Bandundu : des obstacles à la vaccination anti-polio

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Les Journées Nationales de Vaccination (J.N.V.), étaient lancées le 28 avril 2011, dans plusieurs provinces de la République, y compris dans la Ville-Province de Kinshasa. Dans la province de Bandundu, particulièrement dans la ville du même nom, ces activités vaccinales se sont déroulées officiellement pendant trois jours ; soit du 28 au 30 avril 2011. Une quatrième journée, celle du dimanche 01 mai 2011, a été ajoutée au délai officiel et consacrée au ratissage dans toutes les neuf aires de santé constituant la Zone unique de santé de Bandundu-Ville.

Cette quatrième journée a donc permis de récupérer les cibles non atteintes par les vaccinateurs souvent à cause des difficultés et obstacles de tous genres. Présent pendant ces quatre jours de campagne de vaccination contre la poliomyélite dans cette partie du territoire, notre journal a pu noter plusieurs difficultés qui ont handicapé à un moment ou à un autre le bon déroulement de la vaccination sur terrain. Ces difficultés concernent les croyances religieuses, les difficultés économico-familiales et les difficultés de communication au niveau des vaccinateurs eux-mêmes.

Les vaccinateurs  se sont souvent illustrés par des lacunes en tentant de répondre à certains questionnements de la population. A plusieurs reprises les parents qui refusaient la vaccination de leurs enfants ont voulu comprendre la brusque sollicitude des pouvoirs publics – particulièrement du ministère de la Santé publique et des ses partenaires en développement – pour faire vacciner gratuitement chaque mois leurs enfants en bas âge en vue de les protéger contre plusieurs maladies dont la polio. Pour ces parents, cette gratuité est d’autant suspecte que lorsque ces mêmes enfants (ou personnes adultes) tombent malades, ils ne voient pas la Santé publique s’empresser pour des soins gratuits.

Chaque vaccination protège contre une maladie précise

Mis au courant de ces difficultés, les membres du Comité provincial de coordination (CPC) médecins, membres de l’Unicef et les responsables provinciaux ont insisté sur le fait que la répétition de la vaccination anti-polio vise la briser la circulation du poliovirus sauvage. En outre, toutes les vaccinations ne sont pas les mêmes et chaque vaccination protège contre une maladie précise : tétanos, rougeole, polio, diphtérie, tuberculose coqueluche, fièvre jaune, hépatite B ; etc. Les vaccinateurs devaient aussi insister, à cette occasion, sur le fait qu’un enfant qui n’est pas vacciné risque d’attraper une de ces maladies, d’être handicapé à vie, de souffrir de malnutrition ou de mourir.

Les vaccinateurs ont aussi noté que l’Etat congolais est conscient de la gravité de ces maladies ; il fait son possible pour protéger sa population en la faisant vacciner, autant que possible, pour conjurer toute épidémie, grâce à l’appui des  partenaires tels que l’Unicef, l’Oms, le CDC-Atlanta, le Japon, le Canada, etc. En outre, un vaccin est efficace seulement s’il est administré avant que la maladie ne frappe l’enfant ; et que si un enfant attrape la maladie contre laquelle il a été vacciné, la maladie ne sera pas grave. Enfin, le Gouvernement de la République n’a pas encore les moyens nécessaires pour rendre tous les soins de santé gratuits. Là il faut nécessairement une contribution de chaque malade ou de ses proches.

Obligés de consommer le vin de palme pour obtenir la vaccination des jumeaux

Elle s’appelle Mireille Kayembe. Elle avait mis au monde des jumeaux en date du 10 janvier 2011. Depuis qu’elle est sortie du Centre de santé Musaba, dans la commune de Mayoyo, elle est restée terrée chez elle avec ses jumeaux. Pour elle et son mari, les ancêtres qui ont donné ces enfants pourvoiront à leur protection et, en dehors des vaccins de routine reçus au niveau de la maternité, plus question de vaccin à la maison. Les vaccinateurs en avaient marre de faire des rapports sur ces couples, adeptes de « l’Eglise de Dieu des Noirs » Ces jumeaux sont ainsi restés sans être vaccinés malgré toutes les campagnes antérieures.

Etonnée par la résistance de ces parents, deux équipes de superviseurs nationaux dont une de l’Unicef et une autre du Programme Elargi de Vaccination (PEV-National) ont accompagné les vaccinateurs de l’aire de santé de Musaba. Elles ont trouvé le couple qui fêtait la fin de réclusion de l’accouchée qui marque la sortie officielle des jumeaux. Après des présentations qui n’étaient même pas nécessaires – puisque les parents avaient déjà reconnu les vaccinateurs de Musaba – une vive discussion s’est engagée entre les différents hôtes. Après moult hésitations et plus d’une heure de débat, le mari a constaté qu’il n’avait plus d’arguments frappants. Tellement les exemples abondaient en  faveur du bienfait de la vaccination.

Pour son baroud d’honneur, le père des jumeaux a posé une condition à tous les superviseurs et vaccinateurs : ils devaient consommer une calebasse de vin de palme qu’il avait achetée pour la sortie de ses jumeaux. Après tant de peine pour aboutir à un bon résultat, il ne  fallait plus reculer. Toute la délégation des vaccinateurs et superviseurs s’est mise d’accord et a vidé le vin de palme de la calebasse avant de vacciner les deux enfants.

Difficultés de vacciner les enfants sur les bateaux

D’autres obstacles à la vaccination présentés par les équipes viennent de l’insuffisance des moyens de déplacement, surtout pour ceux qui restent dans les aires de santé très étendues. Certains ont fait mention de la difficulté à vacciner des enfants se trouvant sur les bateaux qui sillonnent les côtes de la Province de Bandundu, particulièrement à Bolobo. Par ailleurs, certains parents tout en acceptant la vaccination, refusent le marquage aux murs qui signalent cette opération, sous prétexte que cela salit les murs et d’autres évoquent la fièvre post vaccination. Des explications succinctes ont permis de vaincre toutes ces résistances.

SAKAZ (Envoyé spécial à Bandundu)

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