Après le rejet de la motion contre le ministre de la Défense : des députés du Nord-Kivu craignent la chasse aux Nande !

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Dans une déclaration signée de leurs propres mains et datée d’hier mercredi 18 avril 2018, des 13 députés nationaux, tous originaires du Nord-Kivu, redoutent l’indexation des autochtones Nande comme traitres à la patrie et complices des forces négatives qui entretiennent l’insécurité dans cette partie de la République voici plus de deux
décennies. A leur avis, le blocage de la motion de défiance contre le ministre de la Défense, le lundi 16 avril 2018 à l’Assemblée Nationale, a constitué un signal fort négatif en direction des compatriotes de cette partie de la République, qui sont restés avec le sentiment de la banalisation de leurs ennuis sécuritaires par le pouvoir en place.

Selon les signataires de la déclaration sous examen, un débat public devrait absolument s’engager au sujet du feuilleton quotidien des massacres des civils au Nord-Kivu et du pillage de leurs champs, maisons et autres, afin que l’on arrive à identifier clairement les
vrais auteurs et commanditaires de ces actes. La clause du secret-défense, dans leur entendement, ne devrait pas être de mise dans une situation d’insécurité où les rescapés cherchent à savoir pourquoi ils ne peuvent pas vivre tranquille sur les terres de leurs
ancêtres, quinze ans après la réunification territoriale opérée en marge du Dialogue intercongolais.

Les 13 députés du Nord-Kivu ne mettent pas de gants pour déplorer les
propos du Chef de l’Etat ainsi que ceux des parlementaires de la
Majorité, lors de leur réunion du lundi 2018, au cours de laquelle une
diabolisation systématique de l’ethnie Nande a été constatée. Ils
expriment leur vive inquiétude au sujet de risque des règlements des
comptes de nature à rappeler le triste épisode du génocide tutsi au
Rwanda.
Le souci des treize parlementaires du Nord-Kivu signataires de la
déclaration du 18 avril 2018 est que le pays ne tombe pas dans les
travers des représailles aveugles contre les Nande, qui ne demandent
qu’à être rassurés par ceux qui ont la responsabilité d’assurer la
sécurité des personnes et biens sur l’ensemble du territoire national.
Les observateurs pensent que le dossier sécuritaire du Nord-Kivu, où
sont concentrées d’importantes forces militaires congolaises et
onusiennes, devrait cesser d’être frappé du sceau du tabou. Il n’est
pas normal que toutes les campagnes d’éradication des forces négatives
ne donnent que des résultats mitigés, alors que ces dernières alignent
des effectifs limités sur la ligne de front, agissent souvent sans
bases arrières sûres, avec des armes le plus souvent individuelles.
Comment sans chars de combats, sans blindés, sans avions de chasse,
sans hélicoptères, les combattants FLDR, ADF, Mai-Mai et autres
arrivent-ils à tenir tête aux armées régulières de la RDC et des
Nations Unies ? Que dire des cas des détournements des fonds, des
vivres, et parfois des armes, munitions et tenues destinés aux hommes
de front ? Que dire des cas de trahison et défections qui s’observent
de temps à autres au sein des troupes des FARDC, concomitamment aux
redditions en série que l’on enregistre ? Que faut-il pour effacer
définitivement les forces négatives de la carte géographique du
Nord-Kivu ?
Ces énigmes exigent des réponses claires et convaincantes pour battre
en brèche la thèse d’un chaos planifié au Nord-Kivu.                                                Kimp
Déclaration politique des députés nationaux
Le lundi 16 avril 2018, une plénière a été convoquée régulièrement
par le Président de l’Assemblée nationale pour traiter de la motion de
défiance contre le Ministre de la Défense Nationale et des Anciens
Combattants sur l’incapacité du Gouvernement de la République à mettre
fin aux massacres des populations civiles à l’Est du pays.
En violation de l’article 148 de la Constitution et des dispositions
pertinentes du règlement intérieur de l’Assemblée Nationale, une
Députée Nationale, élue de la ville de Kalemie, en province du
Tanganyika, par une motion d’ordre, a permis, selon un scenario
visiblement joué d’avance, à la plénière d’empêcher l’examen de ladite
motion. Notre sens du devoir de Représentants du peuple congolais nous
oblige à fixer l’opinion.
1. Le rejet de la motion de défiance au cours de la plénière du 18
avril 2018 rejoint, sans nul doute, les autres initiatives de blocage
du contrôle parlementaire en rapport avec les responsabilités à
établir dans la protection et la défense des populations congolaises.
Le secteur de la défense et de la sécurité, dans ce qu’il a de
redevable devant le Parlement, ne doit pas continuer à rester en marge
du contrôle parlementaire. Le fait pour l’Assemblée nationale
d’étouffer tout débat public sur le massacre des populations notamment
à Beni, Lubero, Rutshuru, renforce le sentiment d’abandon total d’une
partie du peuple congolais livré à l’holocauste des tueurs sans foi ni
loi par les plus hautes institutions de la République.
2. En marge de ladite motion, les échos relayés de la rencontre du
Président de la République avec les Parlementaires de la Majorité
Présidentielle tenue à la Cité de l’Union Africaine avant la plénière
de l’Assemblée Nationale , font état de propos stigmatisant le groupe
ethnique Nande.
3. Ces propos tenus par le Chef de l’Etat plantent le décor d’un
amalgame ethniciste dangereux qui peut avoir des conséquences
génocidaires dramatiques sur terrain. D’abord, ils opposent l’armée
nationale (les FARDC) à une communauté ethnique, ensuite, ils sont de
nature à susciter une révolte de l’opinion congolaise contre une
communauté ethnique (les Nande), enfin, ils renforcent le sentiment du
peuple meurtri de Beni, qui a toujours eu l’impression de faire
l’objet d’une action punitive et destructive de la part du régime en
place.
4. Ces propos inquiètent tous les Congolais épris de paix, surtout que
cette région des Grands Lacs a déjà vécu des épisodes sanglants,
notamment le génocide rwandais dont la haine et la violence étaient
nourries au fil des années par des discours analogues tenus librement
par de hauts responsables d’un régime de triste mémoire.
5. Il est urgent de calmer le jeu et de juguler la crise, car l’Etat,
dans ses missions régaliennes, doit être à la hauteur de rassurer tout
le monde.

Fait à Kinshasa, le 18 avril 2018
1. Hon. Lusenge K. Bonane J.
2. Hon. Muhindo Mulemberi Paul
3. Hon. Paluku Malisse Malisawa
4. Hon. Arsène Mwaka B.
5. Hon. Balikwisha Juma
6. Hon. Kambale Kalimumbalo
7. Hon. Kiove Kola Edouard
8. Hon. Mbindule Mitono
9. Hon. Kiro Tsongo Grégoire
10. Hon. Muhindo Nzangi Butondo
11. Hon. Nelson Syayipuma
12. Hon. Bakatshuraki Kavusa
13. Hon. Hubert Kakule Shahetera