Bakata-Katanga : Kinshasa continue de jouer avec le feu

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miliciens_kata_katangaCela fait pratiquement une année, depuis que les miliciens « Bakata-Katanga », que les sources officielles refusent d’identifier comme étant une rébellion, se permettent de frapper à Lubumbashi, chef-lieu du Katanga, comme dans plusieurs villages et territoires de cette province. A chaque coup, l’on apprend qu’il y a eu une intervention foudroyante des forces de sécurité et que les assaillants, souvent munis d’armes blanches et de fusils d’une autre époque, ont été taillés en pièces.

A considérer le bilan des attaques des Bakata-Katanga à Lubumbashi, Pweto, Manono et d’autres coins du Katanga, l’on serait tenté de croire qu’on a affaire à un groupe d’aventuriers incapables de déstabiliser les institutions provinciales ou nationales. Ce qui commence à inquiéter cependant, c’est la répétition de leurs actions armées et leur déroulement à Lubumbashi même ou sa périphérie. La témérité avec laquelle les Bakata-Katanga attaquent le chef-lieu même de la province, tout en chassant qu’il s’agit d’une ville hautement sécurisée, donne à penser que cette milice a dépassé le stade d’un groupuscule isolé et militairement amorphe.

A l’allure où cette rébellion en gestation  sème mort et désolation à Lubumbashi comme dans plusieurs contrées du Katanga, il y a lieu que les autorités civiles et militaires congolaises envisagent des actions de riposte de nature à la réduire au silence. Car, avec la stratégie actuelle consistant à intervenir chaque fois après coup, on a la nette impression que Kinshasa joue avec le feu.

            En effet, au lieu de traquer cette force négative partout où elle a implanté ses tentacules au Katanga et de l’éradiquer, on semble privilégier la défensive, une politique très dangereuse face à un groupe armé qui n’a pas de base arrière connu. Si les services de renseignements civils et militaires ne disposent pas encore de suffisamment de données sur la composition des Bakata-Katanga, leur quartier général, la nature de leur armement, leurs sources de financement et d’approvisionnement en armes, l’identité de leurs parrains civils et militaires, il est qu’ils s’activent.

            On ne va tout de même pas attendre que qu’ils bénéficient du soutien d’un obscur voisin pour qu’on se remette à pleurnicher, comme c’était le cas pendant 19 mois avec le M23 au Nord-Kivu. A propos justement de cette ex-rébellion, cette disparition devrait en principe avoir offert plus de marge de manœuvre aux FARDC pour s’atteler au nettoyage des poches d’insécurité dans d’autres parties du pays, à commencer le Katanga. Au regard du rapport des forces en présence, personne n’arrive à s’expliquer les incursions des Batanga-Katanga. En principe, si la hiérarchie militaire mettait le paquet, ces insurgés appartiendraient rapidement au passé, à l’image des Enyele à l’Equateur ou de Bundi dia Kongo au Bas-Congo.

            Pour l’heure, la montée en puissance de l’ADF/Nalu au Nord et des Bakata-Katanga au Sud, au lendemain du démantèlement du M23 par les forces conjointes FARDC/Monusco suscite un tas d’interrogation. Mais qui a intérêt à ce que le Katanga rentre dans le cercle des provinces ingouvernables de la République ? Les ennemis de la paix dans cette province se recruteraient-ils, comme le laissent entendre des sources locales et onusiennes, parmi des leaders d’opinions Katangais ? Le dossier mérite d’être creusé sérieusement, afin de ne pas se tromper de cibles et de tomber dans des règlements des comptes.

            Mais l’attentisme actuel doit céder le pas à l’anticipation, si l’on ne veut pas voir les Bakata-Katanga s’imposer comme une rébellion capable de revendiquer plus que l’indépendance d’une partie du Katanga.

Kimp

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