Atelier de l’Omec sur « La Tolérance zéro et la sécurité des journalistes : Défis et Perspectives »

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RAPPORT GENERAL

L’Observatoire des Médias Congolais, OMEC en sigle, a organisé du 27 avril au 03 mai 2010 au Centre CEPAS/Kinshasa dans la Commune de la Gombe, avec l’appui de l’UNESCO, un atelier autour du thème : « Tolérance zéro et la sécurité des journalistes : Défis et Perspectives ».

81 participants y ont été enregistrés, dont des journalistes, les  délégués de la Présidence de la République, des ministères, des services spéciaux, de la société civile, de la magistrature debout et du Barreau.

 

 La cérémonie d’ouverture était marquée par les allocutions du Ministre des Affaires foncières, Me Maj Kisimba, représentant le Ministre de la Communication et des Médias empêché, de la Représentante de l’Unesco et du Président de l’Observatoire des Médias Congolais.
 Le Président de l’Omec a rappelé les grandes lignes du message à la Nation du Président de la République au début de cette année en cours qui met en exergue « l’engagement tant des décideurs politiques que du Chef de l’Etat de faire échec aux antivaleurs qui gangrènent la société nationale. Et depuis lors, a renchéri le Président de l’OMEC, la République Démocratique du Congo a entamé sa marche vers la renaissance grâce à la tolérance zéro considérée comme loi suprême dans la gouvernance de la cité ». L’implication de tous et surtout celle des médias est attendue. L’atelier devrait réfléchir sur le rôle des professionnels des médias qui se trouvent parfois malmenés, tracassés alors qu’ils tiennent à vulgariser les principes et les objectifs recherchés dans le but de stimuler l’adhésion de la collectivité à l’action lancée par le n°1 des congolais.

 Invitant, avant de clore son discours, l’assistance à observer une minute de silence en mémoire des confrères assassinés. Le Président de l’OMEC a exhorté les participants à réfléchir sur la promotion du droit à l’information de manière à permettre aux journalistes de jouer pleinement leur rôle des chiens de garde de la démocratie et de porte-parole de la cité.
 Intervenant au nom du Ministre de la Communication et des Médias, le Ministre des Affaires foncières, Maj Kisimba, a loué l’initiative de l’OMEC à l’heure où la RDC s’efforce de sortir définitivement des cycles des guerres qui ont marqué son histoire au cours de la dernière décennie. Il a constaté que le thème du jour : «  la tolérance zéro et la sécurité des journalistes : Défis et Perspectives » tombait à point nommé et que la sécurité des journalistes constituait un défi majeur pour le gouvernement. Il a plaidé pour un partenariat entre le gouvernement et les professionnels des médias dans le vaste chantier de transformation et de modernisation du pays.
 Pour sa part, Mme Raphaëlle Martinez Lattanzio, Représentante a.i de l’Unesco en RDC, a estimé que l’atelier de l’OMEC était d’une importance primordiale puisqu’il porte sur la sécurité des journalistes pour le plein exercice de la liberté d’expression et de la liberté de presse. Composante des droits humains fondamentaux, la liberté d’expression constitue le pilier des sociétés démocratiques, a-t-elle déclaré, avant de mettre en exergue l’article 19 de la Déclaration Universelle des droits de l’homme.
 Elle a noté que l’Unesco continue de défendre la liberté d’expression et  à encourager l’indépendance et le pluralisme des médias comme conditions préalables et facteurs majeurs de démocratisation.
 Elle en a profité pour signaler que l’Unesco a particulièrement œuvré pour la proclamation, en 1993, par l’Assemblée générale des Nations, d’une journée mondiale pour la liberté de la presse, célébrée le 03 mai de tous les ans ; facilité la création d’un groupe consultatif sur la liberté de la presse et créé en 1997 le prix mondial Unesco/Guillermo Cano sur la liberté de la presse.
 Une représentation théâtrale du groupe « Atelier théâtr’action » a circonscrit l’événement. Les différentes scènes présentées à l’auditoire retraçaient visiblement, à partir d’un article de presse, le chemin de la croix du journaliste, car harcelé, intimidé, menacé jusqu’à être victime d’un assassinat odieux.
Avant la répartition des participants en trois groupes de travail, ceux-ci ont suivi tour à tour les exposés du Pr. Jean-Chrétien Ekambo, de l’Avocat général de la République, Etienne Mulamba, qui a parlé au nom du Procureur Général de la République empêché, du Président de l’ONG « Journaliste en Danger, JED » Donat Mbaya, du Secrétaire général du Syndicat National des Professionnels de la Presse, SNPP, Stanis Nkundiye.
 Le Pr. Ekambo a développé le thème : « les relations entre la presse et les services secrets de l’Etat ». A son avis, très délicat, le rapport entre ces deux secteurs touche à ce que l’Etat et la société ont d’essentiel à savoir la pérennité de l’un et de l’autre. Relevant que l’Etat, qui est une création morale et de la symbolique plus qu’abstraite, est tenu de se doter des mécanismes de protection aussi nombreux qu’efficaces.
 L’orateur a fait observer que, dans l’exercice de leurs fonctions, les services secrets agissent dans le cadre de la prévention et du renseignement. Voilà pourquoi, quoique recourant aux sources ouvertes à l’instar des professionnels des médias, ils s’intéressent surtout aux sources clandestines. Aussi, a-t-il vivement recommandé « une pratique démocratique féconde dont la notion de souveraineté de l’Etat soit partagée entre la presse et les services de sécurité ».
 Dans sa communication intitulée : « Tolérance zéro et sécurité des journalistes : quelles garanties juridiques pour les médias ? », l’Avocat général de la République, Etienne Mulamba, a décrit à titre introductif, la tolérance zéro comme étant « le leitmotiv de l’heure de la politique criminelle du Gouvernement à l’égard des infractions du genre corruption, concussion, détournement des deniers publics, associations des malfaiteurs ou encore les violences sexuelles…frein au développement du pays ».
 Dans ce contexte, la tolérance zéro se situe dans le prolongement de la lutte contre l’impunité. Se référant à la loi n°002 /96 du 22 juin 1996 portant exercice de la liberté de la presse ainsi qu’au Code Pénal Congolais, il a fait savoir que les médias ont l’obligation de dénoncer uniquement les faits constitutifs d’une infraction. Par contre, les faits vrais mais attentatoires à la vie privée des gens ne doivent pas être mis à la portée du public, a-t-il relevé.
 Donat Mbaya, Président de JED a débattu du module « Sécurité des journalistes et professionnels des médias en RDC : Bilan général ». Pour lui, le bilan n’est nullement flatteur. Il a, d’entrée de jeu, indiqué que dans le pays post-conflit où les intérêts se juxtaposent, le journaliste apparaît à maintes égards comme un témoin gênant qu’on a vraiment intérêt à éliminer.
En évoluant dans un tel environnement, le journaliste court constamment des risques. La sécurité des journalistes dépend des lois existantes censées les sécuriser, mais aussi de leur professionnalisme.
 Décortiquant le thème « Sécurité et droits sociaux des journalistes », Stanis Nkundiye, Secrétaire général du Syndicat National des Professionnels de la Presse, SNPP, a rafraîchi la mémoire de l’auditoire sur un atelier organisé en 2005 par l’OMEC axé sur le Coupage.
 Pour l’orateur, il est impératif de donner un salaire décent au journaliste car, a-t-il tenu à rappeler, « il ne peut y avoir de liberté de presse lorsque le journaliste vit dans la pauvreté, la peur et la corruption ». Le Secrétaire général du SNPP a exhorté les employeurs à octroyer à leurs employés le bénéfice des contrats de travail et de la convention collective conformément à l’article 20 du Code de déontologie afin de ne pas les exposer à la mendicité.

