. Il accuse le Président de la République de mettre fin à l’équilibre des pouvoirs, d’établir des réseaux parallèles de prise de décision, d’organiser, en faveur de son cabinet, l’ascendance sur les autres institutions. D’où toute une panoplie de recommandations invitant la communauté internationale à lier l’aide au développement à la mise en œuvre de la décentralisation, à ne pas s’offusquer de poser des actes assimilables à une tutelle extérieure, de développer une assistance conditionnée même dans le programme de réforme des secteurs de sécurité, de constituer un Comité d’experts nationaux et internationaux pour surveiller et accompagner les élections locales, de sensibiliser les partenaires économiques asiatiques de la RDC à opter pour une approche liant toute aide au développement (Congo : l’enlisement du projet démocratique) ;

• 16 novembre 10 : incapable de voir toutes les évolutions positives dans le Kivu, ICG s’offusque du fait que le Conseil de sécurité ne se soit pas opposé aux décisions ayant conduit les présidents Kabila et Kagame à fumer le calumet de la paix. Il prétend que la situation humanitaire serait pire qu’avant la réconciliation entre les deux présidents. D’où une batterie de recommandations surréalistes appelant à la suspension des opérations militaires contre les FDLR et les groupes armés nationaux écumant le Kivu ; à la réduction des effectifs des troupes stationnées au Kivu (qui devraient passer de 60.000 à 25.000 hommes), à la reconduction du mandat des partenaires occidentaux siégeant au Comité de sécurité ad hoc, à l’élaboration d’un cadre légal pour la représentation politique des prétendues minorités ethniques (cf. Congo : pas de stabilité au Kivu malgré le rapprochement avec le Rwanda) ;

• 5 mai 11 : exploitant la publication du calendrier électoral par la CENI, ICG ne perd pas l’occasion de se faire remarquer. Il parle de 4 ans d’inertie électorale, de processus de démocratisation enlisé, de calendrier glissant. Il formule un dilemme sous forme de risque d’inconstitutionnalité ou de bâclage des élections. En guise de solution, il préconise la négociation d’un nouveau calendrier électoral de secours ainsi que le retour à une nouvelle période de transition. Menaces à l’appui, les partenaires internationaux devraient se désengager dans le cas où le gouvernement congolais maintiendrait le cap pour l’organisation des élections selon le calendrier publié par la CENI.
Pour ICG, la nouvelle transition devrait bénéficier des services d’un Comité de surveillance au sein duquel les chancelleries occidentales et la MONUSCO évalueraient le respect d’un code de bonne conduite ; elle permettrait à la diaspora congolaise de se faire enrôler et bénéficierait de la protection des troupes de la Monusco, dont un nouveau déploiement devrait se faire vers l’Ouest du pays (Congo : le dilemme électoral).   

Qu’est-ce qui ressort des prises de position d’ICG sur le cheminement politique de la RDC, débat, duquel  il s’est invité ?
Il y a une constante : l’ICG veut la mise sous tutelle de la RDC militairement, politiquement et économiquement.  Pour le reste, il nous sert des lapalissades, comme si nous-mêmes n’étions pas capables d’évaluer les risques auxquels nous sommes exposés du fait des incursions impromptues de ces conseilleurs aux intentions maquillées d’inquiétantes bienveillances.

Que l’on aurait cru à la démission de l’élite intellectuelle congolaise est un constat irréfutable, mais que l’on propose à la société congolaise une  recommandation d’un report électoral pour un gouvernement d’union nationale, par  l’International Crisis Group est  une dérive  politique   qui frise le scandale d’un délit d’intelligence de la part de certains intellectuels et analystes occidentaux. Une véritable cinquième colonne nébuleuse et pernicieuse.
Un des meilleurs Politologues congolais, le Professeur André Ilunga Kabongo, de l’Université de Kinshasa définissait le « concept de crise », comme une rupture de l’ordre devant laquelle les Acteurs perdent le contrôle dans un Champ troublé, d’où le paradigme de « Turbulent Field », par lequel la dynamique de décomposition se décontracte en ordre de grandeur et celle de recomposition se contracte en format concentré et réduit.
La perte de contrôle du champ troublé par les Acteurs politiques implique également celle de l’élite intellectuelle, qui subit la contraction ou la compression intellectuelle, face à laquelle se déploie les malignités des élites politiques et intellectuelles étrangères.
La République Démocratique du Congo en est un exemple édifiant de ce paradigme. Et le Savant Kabongo Ilunga a suggéré dans ce paradigme de crise, l’anecdote du « crocodile et du scorpion que Trefon dans son ouvrage sur la Transition au Congo, a naïvement et abusivement utilisé, sans avoir lu le texte fondamental d’Ilunga Kabongo. Trefon a recouru à un raccourci imaginaire pour désigner tous les Congolais comme scorpions et le grand Congo comme crocodile.

