Banque Congolaise : le Cabinet Mupepe joue les prolongations

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Comme annoncé dans Le Phare du vendredi 22 octobre 2010, Mawakani Samba, nouvel Administrateur provisoire de la Banque Congolaise, a pris ses fonctions au croisement des avenues des Aviateurs et de la Nation. Dans un délai ne dépassant pas trois mois, il a l’obligation, selon les termes de référence de sa mission, de produire des résultats basés sur la bonne gestion et un plan de redressement correctement élaboré et appliqué.  

            L’entrée en scène de Mawakani, on s’en souvient, fait suite au tumulte suscité par la parenthèse Mupepe Lebo dont la présence à la tête de la Banque Congolaise pendant près de deux semaines dans le costume d’Administrateur provisoire avait suscité d’énormes inquiétudes dans les milieux aussi bien des opérateurs économiques que de la clientèle ordinaire de la banque.

 Pour l’essentiel, ces inquiétudes reposaient sur le fait qu’un liquidateur n’ayant pas pour vocation de redresser, sa nomination ne pouvait être qu’un signal du démembrement programmé de la banque suivi de sa liquidation pure et simple. C’est en tout cas la compréhension que les membres de la Fédération des Entreprises du Congo ont eu de la désignation de Mupepe, ce qui avait poussé leur président Albert Yuma à réclamer de la Banque Centrale du Congo des assurances sur cet aspect des choses. Désigné le 29 Septembre 2010 et installé dans ses fonctions le samedi 9 octobre, Mupepe Lebo a quitté la Banque Congolaise le 20 octobre sans avoir présenté un quelconque plan de redressement comme l’y invitait pourtant son acte de nomination.

Mupepe évacué de l’avenue des Aviateurs, voici donc Mawakani. L’homme est surtout connu pour avoir été choisi par Etienne Tshisekedi, alors Premier Ministre élu par la Conférence Nationale Souveraine, pour diriger la Banque Centrale du Congo. Mais il est aussi connu pour avoir présidé aux destinées de la Nouvelle Banque de Kinshasa avant sa liquidation par Mupepe Lebo. Est-ce par un concours de circonstance que les deux hommes se retrouvent dans le même voisinage, l’un précédant toujours l’autre et vice-versa ? En tout cas, si hier Mawakani avait géré la NBK avant d’en céder les clés à Mupepe Lebo pour sa liquidation, aujourd’hui, les rôles sont inversés. Mupepe le liquidateur s’est essayé dans la gestion de la Banque Congolaise avant de passer le flambeau au banquier Mawakani. Va-t-on assister au redressement espéré ou, au contraire, à l’instauration du point qui manque pour constituer le triangle appelé à favoriser le retour du liquidateur avec pour mission de mettre fin à l’existence de la banque ? 

Signaux inquiétants 

            La question ci-dessus posée est suscitée par des signaux inquiétants enregistrés en début de semaine à la Banque Congolaise. Il y a d’abord la présence toujours constatée des membres du Cabinet Mupepe Lebo dont la mission a pourtant été révoquée par le Gouverneur de la Banque Centrale dans son « Avis au Public » daté du mercredi 20 octobre 2010. En maintenant en poste des membres du cabinet du liquidateur, quel message le nouvel Administrateur provisoire envoie-t-il aux milieux d’affaires et à la clientèle de la banque ? Comment évacuer la vision de la liquidation avec cette présence insolite de personnes indésirables sur l’avenue des Aviateurs ? Et comment rassurer les épargnants en posant des actes qui suscitent la méfiance ? En tout cas, l’altercation enregistrée le mardi 26 octobre entre Mawakani et les actionnaires de la BC n’est pas de nature à rassurer les milieux d’affaires sur la volonté de redresser la Banque Congolaise. L’Administrateur provisoire ne veut pas voir les actionnaires et il l’a dit haut et fort. Comment peut-il gérer un bien appartenant à un groupe d’individus et refuser de voir ceux-ci ? Première conséquence de son acte : son refus de collaboration exprimé à l’endroit des actionnaires est désormais interprété comme une option volontairement levée pour gérer en toute opacité et donc, mettre les actionnaires dans l’impossibilité de savoir si les actes de gestion posés au cours des trois mois de la mission confiée à l’Administrateur provisoire vont dans le sens du redressement ou de l’anéantissement de l’établissement. Et pourtant, ce sont ces mêmes actionnaires qui ont élaboré le plan de relance dont les principales articulations constituent, selon des sources dignes de foi, l’essentiel du plan de redressement que va devoir appliquer l’Administrateur Provisoire.

            Encore une fois, les choses se déroulent comme si les inquiétudes exprimées par les opérateurs économiques à travers la note de la FEC n’avaient jamais été entendues. On se rappelle que celle-ci (la FEC) avait été claire dans sa prise de position qui insistait sur quatre points essentiels :

1°) Rassurer le monde économique qu’il ne s’agit pas d’une opération de liquidation ;

2°) Rassurer la clientèle de toutes les banques commerciales de la bonne application du plan de redressement afin d’éviter un effet de contagion sur les activités des autres banques ;

3°) Prise en compte de l’importante créance que la Banque Congolaise détient sur l’Etat congolais et formalisation d’une garantie de remboursement pour les opérations journalières de solidarité  ; 

4°) Et enfin : mécanismes de recouvrement de l’importante créance due par l’Etat ». 

Les inquiétudes et propositions de la FEC constituent en elles-mêmes une véritable interpellation au sujet d’une crise qu’il faut conjurer à toute vitesse si on veut éviter de vraies mauvaises nouvelles. Le jeu de cache-cache auquels s’adonnent certains pyromanes ne va pas dans le sens de la sauvegarde des intérêts collectifs. C’est pourquoi il est important que l’Etat se réveille pour remplir sa part du contrat en vue de consolider les acquis économiques et financiers.

            C’est ici le lieu de rappeler que la Banque Congolaise, ce ne sont pas seulement des bâtiments qui intéressent tant les cracks de l’immobilier, mais ce sont surtout plusieurs centaines d’emplois. Et quand on sait que derrière chaque Congolais, il y a au minimum dix personnes, on voit tout de suite l’importance du débat, car le dossier intéresse au bas mot six à dix mille individus directement concernés par la sauvegarde de l’emploi.

            Ainsi donc, compte tenu de l’importance du chantier de l’emploi dans le programme quinquennal du Chef de l’Etat, il serait politiquement incorrect de poser des actes qui iraient dans le sens de l’exacerbation des tensions sociales, surtout dans une période pré-électorale. D’où la nécessité de voir l’action de redressement de la Banque Congolaise se dérouler en toute transparence, de manière à rassurer tout le monde et à ne point constituer une base d’annihilation des efforts consentis ces dernières années dans la bancarisation du pays, ainsi que ne cesse de le rappeler la FEC. 

Dossier à suivre 

LP

 

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