Banque Congolaise : Mupepe Lebo inquiète la clientèle

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Sur l’avenue des Aviateurs, au siège de la Banque Congolaise, le choc psychologique espéré à la faveur de l’annonce des mesures de redressement prises par la Banque Centrale tarde à se manifester. Bien au contraire, le temps est de nouveau aux conciliabules, aux échanges d’informations sur la manière dont « demain pourra être fait ». Au cœur du problème : la présence controversée de Mupepe Lebo à la tête de la direction provisoire de la banque. Connu pour ses talents de liquidateur dans le secteur bancaire et les institutions financières, voilà Mupepe Lebo chargé de mener une mission qui contrarie sa technicité, jetant par sa seule présence un vent de panique au sein de la clientèle et de la profession.  « Comment voulez-vous que je garde mes économies dans une banque dirigée par un liquidateur ? », nous a confié un cadre de commandement dans une grande entreprise de la place. Cette réaction est manifestement celle de la majorité des clients de la banque qui estiment que même si l’objectif annoncé est digne d’intérêt, la désignation d’un liquidateur à la tête de la banque a été un mauvais signal.  

            Une semaine après l’annonce des mesures de redressement marquées par la nomination de Mupepe Lebo, le constat est amer. Le vent n’a pas changé de direction et on apprend même, à la faveur des conciliabules déjà évoqués, que des cadavres ont été découverts dans certains placards par des limiers qui auraient mis la main sur le fil d’Ariane reliant d’une part l’administrateur provisoire à des agents indélicats de la Banque congolaise, impliqués dans des malversations financières, et de l’autre établissant des liens avec la direction de surveillance de l’intermédiation financière qui doit bien des explications sur la rumeur qui court, faisant état d’une rémunération mensuelle de trente-neuf millions de francs congolais allouée à l’intéressé, un salaire qui, s’il était confirmé, ferait baver d’envie même les membres du gouvernement, souvent obligés de recourir à des tours de passe-passe pour faire face aux multiples sollicitations financières dont ils sont l’objet.

            Le sort de la Banque Congolaise préoccupe aujourd’hui tous les segments de la société. La Banque centrale bien sûr, mais aussi les milieux d’affaires, la clientèle ordinaire, l’Association congolaise des banques et enfin, le gouvernement qui garde frais en mémoire la dernière crise financière internationale.

            Selon les informations reçues de bonne source, il appert que le gouvernement et la BCC courent après le même objectif : rendre la Banque Congolaise plus liquide. Mais cet objectif, du point de vue du gouvernement, ne peut pas être atteint s’il est fait recours à des personnes qui ne répondent pas au profil, ce qui est le cas aujourd’hui avec l’appel fait à un liquidateur pour redresser la banque.  Ce doute est aussi partagé par la Fédération des Entreprises du Congo dont le Conseil d’administration,  réuni le vendredi 15 octobre 2010, a estimé que les récentes mesures étaient justifiables il y a six mois quand la Banque Congolaise avait connu des difficultés de trésorerie dues à la crise financière avec des répercussions particulières sur elle (Banque Congolaise) dues au fait qu’elle était la seule banque qui avait accordé beaucoup de crédits à l’économie. Et beaucoup plus que la mesure, c’est encore une fois la personne de Mupepe Lebo qui  inquiète parce que selon les dires des uns et des autres, l’image de l’administrateur provisoire reste liée à la liquidation et donc, ne sécurise pas.

            C’est cette conclusion de l’image qui ne sécurise pas qui est aussi tirée à l’Association congolaise des banques où l’on estime qu’il s’agit d’un mauvais message adressé au secteur bancaire, d’autant plus qu’au bout d’une semaine, on n’a vu aucun signe en ce qui concerne les mesures d’accompagnement. Tout se passe comme si le nouvel arrivant se contentait de compter les jours pour dire, au détour d’un délai pré-convenu, qu’«en dépit de tous les efforts déployés, il ne reste qu’une seule solution : la liquidation !». Un domaine où il pourra enfin exprimer toute sa technicité. Mais liquider, ce n’est pas seulement détruire des emplois au moment où la coalition au pouvoir s’apprête à sillonner la République pour solliciter de nouveaux suffrages. C’est aussi priver les entreprises et les entrepreneurs de moyens de finance leurs activités. Face à ces maux, que faut-il faire ? 

            Compte tenu de l’évolution négative de la situation, la clientèle de la Banque Congolaise –toutes tailles confondues- exprime le vœu de voir l’autorité monétaire fournir l’effort de se pencher encore une fois sur la situation et de prendre les correctifs destinés à rasséréner les esprits. Il est souhaitable que cela se fasse dans les meilleurs délais si on veut éviter qu’un vent de méfiance ne s’installe de nouveau à l’égard du secteur bancaire et que des maux que l’on croyait enterrés retrouvent contre toute attente une vigueur hautement dommageable pour l’économie nationale. La thésaurisation, qu’on s’en souvienne, n’est jamais bien loin dans notre pays…

Mbili Makamba   

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