Bahati saisit le PGR contre Blattner

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Modeste Bahati. (droits tiers)Cela n’arrive pas tous les jours de voir un ministre porter personnellement plainte contre un opérateur économique. Pourtant Modeste Bahati Lukwebo, titulaire du Portefeuille de l’Economie Nationale depuis décembre 2014, n’a pu supporter ce qu’il considère comme des accusations gratuites proférées contre sa personne par le Directeur général de la Compagnie Africaine d’Aviation (CAA), David Blattner. Dans une lettre datée du mardi 4 août 2015, dont des copies ont été déposées dans plusieurs rédactions de la place le week-end dernier, ce membre du gouvernement informe le Premier ministre, avec ampliations au Chef de l’Etat et au ministre de la Justice, Garde des Sceaux et Droits Humains, qu’il a déposé à l’office du Procureur Général de la République, une plainte à charge de David Blattner, pour « imputations dommageables et manœuvres dilatoires ».
A en croire de le ministre de l’Economie Nationale, le patron de CAA lui a imputé, dans une correspondance datée du 23 juillet 2015, le fait d’avoir décidé la révision à la hausse des tarifs du transport aérien, au préjudice des voyageurs congolais. Pour sa part, Bahati ne reconnaît pas avoir signé et publié un quelconque arrêté portant augmentation des prix des billets d’avion. Selon ce membre du gouvernement, il a plutôt convoqué, dans une lettre datée du 03 juillet 2015, une réunion de la «Commission tarifaire et de lutte contre le bradage des tarifs des services aériens sur le réseau domestique ».
Ladite Commission, réunie les 08 et 09 juillet, avait connu la participation du ministère de l’Economie Nationale, du ministère des Transports, de BlueSky, de Congo Airways et Fly CAA. L’objectif visé était d’examiner les voies et moyens de revoir à la baisse la grille tarifaire des billets d’avion sur plusieurs axes, notamment Kinshasa-Lubumbashi, Kinshasa-Goma, Kinshasa-Bukavu, Kinshasa-Kindu, Kinshasa-Kisangani, Kinshasa-Gemena, Kinshasa-Mbuji Mayi, Kinshasa- Kananga, Kinshasa-Mbandaka, etc. A l’ouverture des travaux, le ministre Bahati avait suggéré aux participants d’étudier la possibilité de fixer des tarifs transitoires, à appliquer pendant trois, en attendant que la Commission puisse passer en revue tous les paramètres des couts d’exploitation du transport aérien. A cet effet, les participants, après avoir pris connaissance du tarif pratiqué par Fly CAA pour un aéronef A 320, avaient suggéré le niveau PKT de 0,18 pour le tarif minimum et entre 0,23 et 0,24 pour le tarif maximum. Concrètement, la grille tarifaire devait se situer entre 260 dollars et 442 dollars sur l’axe Kinshasa-Lubumbashi, entre 351 dollars et 442 USD sur l’axe Kinshasa-Goma, entre 281 USD et 353 USD sur l’axe Kinshasa-Kisangani, entre 218 USD et 271 USD sur l’axe Kinshasa-Mbuji-Mayi, entre 192 USD et 238  USD sur l’axe Kinshasa-Kananga, entre 148 USD et 182 USD sur l’axe Kinshasa-Mbandaka, entre 270 et 338 sur l’axe Kinshasa-Kindu, entre 229 et 285 sur l’axe Kinshasa-Gemena. Curieusement, à cette étape, le délégué de CAA avait refusé de signer procès-verbal de circonstance.
Peu de temps après, la CAA allait surprendre le ministère de l’Economie en proposant, dans une correspondance du 23 juillet 2015, en suggérant une grille tarifaire avec comme plancher le PKT 0,115 et comme plafond le 0, 25. Selon le ministère de l’Economie et des spécialistes du secteur de l’aviation civile, le PKT 0,115 représente le seuil suicidaire de non rentabilité, dont l’objectif inavoué est de pousser la concurrence à la faillite, à brève échéance et de restaurer la situation de monopole, que sont sur le point de casser BlueSky Airlines et Congo Airways, dont les activités d’exploitations démarrent incessamment.
Bref, le souci du ministre Bahati est que les opérateurs du transport aérienne se mettent d’accord avec le gouvernement, sur une grille tarifaire qui préserve leurs intérêts mais tiennent aussi compte du pouvoir d’achat de la clientèle congolaise. Les réflexions se poursuivent en vue de l’émergence d’un compromis. D’où sa colère de voir le patron de CAA l’accuser d’avoir tranché dans une matière encore en discussion.                      Kimp