OUI AUX PROLONGATIONS :pour une union des forces (PAR JEAN-MARIE ELESSE BOKOKOMA)

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Partant de l’anecdote latine qui dit « Homo Homini lupus » qui veut dire « L’Homme est un loup pour l’homme », plusieurs mécanismes ont été conçus à travers l’histoire par les hommes eux-mêmes pour rendre l’homme sociable. Car l’Homme est par essence l’être qui vit en société organisée.
L’Homme de par son ontologie est à la fois l’aboutissement des processus de phylogenèse et de socialisation. Ce qui le rend apte à une vie sociale où avec les autres membres de la société, il occupe une place utile dans le cadre de la division sociale du travail. Dans l’idéal social où chacun est occupé (ce que les économistes appellent le plein emploi), les conflits sociaux sont quasi inexistants, à moins qu’il ne s’agisse des conflits interpersonnels – ce qui se justifie psychologiquement de par le caractériologie des humains.
Par ailleurs, le Droit et la Morale ont montré leurs limites quant à la maitrise de l’homme. Les bannissements et les bagnes ont existé jadis à cause de la transgression des normes sociales, de même, les prisons comptent aujourd’hui de plus en plus de pensionnaires à cause des infractions commises. La Morale qui a été relayée par l’encadrement religieux ne discipline pas toujours l’homme, bien au contraire, la prolifération des discours confessionnels et sectaires, réveillent les pulsions d’agressivité de l’Homme. Ce sont toutes les guerres des religions que l’humanité ne cesse d’enregistrer. Puis, l’on a pensé à la Démocratie comme à la fois philosophie politique de type humaniste fondée sur les droits des citoyens, modèle de société où la gestion se fait dans la transparence, associant les Citoyens au débat politique, et donc, consacrant leur participation politique. L’on croyait la démocratie une simple idéologie, mais l’on s’est très vite rendu compte que c’est une science, parce qu’elle implique une méthodologie, l’expérimentation et des valeurs à intérioriser.
Le constat historique est que loin d’être une notion abstraite, la démocratie s’est toujours contextualisée, en fonction des peuples et de leurs cultures, un peu comme une plante de milieu tropical doit s’adapter en milieu hivernal, sinon elle meurt.
Le savant américain Huntington a parlé à juste titre de la démocratie « pro format » comme imitation du modèle démocratique occidental, parlant des pays africains. C’est que les pays africains copient le modèle occidental de la démocratie. Une sorte de contrefaçon.
Mais le grand questionnement, quel que soit l’environnement où s’exerce la démocratie, est de savoir si l’Homme est vraiment régulé, quand bien même le Droit et la Morale y jouent un rôle de premier plan ?
Nous notons de ce raisonnement deux types de conflits qui accompagnent toujours l’Homme. Le premier est son agressivité primaire et instinctive que le Droit et la Morale ont du mal à prévenir et à combattre, mais cela relève de la psychiatrie, de la psychanalyse et de l’éducation spécialisée. Le second naît d’une double cause, à savoir, les conflits interpersonnels qui sont ceux des intérêts antagoniques entre membres d’une même société que le Droit essaie de régler à travers l’arsenal juridique pénal et des frustrations sociales du fait du manque du plein emploi tant rêvé par les économistes les plus zélés. Cela génère plus que des conflits, mais des violences dites d’en bas.
Ces violences d’en bas, nous les retrouvons dans la stratification sociale au niveau des couches sociales défavorisées, plus précisément dans ce que Karl Marx a appelé le « lumpenprolétariat ».
Dans le contexte congolais, la démocratie se veut une démarche expérimentale de participation politique réelle des citoyens à la chose publique, sans occulter sa vocation de science, son parcours est un long processus. C’est ce que la classe politique congolaise doit comprendre. Certes, il y a eu des élections en 2011, le Président de la République a été élu pour un mandat de cinq ans, mais il reste encore à faire, notamment la mise en place totale et le fonctionnement des institutions comme la Cour de Cassation, le Conseil d’Etat, le Conseil Economique et Social, la mise en place des 26 provinces dans le cadre de la décentralisation,…
Et que dire des élections urbaines municipales et locales dont les préparatifs ont commencé avec la mise à jour du calendrier électoral et qui doivent être encore tenues ?
