Bakata-Katanga : trop…c’est trop !

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Mai-MaiL’activisme de la nébuleuse « Bakata Katanga » dans la province du Katanga exige d’être profondément décrypté. Lentement mais sûrement, cette force négative est en train de s’affirmer comme une rébellion toute faite contre les institutions tant provinciales que nationales ainsi que le dispositif de sécurité aussi bien local que national. Au vu de la répétition d’actes de défiance contre les services spéciaux, (FARDC, Police Nationale, ANR, DGM), l’on est en droit d’exiger des ministres de l’Intérieur et de la Défense Nationale des explications détaillées sur ce qui apparaît de plus en plus comme un aveu d’impuissance face à un groupe armé visiblement déterminé à aller très loin dans son opposition armée contre l’autorité légale. A ce propos, le monitoring des épopées des « Bakata-Katanga » depuis l’année 2011 est suffisamment édifiant.

Acte I : libération de Gédéon Kyungu

Ignorés jusque-là du grand public, les « Bakata-Katanga » se signalaient à l’opinion tant nationale qu’internationale en frappant, en plein jour, dans la prison de Kasapa, à Lubumbashi, à la veille des élections présidentielle et législatives de novembre 2011. Comme dans un film de Western, ils réussissaient à faire évader Gédéon Kyungu et une centaine de ses complices condamnés par la justice militaire pour des crimes divers (viols massifs, décapitation des paysans, violations massives des droits humains). L’opération était d’autant inimaginable qu’elle avait lieu dans un centre pénitencier sous haute surveillance administrative, policière et militaire, et en plus, à côté d’un camp militaire.

Ce coup monté et réussi faisait penser à des complicités internes et externes, dans les rangs des responsables politico-militaires, à Kinshasa comme à Lubumbashi. Le sentiment d’une mise en scène était d’autant fort que cette attaque contre une prison était restée presque impunie. Aussi la libération spectaculaire de ce bandit de grand chemin était-elle perçue, par beaucoup, comme un message des indépendantistes katangais au sujet de leurs velléités de partition du pays, dans la droite ligne de l’Etat sécessionniste du Katanga de Moïse Tshombe, Godefroid Munongo et autres patriarches de 1960.

Acte II : encrage au Nord-Katanga

 Après l’opération de type commando menée à la prison de Kasapa, les Bakata-Katanga investissent systématiquement le Nord-Katanga, où ils se font remarquer à travers des attaques à main armée contre des autorités politiques administratives, des galonnés de l’armée et de la police ainsi que des chefs d’antennes locales des services de sécurité. Des chefs de secteurs ou de territoires ainsi que des commandants des FARDC, de la police ainsi que des responsables des services spéciaux exécutés de sang-froid ne se comptent plus.

Face aux actes de désobéissance civile et de sabotage de l’autorité de l’Etat, la riposte parait inexistante. Les décideurs politiques provinciaux et nationaux semblent s’accommoder d’une force négative qui gagner manifestement du terrain, au point de toucher le Sud-Katanga.

Acte III : de la périphérie au cœur de Lubumbashi

Cantonnés jusque-là au Nord-Katanga, les « Bakata-Katanga » ont confirmé leur capacité de nuisance en paradant, le samedi 23 mars 2013, à travers les principales artères de Lubumbashi, pour aller planter au centre de la ville, devant le Bâtiment du 30 Juin, le drapeau d’un Etat fantomatique en gestation dans leurs esprits. La paralysie qui avait frappé l’armée, la police et les services de sécurité face à une incursion de près de 250 insurgés avait révolté plus d’une conscience. Pendant environ deux heures, Lubumbashi avait donné l’image d’une ville sans système de défense.

Même si, après un long flottement, la Garde Républicaine finira par les neutraliser et que deux cents d’entre eux seront arrêtés et transférés à Kinshasa, à la prison militaire de Ndolo, les stigmates d’une grande faille dans la sécurisation du chef-lieu du Katanga ne seront pas pour autant effacés.

Acte IV : Nouvelle attaque contre la prison de Kasapa

Pas plus tard que samedi dernier, les Bataka-Katanga ont lancé une nouvelle attaque contre la prison de Kasapa, à l’image de celle de septembre 2011 contre le même établissement pénitencier. Le prétexte avancé pour justifier pareil acte de provocation contre l’autorité légale serait la libération d’un officier des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo).

La question à se poser est celle de savoir pour quel mobile cette force négative devait –elle se mobiliser pour obtenir, par les armes, la relaxation d’un élément régulier de l’armée nationale condamné, à la régulière, par la justice militaire à un mois de prison. Faut-il en déduire que les Bakata-Katanga ont positionné leurs « ambassadeurs » au sein des FARDC, et pourquoi pas, de la police nationale, des services de renseignements et des institutions tant nationales que provinciales ?

Si l’incarcération d’un officier des FARDC ayant manqué au devoir de sa charge pose problème au niveau d’une force négative, il y a de quoi s’inquiéter du statut de certains soldats et cadres de l’armée nationale.

Au regard du grand qui enveloppe la montée en force de Bakata-Katanga dans la province du Katanga et des atermoiements qui semblent s’observer au niveau du dispositif de défense de la ville de Lubumbashi en particulier, les ministres de l’Intérieur et de la Défense devraient fixer rapidement l’opinion intérieure sur la gestion du dossier de cette force négative. Tout se passe comme si, quelque part, on leur laisse le temps de s’organiser, de s’armer, d’engranger suffisamment de fonds à travers des taxes et des opérations de braquage des opérateurs économiques, de s’affirmer et de créer leur « républiquette », à l’image du M 23 au Nord-Kivu. Voudrait-on rendre ces marginaux suffisamment forts pour leur permettre d’exiger, dans les semaines ou mois à venir, des négociations avec le gouvernement central ?

Kimp

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