Assemblée Nationale : la démocratie du plus fort

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Présumé « temple de la démocratie », une expression chère à un ancien président de cette institution, l’Assemblée Nationale est loin de répondre à cet idéal. A chaque session, des millions de compatriotes sont déçus d’assister à la démocratie du plus fort, laquelle consiste à étouffer systématiquement tout débat sur des questions pourtant d’intérêt national. Le vendredi 06 octobre 2017, une nouvelle déception était au rendez, en rapport avec les questions relatives aux violences dans l’espace kasaïen, aux évasions théâtrales des détenus des prisons de Kinshasa et de l’arrière-pays et à l’exécution sélective des mesures de décrispation du climat politique consignées dans l’Accord du 31 décembre 2016.

Aucun des trois sujets n’était tabou car discutés régulièrement dans
des cercles publics comme privés, en RDC comme hors des frontières
nationales. Le dossier de l’insécurité au centre du pays venait
d’ailleurs de faire l’objet d’un forum sur la paix, la réconciliation
et le développement à Kananga, où les débats de fond étaient occultés
par la peur, pour les participants, de cracher des « vérités »
susceptibles de leur causer des ennuis d’une part et, d’autre part,
l’absence de présumés commanditaires pourtant prêt à éventrer le boa.
On rappelle aussi que le sujet reste pendant sur la table du Haut
Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme ainsi qu’au
Conseil de Sécurité, où les investigations de la justice militaire
congolaise sont loin d’évacuer les doutes de ceux qui croient à la
thèse de crimes d’Etat. Le ministre de l’Intérieur allait se sentir
d’autant à l’aise qu’il a hérité d’une situation créée par d’autres.
S’agissant des évasions des prisonniers et du blocage du dossier des
prisonniers et exilés politiques, l’opinion aurait aimé entendre les
explications du ministre de la Justice, afin savoir si sa
responsabilité y est réellement engagée.
En étouffant les motions de défiance leur adressées, avant qu’elles
ne reçoivent les réponses préparées par les ministres visés et
qu’elles soient soumises au débat d’abord et au vote ensuite, la
famille politique du Chef de l’Etat donne à penser qu’elle a des
choses à cacher. Ce sentiment est d’autant fort que mathématiquement,
elle détenait toutes les cartes en mains pour casser les deux motions
soient par des arguments en plénière, soit par un vote de confiance en
faveur d’Emmanuel Shadari et Thambwe Mwamba.
Qu’est devenue la majorité mécanique des troupes du Chef de l’Etat à
la chambre basse du parlement pour qu’elles se mettent à redouter,
subitement, un exercice qu’elles adorent dans des questions
secondaires ?
A force d’entretenir des tabous, la Majorité Présidentielle ne fait
qu’élargir le fossé de la méfiance entre elle et l’homme de la rue,
plus que jamais convaincu que le pays va mal et qu’il y a nécessité de
changer de gouvernance, afin de permettre au plus grand nombre de
débattre librement des questions d’intérêt national, qu’elles soient
politiques, sécuritaires, sociales ou économiques. Si les Congolais ne
peuvent pas discuter de l’impasse de l’Accord du 31 décembre 2016, des
restrictions des libertés individuelles, de la persistance suspecte de
l’insécurité au Nord, à l’Est et au Centre du pays, de la nature des
contrats liés à l’exploitation du cuivre, du pétrole, du diamant, de
l’or…des détournements des deniers publics, de l’enclavement des
provinces, de la justice à la tête du client, pourquoi les
mobilise-t-on pour un enrôlement massif aujourd’hui et leur
participation au choix de leurs gouvernants demain ?
Si les détenteurs du pouvoir estiment ne pas être liés au devoir de
redevabilité, le plus simple serait de dissoudre le parlement et de
laisser le pays fonctionner avec des gouvernants n’ayant des comptes à
rendre à personne. Le nouveau signal négatif émis vendredi à partir du
Palais du peuple ne peut que pousser la majorité silencieuse à
s’inquiéter de la « mort » du débat démocratique et de la montée d’un
régime spécial qui rappelle à beaucoup celui de la pensée unique des
années ’90. Ici, toute « parole du Président-Fondateur  prononcée en
public » avait force de loi… et les résolutions du Bureau Politique et
du Comité Central du MPR (Mouvement Populaire de la Révolution/
Parti-Etat), étaient accueillies par le « peuple » comme paroles
d’évangile.
Kimp