A l’observation, qu’aucun Congolais ne se trompe, le parcours démocratique est véritablement long pour refonder l’Etat de droit. Généralement, la démocratie réussit plus ou moins bien dans les pays à économie prospère. Un seul mandat de cinq ans pourra-t-il suffire pour un pays à refaire politiquement et économiquement, quel que soit le Parti au pouvoir ? Il est bien à noter que sans la refondation de l’Etat – ce qui ressort de la logique – aucune action économique allant dans le sens de la reconstruction et du développement du pays ne peut se faire facilement, et que déjà, les générations futures seraient tout simplement sacrifiées si le pays ne disparaît pas lui-même à l’échéance d’un demi-siècle au moins.
Lorsque l’on y ajoute, la gestion proprement dite de l’Etat par le Gouvernement de coalition dont les partis membres n’ont pas, à vrai dire, des convergences idéologiques et de Programme commun du Gouvernement qui ne rencontrent pas les préoccupations du peuple électorat, des questions sérieuses se posent.
Du fait de la paupérisation généralisée des couches sociales – la classe capitaliste et la classe moyenne sont quasi inexistantes, excepté un certain petit capital étranger mal contrôlé et une bourgeoisie bureautique qui vit dans la prédation des deniers publics, il existe certainement en République Démocratique des pôles de tensions sociales. Mais ce sont là des conflits sociaux qui peuvent toujours dégénérer, étant donné le bas niveau d’instruction de la population et son faible niveau de conscience politique. Les partis politiques ayant démissionné de leur devoir d’éduquer et d’encadrer les masses pour l’intérêt supérieur de la Nation.
Quand on y ajoute une classe politique opportuniste avec des oppositions disparates sans conviction et visions politiques réelles, on comprend alors les subversions et les campagnes de dénigrement contre le Pouvoir au-delà du bon sens.
Il y a ici et maintenant l’urgence d’une communauté de vues républicaines. Disons-le, la République Démocratique du Congo est un Etat défait depuis son indépendance. Sa refondation n’est certainement pas seulement une affaire de textes et d’Institutions, mais une affaire d’hommes capables et imbus d’une grande conscience politique et patriotique. Cette communauté de vues républicaines qui s’impose à tous les Congolais doit permettre de dessiner un nouvel élan pour l’auto-prise en charge des problèmes congolais par les Congolais eux-mêmes, la recherche de l’expertise à tous les niveaux par une formation, non celle « quantitative » des statistiques des diplômés sans répondants transformationnels réels de la société, voyant au contraire déverser dans le marché de l’emploi tout une armée de jeunes qui constituent pourtant la majorité de la population congolaise ; sur le front de la défense, de la souveraineté nationale et de l’indépendance, les politiques Congolais ne s’impliquent que très peu pour défendre la Patrie.
Pourquoi ne pas diriger nos regards vers l’idéal républicain où deux impératifs s’imposent à nous : 1. La refondation véritable de l’Etat qui ne peut être l’apanage d’un seul parti politique ou encore moins d’un regroupement politique, mais l’affaire de tous les Congolais ; 2. La sauvegarde de notre territorialité, sans laquelle nous cesserions d’exister comme Nation.
Quelles que soient les ambitions des uns et des autres et les impératifs constitutionnels, nous ne voyons pas des hommes prodigieux et providentiels refaire le Congo en cinq ans. C’est pourquoi nous plaidons pour une union des forces, dépassant la conception formaliste occidentale et l’opportunisme d’une certaine classe politique situationniste. Les mandats chiffrés en cinq, dix ans, etc. n’expliquent pas une démocratie. La démocratie se juge par les œuvres de transformation sociale qui sont de longue haleine. Essayons de nous comparer aux autres pays devenus superpuissances aujourd’hui, que des générations ont succédé et travaillé ! La bonne gouvernance est préférable à une démocratie de l’embuscade.

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