Assassinat de Lumumba : un crime de guerre pour le parquet fédéral belge

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La vérité sur l’assassinat du tout Premier ministre du Congo va enfin éclater avec l’ouverture probable du procès pénal devant la Justice belge. L’obstacle qui jusque-là bloquait cette affaire vient de sauter avec la position prise le mardi dernier par le parquet fédéral dans son réquisitoire qui considère : « qu’après avoir procédé à une analyse des données historiques pour répondre à la question préalable de la prescription, il faut en déduire l’applicabilité du Droit de la Guerre et en conclure que l’élimination physique après tortures de Lumumba constitue un crime de guerre qui est imprescriptible ».
Malgré l’ancienneté d’un demi-siècle, ce crime n’est pas prescrit et la voie est tracée pour l’ouverture d’une instruction pénale de cette affaire qui a souvent envenimé les relations entre les Belges et les Congolais. La première observation relève du fait que le Congo et la province sécessionniste du Katanga étaient les théâtres d’un conflit armé, notamment entre les forces régulières du gouvernement central et celles de l’entité politico-administrative en sécession. 
Cette position du parquet fédéral belge était fort attendue depuis 12 mois après que les avocats de la famille de l’infortuné aient déposé le 22 juin 2011 une plainte de 136 pages avec constitution de partie civile en ciblant 12 suspects belges dont certains sont encore en vie. Cette position se trouve dans un réquisitoire de 30 pages écrit par le magistrat fédéral Thierry WERTZ dans lequel il défend le caractère imprescriptible de ce dossier. Quelle belle victoire pour Maîtres Annemie SHAUS et Christophe MARCHAND, les deux avocats belges de la famille LUMUMBA ? La justice belge est donc compétente pour connaitre de cette affaire afin que la vérité soit connue et les responsabilités dénoncées et condamnées.   
 
Signaux avant-coureurs
 
C’est en 2002 que le Sénat belge avait ouvert une enquête pour connaitre les tenants et les aboutissants de cet assassinat crapuleux du tout Premier ministre du Congo indépendant intervenu le 17 janvier 1961 à Lubumbashi alors Elisabethville. De nombreuses personnalités congolaises qui avaient joué un quelconque rôle sur le plan politique tant au niveau national que provincial furent entendues par la commission spéciale du Sénat belge, dont entre autres Albert NDELE alors gouverneur de la Banque centrale du Congo, Victor NENDAKA chef des services de la Sécurité, KIBWE ministre des Finances du gouvernement sécessionniste, Albert KALONDJI président de l’Etat du Sud-Kasaï. Du côté belge, il y avait le comte d’Aspremont Vanderlinden, ministre des Affaires Etrangères du Royaume de Belgique, et les deux survivants que sont Jacques BRASSINE, directeur du Bureau Technique du Katanga et Carlo HUYGHE qui avait été décoré deux fois pour services rendus. D’autres sont décédés depuis lors mais leurs dépositions sont contenues dans le rapport sulfureux de la commission spéciale du Sénat belge.
Ce rapport a comme particularité de conclure à la responsabilité morale de l’Etat belge qui par ses plénipotentiaires avait présenté « ses excuses et ses profonds et sincères regrets ».Les deux survivants seront donc entendus et leurs témoignages seront des atouts de plus pour connaitre la vérité sur les services rendus par Carlo HUYGE qui vit en Afrique du Sud et qui devra faire le déplacement de Bruxelles comme son compagnon Jacques BRASSINE qui est, du reste, co-auteur avec KESTERGAT du livre intitulé : « Qui a tué Lumumba ?».
 
Les yeux tournés vers les lumumbistes
 
Pour sa part, le parquet fédéral belge a déjà désigné Mme Marie-Aurore DAGNELY comme juge d’instruction sans attendre le prononcé de son arrêt avant-dire-droit. Cependant, les regards sont tournés vers les actuelles autorités congolaises dont l’indifférence et la mollesse sont autant condamnables face à cette tragédie qui est à la base d’une longue rébellion s’étant clôturée par la destruction du tissu économico-social, des infrastructures agro-pastorales et industrielles ainsi que par un bilan macabre en pertes d’hommes de l’ordre des 500.000 morts. Car, il est impensable que le régime qui se targue d’être l’héritier politique de feu Patrice LUMUMBA ait attendu que le parquet belge se prononce par ce réquisitoire pour constater que l’assassinat de Lumumba est un crime de guerre donc imprescriptible. Vont-elles fournir des moyens conséquents aux avocats de la famille biologique de feu Lumumba pour parvenir à un verdict accordant des dommages et intérêts considérables aussi bien pour les enfants de l’infortuné que la nation congolaise qui a payé le prix le plus lourd ?  D’autant que l’un des compagnons de feu LUMUMBA, en l’occurrence le patriarche Antoine GIZENGA a eu à exercer les fonctions de Premier ministre du tout premier gouvernement de la 3ème République et que l’Etat congolais a proclamé pour la seconde fois Patrice LUMUMBA Héros National.  De même, le juge d’instruction fera œuvre utile en consultant les archives de la Commission des Assassinats de la Conférence Nationale Souveraine qui avait entendu de nombreux témoins de ce lâche assasinat.
 
Mettre fin à la propagande mensongère
 
De même, ce procès va mettre un terme à la calomnie, aux manipulations et à la propagande mensongère pour incriminer des innocents qui n’ont jamais été mêlés ni de loin ni de près dans cet assassinat crapuleux. Tout cela pour ne pas reconnaitre que Patrice LUMUMBA et ses deux compagnons d’infortunes dont Maurice MPOLO et Joseph OKITO avaient été sauvagement torturés avant d’être assassinés au Katanga par des officiels belges et katangais. Tout cela pour ne pas reconnaitre que les autorités de l’Etat Autonome du Sud Kasaï avaient refusé de recevoir ce colis des trois infortunés en empêchant l’avion qui les transportant d’atterrir à Bakwanga. Tout cela pour ne pas reconnaitre que les architectes de cet assassinat se retrouvaient parmi les plus hautes autorités politiques, militaires et du monde des affaires aussi bien tapic à Léopoldville, à Bruxelles, à Washington et à Brazzaville. La vérité va enfin éclater et les responsables vivants et morts seront dénoncés. 
 
F.M. 

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