Arrêtés annulés dans la Fonction Publique : Matata s’arrête à mi-chemin

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Le Premier ministre Matata Ponyo vient de décider l’annulation d’une série d’arrêtés d’un ancien ministre de la Fonction Publique pris en 2010 et portant sur le recrutement de plusieurs dizaines d’agents au sein de l’administration publique congolaise. Parmi les raisons invoquées par le chef du gouvernement, il y a le non respect de la procédure en la matière et de la ligne budgétaire réservée à la rémunération des employés de l’Etat.

 Bref, l’Etat employeur s’est retrouvé avec un trop-plein de main-d’œuvre dont il n’a pas besoin pour l’instant et qui grève terriblement le Trésor public.
 En dépit des arguments pertinents brandis par le Premier ministre, l’affaire n’en continue pas moins de soulever des vagues dans les rangs des « assainis » et des syndicats de l’administration publique. Ici, on évoque d’emblée le principe de la continuité de l’Etat et des droits acquis. Les concitoyens ayant déjà acquis le statut d’employés de l’Etat, avec les avantages matériels, financiers et moraux y afférents, pensent que le gouvernement congolais devrait supporter les conséquences de sa propre turpitude.
Dans leur entendement, si Matata Ponyo trouve que les intéressés seraient bénéficiaires d’actes politiques et administratifs illégaux, il devrait s’en prendre à ses prédécesseurs au niveau de l’Exécutif national. S’appuyant sur les dispositions du Code du Travail, les « assainis » considèrent que leur contrat avec l’Etat congolais, qui a largement dépassé les délais probatoires de trois ou six mois selon les cas, est réputé à durée indéterminée. Par conséquent, il ne peut être cassé selon la procédure initiée par le Premier ministre. D’où, ils se croient victimes d’une mesure arbitraire et sélective.

Nouvelle opération « mains propres » ?

 Il y a tant d’opérations « mains propres » sur fond de règlements de comptes en République Démocratique du Congo qu’il est difficile de savoir si l’administration publique congolaise est soumise à une nouvelle cure d’assainissement. Si tel est le cas, il faudrait saluer le courage de Matata Ponyo de faire la chasse aux engagements anarchiques d’agents et cadres de l’Etat. La pléthore d’effectifs dont on se plaint tant dans le secteur étatique est liée au phénomène du clientélisme politique dans les formalités d’embauche.
 Toutefois, l’on cherche à savoir pourquoi l’attention du Premier ministre s’est particulièrement focalisée sur le ministère de la Fonction Publique, donnant du coup l’impression de s’être arrêté à mi-chemin. Comme on le sait en effet, les décisions politiques ou administratives illégales touchent tous les secteurs de la vie nationale. Combien de terrains ne sont-ils pas lotis dans l’illégalité la plus parfaite dans ce pays ? Combien d’immeubles de l’Etat et des particuliers sont-ils spoliés sur pied des décisions politiques, administratives et judiciaires non-conformes à la Loi ? Combien de concitoyens sont interpellés, arrêtés, jugés, condamnés ou gardés en détention dans des prisons en violation de toutes les normes de forme et de procédure ? Combien de criminels économiques et « Kuluna » en cravate, forts de leurs immunités et parapluies protecteurs, se la coulent douce tranquillement dans leurs jardins familiaux alors que les caisses de l’Etat attendent d’être approvisionnées en espèces sonnantes et trébuchantes ?


 Pour convaincre les Congolais de sa volonté de combattre les antivaleurs, notamment la saignée du Trésor public, Matata devrait étendre son opération « mains propres » à tous les secteurs de la vie nationale, avec effets rétroactifs s’il le faut, mais dans le respect des textes qui régissent la République. Cette rétroactivité devrait frapper tout le monde, et non se limiter aux seuls pauvres fonctionnaires mal payés. Pour l’instant, le signal donné à partir de la Fonction Publique laisse plus d’un sceptique, tout simplement à cause de son caractère jusque-là sélectif.


   
Kimp 

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