Dans mes notes de lectures sur l’ouvrage de Trefon, j’ai malheureusement démontré, en citant Ilunga Kabongo lui-même, que  l’élite intellectuelle occidentale, par son hypocrisie et sa lâcheté, détourne le débat sur la société et sur l’Etat en Afrique et dans le Tiers Monde en  cachant la grande responsabilité de l’Occident sur la débâcle du Congo, de l’Afrique et du Tiers Monde.
Selon leurs propres analyses, la colonisation se présente comme une œuvre salvatrice et civilisatrice qui a tiré les peuples primitifs de la sous-humanisation, de l’infra-humanité, de la sauvagerie et de la  barbarie en leur offrant l’âme  pour prier Dieu, pour penser utile, puis pour  raisonner cartésien et il a été mis en place des infrastructures pour leur faire entrer dans le monde économique moderne, c’est-à-dire  entrer dans l’ histoire  moderne comme le disait  si bien le Président Sarkozy à Dakar.
Toujours selon eux, la décolonisation est un raté à cause de l’ incapacité et de l’ incompétence des Congolais, des Africains et d’autres Elites du Tiers Monde. Ce qui nécessite le concours de l’expertise étrangère,  l’investissement de capitaux et le transfert technologique par des grandes Multinationales en usant des crimes économiques comme de gestion de la mondialisation.

Le Néocolonialisme devient ce parrainage ou titulariat culturel, idéologique, politique et économique sur les Dirigeants de l’ancien monde tiré de la colonisation  et un hydre monstrueux qui a avalé les Dirigeants patriotes comme Lumumba, Kabila, Sankara, Ngouabi et tant d’autres sans un quelconque remord et qui accable aujourd’hui Kadhafi , le Président Iranien, plus que le Président de la Syrie et du Yémen par l’amour pour les populations civiles en détresse.
Nul n’ignore que le colonialisme imposé par l’occident s’est fait la bonne conscience par le fait d’évangélisation des peuples animistes, par la lutte contre l’esclavage et par la compassion pour les peuples arriérés par rapport à la civilisation moderne.
On ne comprendrait pas qu’aucune étude sérieuse ne s’attaque à la conquête sauvage des marchés de ressources naturelles, aux délits d’intelligence des experts occidentaux dans nombreux contrats miniers, pétroliers et de services, à l’initiation intensive aux mœurs et pratiques dépravées comme l’homosexualité et les pratiques proxénètes, la pédophilie, le trafic d’armes, de drogues et d’organes humains. 

Le plus grand drame est que les élites occidentales, par mépris ou par déni de la capacité de l’élite intellectuelle congolaise ou africaines, refusent d’engager un débat avec leurs correspondants dans les Universités  de grande valeur  et se contentent de superficialités et des repérages culturels fort rétrogrades et pleins de clichés dégradants.. Ils s’amusent à étoffer des arguments avec des documentaires tendancieux et  sulfureux pour plaire et se prévaloir comme experts reconnus suivant les sensibilités de l’opinion publique de l’Occident. En aucune fois, les soi-disant spécialistes de la RDC n’ont  échangé avec les éminents chercheurs des universités et instituts supérieurs congolais pour conforter leurs hypothèses et thèses. A ce point précis, le meilleur terrain de cette expertise occidentale est celui de la Démocratie, de Droits Humains, du Genre, de l’Environnement et de la Corruption des Dirigeants du Tiers Monde.

Mais, l’élite intellectuelle occidentale sait parfaitement comment les dictatures se sont installées en Afrique ; comment les fondamentaux de la démocratie sont desservis par l’exploitation honteuse des ressources et des populations du Tiers Monde ; comment les dirigeants et magnats du Tiers Monde réalisent de grandes richesses avec leur complicité et où ils cachent leurs richesses toujours avec la complicité de l’Occident ; comment les Droits de l’Homme sont bafoués dans leur propre Pays contre les Noirs, les Arabes, les Bohémiens ou Romanos et autres immigrés ; Comment le masochisme et le servilisme sexuel ou le sexe marchand est à l’ordre du jour dans la pratique sociale occidentale et dans l’ imaginaire de publicité commerciale et de cinéma ; comment l’environnement est démoli par la surexploitation des Industries occidentales et particulièrement les sociétés pétrolières, chimiques,  sociétés de manipulations génétiques, les sociétés forestières, minières et d’exploitation marine ; comment enfin les multinationales et les acteurs politiques occidentaux entretiennent la corruption des dirigeants et fonctionnaires du Tiers Monde pour maximiser  leurs profits ou gains politiques et comment les maisons d’expertise occidentales jouent au délit d’intelligence et encouragent l’incapacité de leurs partenaires congolais et africains dans la signature des contrats d’expertise ou d’affaires.

Tous les éléments de crise de la RDC et de l’Afrique sont connus par leurs causes et effets, donc c’est tout simplement injuste de vouloir accabler les élites dirigeantes et Peuples Congolais, Africains et du Tiers Monde. D’autant plus que les expériences récentes en Côte d’Ivoire, en Libye, en Iran et au Venezuela montrent que l’Occident peut imposer sa rationalité d’intérêt  par le simple fait de puissance ou pour simple fait de jouissance du malheur d’ autres peuples du Tiers Monde.

Prof. Banyaku Luape Epotu

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