Assemblée nationale : sectarisme ou crise de confiance ?

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Le Parlement est en vacances depuis le 15 juin dernier, après la clôture  de sa session de mars. D’ores et déjà, députés et sénateurs sont off jusqu’au mois de septembre. Les discours de clôture de cette session sont des indicateurs d’appréciation du climat dans lequel les parlementaires auraient évolué. Souvent ces discours sont généralement d’autosatisfaction, au cours desquels on entend les Présidents des deux Chambres juger favorablement du travail abattu et se confondre en compliments à l’égard des députés et des sénateurs. Cette fois-ci les discours sont apparus comme ceux d’autocritique plutôt que de complaisance, plus particulièrement celui du Président de l’Assemblée nationale, Evariste Boshab. Qu’on en soit arrivé à ce stade d’autocensure en public, c’est que le laisser-aller devient agaçant et préjudiciable au fonctionnement régulier du parlement. Le Président de l’Assemblée nationale fait allusion à des germes d’autodestruction et d’esprit sectaire qui seraient en train de ronger sa Chambre. Mais le jugement des observateurs est autre. On n’a pas peur des mots pour dire qu’il s’agit bien d’une crise de confiance symptomatique du climat général de méfiance et de lassitude observable dans toutes les institutions, mais pas seulement à l’Assemblée nationale.

Evariste Boshab parle de « cet édifice commun qui leur a servi de bouclier et qui est en train de s’écrouler sous leurs regards complaisants : il s’agit de l’autodestruction ». Cet édifice commun s’appelle « la confiance mutuelle des députés » qui favorise « la tolérance et sans laquelle aucun travail parlementaire n’est possible ».

 Il enchaîne en stigmatisant « l’esprit sectaire qui gagne sa Chambre et qui doit être banni » car il n’est pas « constructeur d’une identité » mais « la cause d’une crise identitaire qui traduit un dysfonctionnement, alors que l’Assemblée nationale doit fonctionner et n’a pas besoin de dysfonctionnement ». Evariste Boshab croit en outre constater non sans amertume que « la violation de la Constitution est une nouvelle donne à géomètre variable » et que « dans les jours à venir la Représentation nationale adressera au Chef de l’Etat une requête pour que cesse une nouvelle forme d’insolence qui se développe eu égard à la Constitution, car c’est le gage de la cohésion nationale … » Il souligne quelque part « qu’on ne va pas transiger sur la dignité et la considération dues à un élu du peuple… un député ne peut être à la merci de qui que ce soit… »

Il y a dans le discours du Président de l’Assemblée nationale des non-dits et des sous-entendus qui ne sont pas difficiles à comprendre pour les observateurs avertis du paysage politique congolais, surtout de l’évolution récente de la situation du pays. D’abord les députés eux-mêmes, depuis quelque temps, ont pris l’habitude de faire l’école buissonnière, les séances plénières se tenant dans un hémicycle clairsemé avec un quorum à peine atteint. Ensuite, la motion de censure de l’opposition contre le Premier ministre Adolphe Muzito a, dans une certaine mesure, influé sur la majorité et montré les limites de sa cohésion. Des députés de la majorité ont apposé leur signature sur cette motion, permettant ainsi d’atteindre le nombre des signataires supérieur à celui de toutes les composantes de l’Opposition réunies. Dans la foulée, un groupe des ténors comptant des ministres parmi eux de la coalition, sont entrés en dissidence voilée en s’érigeant en une structure interne de réformateurs de la plate-forme au pouvoir. Il y a eu aussi cette affaire du découpage territorial dont le délai butoir tombait le 15 mai 2010, et l’on peut s’interroger si la Constitution a été respectée ou violée en la matière.

A part ces observations qui se dégagent d’une analyse récente de l’évolution de la situation sur la scène politique, on n’a pas souvenir d’autres faits significatifs qui auraient amené le Président de l’Assemblée nationale à formuler, dans son discours de clôture de la session de mars, des griefs et des remontrances faisant allusion à un édifice menacé d’effondrement par l’autodestruction et la méfiance mutuelle, à l’apparition d’un esprit sectaire au sein du Parlement, à la tendance au dysfonctionnement des institutions, à la violation de la Constitution, à une nouvelle forme d’insolence qui se développerait, au refus de voir un député devenir la proie de qui que ce soit etc. 

Jean N’Saka wa N’SakaJournaliste indépendant

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