Arrestation du général rwandais Karenzi : le génocide congolais en passe de sortir de l’oubli

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Emmanuel-Karenzi-Karake-rwandaAvec l’arrestation du chef des services des renseignements du Rwanda à Londres, des paris sont lancés de par le monde. Tout d’abord, l’opinion a été surprise par cette information, car tous les gouvernements qui se sont succédé en Grande Bretagne, que ce soit de gauche ou de droite, ont toujours apporté leurs appuis tant diplomatiques que financiers au Rwanda sous prétexte de protéger ce régime d’un autre génocide peut-être plus nocif que celui perpétré en 1994.

            Mais comme le dit un adage, quelque soit la nuit, le jour finira par se lever et le prétexte du génocide a fini par montrer ses limites. Curieusement, ce sont les médias britanniques, en l’occurrence la grande chaîne BBC, qui ont été les premières à réfléchir haut sur l’éventualité de réécrire l’histoire du génocide. Malgré la découverte de nouveaux éléments mettant en cause les officiels rwandais, le régime de Kigali a usé et abusé de ce fond de commerce pour camoufler les funestes opérations des pilages des ressources, destructions méchantes, tueries, massacres, déplacements massifs des populations en RDC. D’où la brouille qui a assombri les relations jusque-là très bonnes entre Londres et Kigali. Et comme d’habitude, le régime du Front Patriotique Rwandais a violemment réagi en fermant  la BBC, malgré les appels à la retenue lui adressée par des hommes de bonne volonté.  

            Toutes les Ong de défense des droits de l’homme les plus en vue, tant locales qu’internationales, dont entre autres Human Right Watch, International Crisis Group et Amnesty International, ont toujours publié des rapports accablants sur les multiples violations des droits de l’homme perpétrées par les éléments de l’armée régulière rwandaise à travers les territoires de la RDC et cela depuis le déclenchement de la guerre de l’AFDL en 1996. Ces différents rapports ont toujours été accompagnés par des preuves palpables, avec des dates, identités des victimes, sites et localités, sans oublier des témoignages des rescapés de ces actes odieux.

Les Nations-Unies montent au créneau     

            Aussi curieux que cela puisse paraitre, les autorités rwandaises ont toujours rejeté tous ces rapports par des attitudes désobligeantes et condescendantes. Car bénéficiant des appuis des capitales occidentales, dont particulièrement les puissances anglo-saxonnes, essentiellement Washington et Londres.

             Excédés par l’ampleur des massacres, tueries, pillages, viols et déplacements forcés des populations congolaises et détenant des éléments des preuves des commanditaires de ces actes odieux, une mission des Nations-Unies rendit public le fameux rapport MAPPING. Dont des noms, identités, lieux, témoins, rescapés des victimes. Comme à l’accoutumée, Kigali réagit avec mépris, orgueil et désinvolture, en y réservant une fin de non-recevoir. Pratiquement la même position que les tenants du FPR viennent d’afficher tout dernièrement surpris par l’arrestation à Londres le samedi dernier du général Emmanuel KarenziKarake. Celui-ci avait été nommément cité dans ce rapport Mapping et bien d’autres dont ceux de l’OngHuman Right Watch et Amnesty International comme le principal commanditaire des massacres perpétrés en RDC avant et après la prise du pouvoir au Rwanda par le FPR. Dont entre autres l’assassinat des agents des Ong humanitaires d’origine espagnole.

            Nommé chef adjoint de la mission conjointe ONU-Union Africaine au Darfour de janvier 2008 jusqu’en avril 2009, il fut ensuite cité par les Nations-Unies comme faisant partie des 40 personnalités accusées d’avoir perpétré des crimes graves en RDC, notamment des massacres et assassinats. Voilà comment il avait été contraint de quitter précipitamment le Darfour avant de retrouver le poste tant convoité de chef des services des renseignements de son pays.

Comme Mme Rose Kabuye ? 

 

            L’histoire va-t-elle se répéter ? Cette version n’est pas à écarter, connaissant le cynisme des dirigeants rwandais. Tout comme Me Rose Kabuye, le général Emmanuel KarenziKaruke est aussi accusé comme auteur et commanditaire des assassinats et des massacres perpétrés en RDC alors qu’il dirigeait les services des renseignements du F.P.R. avant et après la prise du pouvoir à Kigali en 1994.

            Pour rappel, un autre officier rwandais, à savoir le lieutenant Abdoul Ruzibiza, ancien membre des services spéciaux de la rébellion du FPR avait fui son pays pour chercher l’asile en Europe, notamment dans un pays scandinave, avant de se présenter plus tard devant le juge d’instruction français Yves Bruguière, en qualité de renseignant. Ses dépositions se focalisèrent sur l’abatage de l’avion de marque française «Falcon» qui transportait les présidents Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntariamira du Burundi rentrant au mois d’avril 1994 des négociations inter rwandaises d’Arusha en Tanzanie.

Cet avion, selon Abdoul Ruzibiza, fut abattu par des missiles tirés par des éléments du FPR positionnés sur l’une des montagnes surplombant l’aéroport international de Kanombe à Kigali. Cet acte fut l’élément déclencheur du génocide  de 1994 qui se solda par un bilan atroce dont le nombre exact n’a jamais été clarifié car il dépend du côté où l’on se trouve.

            C’est cette thèse qui avait permis au juge français Bruguière de rédiger le réquisitoire  d’accusation à charge des principaux dirigeants du FPR, dont Mme Rose Kabuye, officier supérieure du FPR qui commanda les troupes qui avaient pris la ville de Kigali et qui fut plus tard affectée comme chef des services du protocole à la présidence de la République rwandaise.

            Accablé par les multiples pressions exercées sur lui par les ténors du FPR, ce jeune officier se rétracta juste au moment où le juge Bruguière se préparait à saisir la justice de son pays, conformément au principe de compétence pénale internationale. Cependant, ce juge avait établi une liste des principaux présumés commanditaires et auteurs de cet abattage de l’avion présidentiel. Coup de tonnerre, on apprit six mois plus tard que le lieutenant Abdoul Ruzibiza avait été retrouvé mort dans une chambre d’hôtel au Danemark.

Ruse et cynisme inimaginables

            Usant de la ruse et d’un cynisme rare, Mme Rose Kabuye se rendit en Allemagne où elle fut appréhendée par la justice locale en exécution du mandat d’arrêt international lancé bien avant par le juge Bruguière. A l’annonce de son arrestation, le président Paul Kagame fit le déplacement de Bonn où il rendit visite à Mme Rose Kabuye. Le monde entier et particulièrement les familles des victimes du génocide et des présidents Juvénal Habyarimana et Cyprien Ntariamira retinrent le souffle ? Espérant par là voir jaillir la vérité sur ce génocide utilisé comme fond de commerce.

            Mais hélas ! Cette joie fut de courte durée car faute des plaignants après le désistement de feu Abdoul Rizibiza, le juge français fut contraint de remettre au placard son réquisitoire. Voilà comment cette femme fut remise en liberté alors que le gouvernement allemand l’avait entretemps extradée en France. Va-t-on revivre le même scénario ? Il est encore trop tôt pour se frotter les mains et crier victoire. Wait and see.

                                                                                  F.M.