Balkanisation planifiée de la RDC : porte ouverte à la Républiquette du M23

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Le dossier du M23 a reçu un nouvel éclairage hier mercredi 05 juin
2013, en marge de la conférence de presse hebdomadaire du système des
Nations Unies en RDC, sous la coordination de la Monusco (Mission des
Nations Unies pour la Stabilisation au Congo). A en croire des sources
onusiennes, ce mouvement rebelle ne ferait pas l’objet d’une
quelconque traque de la part des éléments de la Brigade spéciale
d’intervention de l’ONU tant que ses éléments resteraient tranquilles
dans leur fief, qui est le territoire de Rutshuru.
Pour nombre d’observateurs, cette consigne s’inscrit dans la droite
ligne de l’approche du Secrétaire Général des Nations Unies qui, lors
des passages à Kinshasa, Kigali et Kampala, avait particulièrement
insisté sur le retour du M23 dans la capitale ougandaise, en vue de la
réouverture de ses négociations avec le gouvernement congolais,
entamées en décembre 2012 et suspendues depuis le mois d’avril 2013.
Le traitement de faveur que la Brigade d’intervention rapide de l’ONU
s’apprête à réserver au M23 ainsi que l’invitation formelle lancée par
le numéro un des Nations Unies à ses représentants pour les
pourparlers de Kampala poussent à croire que ce mouvement rebelle ne
fait plus partie des « forces négatives » épinglées dans la Résolution
2098 du Conseil de Sécurité. L’indiscrétion échappée publiquement de
la bouche d’un des animateurs de la conférence onusienne du mercredi
05 juin devrait mettre un terme, si besoin est, à toutes les illusions
que se faisaient les Congolais et leurs gouvernants au sujet de la fin
imminente de l’existence de la bande au général Sultani Makenga.

La Républiquette du M23 en chantier

Nos compatriotes doivent-ils croire, à partir d’hier, qu’aucun doute
n’est plus permis quant à la caution de la communauté internationale à
l’émergence d’une Républiquette au cœur de la province du Nord-Kivu,
plus précisément dans le territoire de Rutshuru ? L’on ne peut
interpréter pareille prise de position autrement que comme la
reconnaissance officielle au M23 du pouvoir de contrôler cette partie
de la RDC aux plans politique, administratif, sécuritaire, financier,
etc. L’unique condition imposée aux rebelles est de ne pas tracasser
les populations civiles.
Ce mouvement rebelle se sent, quelque part, encouragé dans son
dessein d’installer, dans le territoire de Rutshuru et sa périphérie,
une Républiquette autonome, avec une armée, une police et une
administration indépendantes du pouvoir central à Kinshasa et du
pouvoir provincial à Goma. Où est passée l’autorité de Kinshasa ? Que
deviennent les autorités politiques, administratives, militaires et
policières relevant des gouvernements central et provincial ?
Les responsables et experts des Nations Unies n’ignorent certainement
pas les conséquences de leur message dans les relations futures entre
le M23 et le gouvernement congolais mais aussi entre les autochtones
du Nord-Kivu et les membres des communautés étrangères qui
accompagnent les conquêtes militaires de cette force négative.
Si une mise au point n’est pas faite rapidement au sujet du respect de
la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la République
Démocratique du Congo, Sultani Makenga et les siens seraient en droit
de s’opposer à toute action visant leur retrait des territoires qu’ils
occupent à l’Est du grand Congo.

Ouvrir l’œil et le bon

Le principal enseignement à tirer de la sortie médiatique onusienne du
mercredi 05 juin est que les choses deviennent de plus en plus claires
au sujet de la gestion du dossier du M23 tant au niveau du Secrétariat
général des Nations Unies à New York, du commandement de la Brigade
spéciale de l’ONU, de la CIRGL (Conférence Internationale pour la
Région des Grands Lacs) que de Kigali et Bujumbura. Il semble se
dégager une identité de vues entre les instances internationales et
ces deux capitales des pays voisins de la RDC, à savoir que le M23
jouit d’un statut spécial, celui d’un mouvement disposant d’un
territoire situé à l’intérieur du grand Congo et d’interlocuteur
incontournable de Kinshasa dans les négociations de Kampala.
Il est grand temps que ceux qui gèrent le dossier du M23 au niveau du
gouvernement ouvrent l’œil et le bon. Car, tous les ingrédients de la
balkanisation en douceur du pays semblent réunis : négociations à
Kampala avec une « force négative » désormais tolérée par l’ONU,
reconnaissance tacite de sa Républiquette au Nord-Kivu, cohabitation
pacifique entre la Brigade spéciale et le M23 sur le territoire
congolais ; cogestion des populations civiles en matière de sécurité…
Trop, c’est trop !
Le pays est au bord du ridicule parce qu’il a laissé aux autres la
gestion de sa crise politico-militaire de l’Est, alors qu’un front
commun intérieur fort était la thérapie appropriée pour des actions de
résistance puis de libération du territoire national. Au regard de la
fracture sociale et politique qui continue de s’élargir entre frères
et sœurs du Congo,  le processus d’érection d’un Etat autonome au
Nord-Kivu semble de plus en plus irréversible.
Kimp

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