Le dernier exposé était celui de Me Freddy Mulumba, représentant le Bâtonnier national empêché. Planchant sur le thème « Conflit des textes entre le Code de déontologie des journalistes, la loi sur la presse et le Code Pénal », il a démontré l’absence de conflit entre les textes qui, selon lui, sont complémentaires mais avec une différence d’optique dans leur application et dans la procédure. Par conséquent, a-t-il conclu, les professionnels des médias doivent engager une bataille sans merci afin d’amener les politiques à dépénaliser le délit de presse, car la liberté s’arrache.
 Au terme des communications, les participants ont été repartis en trois commissions, à savoir:
• Commission de l’éthique et de la déontologie ;
• Commission sécurité et bonne gouvernance ;
• Commission juridique.
 A l’issue des échanges et débats en plénière, ils ont formulé, en plus d’un Vade-mecum pour la sécurité des journalistes en RDC, des résolutions et recommandations.

RECOMMANDATIONS.

I. Au Parlement.

• Doter les médias d’une nouvelle loi cadre qui tienne compte des valeurs démocratique et des prescrits de la Constitution en vigueur.

II. Au Gouvernement.

• Renforcer la concertation permanente avec les organisations professionnelles des médias ;
• Rendre publiques et faire respecter les conditions de création des entreprises de presse ;
• Prendre des textes rendant exécutoires les mesures d’application relatives à l’aide directe et indirecte aux médias congolais.

III. Aux Partenaires.

• Financer les sessions de formation et de recyclage ;

A L’UNESCO :

• Financer la campagne de vulgarisation, par l’OMEC, du Code de déontologie des journalistes en RDC auprès des professionnels des médias dans l’ensemble du pays.

IV. Aux structures d’encadrement des médias (OMEC, Unpc, Ham, Snpp).

• Aider l’OMEC à organiser dans un avenir proche un atelier spécifique sur « le Droit des Médias » avec la contribution de l’Ordre des Avocats et de la Magistrature.

V. Aux Patrons des organes de presse.

• Mettre à la disposition des professionnels des médias des moyens utiles pour l’accomplissement de leurs tâches ;
• Rendre le recyclage permanent afin de faciliter la remise à niveau des professionnels des médias ;
• Veuiller à la tenue régulière des Conseils de rédaction ;
• Afficher dans la salle de rédaction les numéros des différents postes de Police;
• Se doter des Avocats-conseils ;
• Favoriser l’exercice du droit syndical au sein de leurs entreprises ;
• Accepter et faciliter la signature des conventions collectives et de contrats de travail.

VI. Aux Professionnels des médias.

• Respecter et sauvegarder le principe de la protection des sources d’information;
• S’interdire de publier des rectificatifs ou des démentis pour des articles ou des émissions radio ou télévisées qu’on n’a jamais publiés ou produites ;
• Disposer des numéros de téléphone utiles des structures de la Police locale (lieu de résidence) ou territoriale ;
• Faire preuve d’esprit de corps et de solidarité à l’égard de toutes décisions prises en Conseil de rédaction ;
• S’approprier le Vade-mecum  pour la sécurité des journalistes en RDC;

Fait à Kinshasa, le 03 mai 2010

Polydor MUBOYAYI MUBANGA
Président

Jean MBAY KATSHINGU
Le Rapporteur

 

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