Attention au cauchemar des «mikomboso» !

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En principe, l’injonction imminente sur le marché monétaire congolais d’une série de coupures à haute valeur faciale ne devrait pas intriguer outre mesure. Cela fait en effet plusieurs mois depuis que la Banque Centrale du Congo avait levé une telle option, aux fins de répondre aux besoins des opérateurs économiques, de plus en plus gênés par l’insuffisance de liquidités dans certaines transactions commerciales. Selon l’Institut d’émission, le matelas de devises étrangères présentement disponible est en mesure de supporter le poids d’une nouvelle masse monétaire en Franc Congolais.

Il ne s’agit donc pas, comme seraient tentés de le croire certains, d’une mesure spontanée, ne reposant sur aucun paramètre économique. L’accroissement des recettes internes, surtout dans les secteurs de l’impôt, de la douane, des taxes administratives, des accises et des redevances diverses est indiscutable. Le maintien au « vert » et dans la durée des principaux indicateurs économiques autorise ce qui va arriver.

Le cauchemar des « mikomboso »

L’effort qu’il va falloir fournir, au niveau tant de la Banque Centrale du Congo que des centres d’ordonnancement des dépenses publiques, c’est de contrôler de manière stricte la nouvelle masse monétaire en circulation. Le vœu de tous est que l’option de ne dépenser qu’au prorata de l’état de la caisse soit scrupuleusement respectée. Le Parlement ainsi que les bailleurs de fonds ont souvent reproché aux gestionnaires de la République de ne pas tenir compte des prévisions budgétaires en matière d’utilisation des recettes internes.

A ce propos, toute l’attention va se focaliser sur le marché de change, d’où partent tous les dérapages monétaires qui affectent la santé financière du pays. On se souvient qu’à l’époque des « mikomboso », sobriquet collé aux millions de Zaïres déversés sur le marché national après les pillages de septembre 1991, des cartons de billets de banque pimpant neuf atterrissaient à chaque heure sur les principales places de vente d’argent, à savoir « Le Château » au centre de la ville, Oshwe et Kanda-Kanda à Matonge. La célèbre « planche à billets » fonctionnait alors à plein régime, semant le bordel dans les circuits économiques et monétaires, les ménages, les marchés des biens et services, ainsi que chez les gagne-petit de l’administration publique, de l’armée, de la gendarmerie nationale, de la Garde Civile et des services de renseignement.

Dans ce contexte de surchauffe permanente, le Zaïre-monnaie se dévaluait à chaque minute, sinon à chaque seconde. Le paradoxe a voulu que les fonctionnaires et militaires devenus « millionnaires » à l’occasion de la paie d’octobre 1991 se retrouvent d’abord avec des salaires ne représentant plus rien deux mois après, et ensuite avec de longs mois d’arriérés salariaux jusqu’à l’avènement du gouvernement Tshisekedi, élu Premier ministre à la CNS le 15 août 1992.

Les témoins de l’histoire immédiate affirment que les cambistes étaient alimentés par les cartons d’argent destinés à la paie des militaires, que l’on détournait avant qu’ils n’atteignent les casernes ou les fronts de bataille, laissant les vrais bénéficiaires dans un état de dénuement et de mécontentement permanents. L’ex-Zaïre a ainsi fonctionné, pendant des  décennies, avec une monnaie de singe, dont les grosses fortunes se débarrassaient prestement pour « cacher » leurs avoirs dans des devises étrangères fortes.

La monnaie a un coût

Ce n’est certes pas de gaité de cœur que les autorités nationales en arrivent à l’émission de nouvelles coupures de Franc Congolais. Cette opération a un coût. La fabrication de chaque billet de banque en monnaie coûte pratiquement un dollar au trésor public congolais. D’où le devoir qui incombe à chaque fils  et fille du pays de prendre grand soin de nouveaux billets de banque annoncés.

La culture de la bonne conservation de la monnaie nationale, à l’image de l’attitude que touchent affichent à l’égard des devises étrangères fortes, devrait s’installer chez le grand nombre, de manière à épargner à la Banque Centrale du Congo des frais répétitifs liés à l’impression de nouveaux billets de banque.            

                                                                                                                                                                                                                                Kimp.

 

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