Attaque à main armée des résidences de ministres: Des interrogations sur la sécurité individuelle

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Tel qu’il a été retracé par les journaux mardi dernier 01 septembre, le film des événements malheureux survenus la nuit du 30 au 31 août à Kinshasa est cocasse et troublant. Des attaques à main armée des parcelles résidentielles de ministres en fonction,  proches du pouvoir et anciens collaborateurs influents de Jean-Pierre Bemba dans le MLC à l’époque du maquis jusqu’à la transition issue du dialogue intercongolais en 2003.Il s’agit de José Endundo Bononge, Ministre de l’Environnement, Conservation de la Nature  et Tourisme de son collègue Alexis Thambwe Mwamba des Affaires étrangères. Sur la même liste noire figuraient Olivier Kamitatu, ministre du Plan ; Antoine Ghonda, député national ; Valentin Senga, sénateur ; Semene, ADGA de l’Ofida, tous curieusement, aussi anciens apparatchiks du MLC, passés dans le camp du pouvoir. Le ministre de la Justice, Luzolo Bambi, se trouve également sur cette liste des gens à abattre. La nature et les péripéties de ces aventures ressemblent, toutes proportions gardées, à celles de l’opération Pentecôte du 28 mars 2004 d’un certain Eric Lenga depuis lors disparu dans la nature.

 

             Il n’y a pas de relation des faits de première main, c’est-à-dire faite par des témoins oculaires directs. Tout ce que l’on en sait vient des témoins indiscrets, notamment des membres de cabinet qui n’étaient pas sur les lieux au moment où les événements se produisaient. Il y a aussi la version du gouvernement donnée par le ministre de la Communication et des Médias, Lambert Mende Omalanga, qui a révélé les noms des personnages officiels qui seraient sur la liste noire, d’après des SMS de menace de mort qu’ils auraient reçus dans leurs appareils de communication. Selon des sources indirectes, les assaillants étaient arrivés chez Endundo aux environs de minuit. Après avoir pris position autour de la parcelle, ils ont ouvert le feu et criblé le portail de balles, sans l’enfoncer ni escalader le mur pour pénétrer dans la parcelle et tirer de l’intérieur à bout portant. Au bout de quelque temps de fusillade, ils ont levé le camp et disparu dans la nature. La garde qui était à l’intérieur n’a pas riposté en guise d’avertissement et de halte  aux assaillants.

            Le scénario était identique chez Thambwe Mwamba où ils seraient arrivés aux environs de 23 heures. Chez l’un et chez l’autre, on a découvert le matin des messages de menace de morts écrits que les assaillants avaient laissés par terre, mettant ces deux ministres en garde contre tout témoignage à charge de Jean-Pierre Bemba. Une simple analyse du film permet de s’apercevoir qu’il s’agit des opérations simulées qui viseraient plus à inoculer la peur à ces personnages qu’à les éliminer physiquement. Mais nous ne sommes pas dans un pays des talibans ou d’intégristes islamistes pour nous attendre à ce que ces actes criminels soient revendiqués. Toutefois, quelle étonnante coïncidence que les deux personnalités dont les parcelles résidentielles ont été attaquées la nuit du 30 au 31 et celles dont les noms figureraient sur la liste noire, soient des anciens collaborateurs de Jean-Pierre Bemba passés dans le camps adverse ? Est-ce un fait du hasard ? Mais la réaction du MLC ne manque pas de dissiper les illusions. Dans un communiqué de presse, ce parti « s’étonne que ces incidents surviennent au moment où le juge de la CPI a accordé la liberté provisoire au sénateur Jean-Pierre Bemba, alors que l’Accusation cherche des éléments à produire en appel pour justifier la suspension de l’exécution de la décision du juge … ».

 

Des metteurs en scène mal inspirés 

            « Le MLC est convaincu, poursuit le communiqué, qu’il s’agit d’un montage grossier organisé par les ennemis de la démocratie qui ont peur du retour du Chef de file de l’opposition sur la scène politique congolaise. On voudrait montrer que le MLC chercherait à intimider d’éventuels témoins à charge de Jean-Pierre Bemba dans le procès en cours à La Hayek… Cette machination politique a pour objectif de flétrir l’image de Jean-Pierre Bemba, et de donner les arguments pouvant empêcher sa mise en liberté provisoire. Cette analyse est d’autant plus vraisemblable que le MLC s’étonne que de tels actes aient pu être perpétrés avec autant de facilité dans des résidences hyperprotégées de ces hauts responsables gouvernementaux ». La voix officielle s’est bornée à confirmer brièvement les faits commis par des « inciviques armés » qui, avant de se retirer, avaient abandonné sur les lieux « une enveloppe kaki contenant un message en français comportant cette menace : « Témoignés contre Jean-Pierre Bemba … tu mourras ». C’est la même voix officielle qui a révélé les noms d’autres personnages qui seraient sur la liste noire. Les faits sont si graves qu’on aurait au moins songé à sauver la face en les stigmatisant publiquement et en s’engageant à diligenter des enquêtes.

            Il se dessine une dangereuse escalade de l’insécurité et de la violation des droits de l’homme, tant et si bien que même des personnages officiels habitant des bunkers commencent à en faire les frais. Les faits dont Jean-Pierre Bemba est inculpé avaient eu lieu en République centrafricaine. Au stade actuel très avancé du procès qui s’achemine vers son dénouement, certains se demandent s’il peut y avoir des Congolais dont les dépositions pourraient s’avérer plus accablantes contre Jean-Pierre Bemba et plus utiles à Luis Moreno Ocampo que celles déjà faites par des Centrafricains. L’organe du pouvoir aurait dû tenir des propos très durs contre ces « inciviques armés » qui ont tenté de ternir encore l’image du pays et des institutions juste à la veille du sommet de la SADC à Kinshasa, où doivent séjourner plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement.

            Leur aventure est plus préjudiciable aux institutions qu’à Jean-Pierre Bemba, car ce sont des ministres du gouvernement central dont les parcelles résidentielles ont été l’objet de braquage. C’est la preuve que l’insécurité en RDC a atteint des proportions effrayantes. Si par supposition les événements du 30 au 31 août étaient un montage, ils devraient être considérés comme une aventure désastreuse dans les circonstances actuelles où la RDC passe pour le pays qui mérite d’être doté d’un TPI à cause de son enracinement dans la violation des droits de l’homme. Il n’y a pas de quoi être fier.

 

Jean N’Saka wa N’Saka

Journaliste indépendant

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