Après la morosité de 2017, la FEC se réjouit de l’embellie de 2018

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Faisant le diagnostic de la situation générale du pays, Albert Yuma
Mulimbi a décrié jeudi dernier, au Chapiteau Fête Parfaite, des
dysfonctionnements de la machine gouvernementale et de
l’administration publique. C’était à l’occasion de la cérémonie
d’échange de vœux. Affecté comme les autres compatriotes par tant des
morts enregistrés ces temps derniers, le président national de la FEC
a présenté ses condoléances les plus attristées aux familles
éprouvées. Il a évoqué à ce sujet, les victimes des épidémies de
choléra et de la fièvre hémorragique à virus Ebola, celles des
inondations et des éboulements de terre. Il s’est dit également ému
par les tueries barbares de l’espace kasaïen sous le phénomène Kamwina
Nsapu et des conflits tribaux entre Bantous et Twa au Tanganyika. Et
il n’a pas manqué de saluer la mémoire des militaires des Fardc et de
la Monusco qui ont trouvé la mort dans la défense de l’intégrité du
pays. Paix en RDC, sans oublier les pertes en vies humaines, celle des
civils, comme des membres de forces de l’ordre, survenues le 31
décembre 2017 et le 21 janvier 2018.
Après ce survol du climat sécuritaire, la FEC, par la voix de son
président national, voit les perspectives économiques en rose avec la
tendance haussière des cours des métaux de base. Le prix du cuivre est
passé de 5.670 dollars la tonne en 2016, a indiqué Albert Yuma, et à
6.970 dollars la tonne en 2017, soit une augmentation de 23 %. Il en
est de même du prix du cobalt qui a enregistré une augmentation de 129
%, passant de 30.570 dollars en 2016, à plus de 70.000 dollars en
2017. S’appuyant sur les données de la BCC, il s’est félicité de
l’augmentation de l’activité économique. Le taux de croissance
économique est estimé à 3,2 % à fin 2017, contre 2,4 % en 2016, soit
un accroissement de 0,8. D’où des félicitations qu’il a adressées au
gouvernement pour sa proactivité en prenant dès août 2017, des mesures
courageuses de stabilisation économique, grâce auxquelles les
résultats se font aujourd’hui sentir, avec notamment une meilleure
mobilisation de recettes publiques, permettant depuis novembre
d’améliorer sensiblement l’exécution des dépenses de l’Etat.
Après un survol du niveau bas des réserves internationales de change,
la rigidité de la demande des devises pour l’importation des biens et
services, la forte inflation de la monnaie locale face au dollar, il a
abordé l’épineuse question de finances publiques et noté que faute des
ressources suffisantes, le gouvernement a recouru au financement
monétaire avec les avances de la BCC, impactant ainsi davantage sur le
niveau des prix intérieurs.

2018 présente de belles perspectives sur le plan économique
Pour lui, la Loi des finances de 2017 qui a connu une augmentation en
volume de 72,1 % comparativement à la loi rectificative de 2016, n’a
été promulguée que courant juin. Cette situation, à son avis, n’a pas
favorisé la bonne marche des institutions du fait du recours aux
crédits provisoires avec des dépassements considérables. Quant au
niveau général des  dépenses  publiques, il a connu un taux de
réalisation de 44 %. De ce fait, l’exécution des dépenses pourtant
prioritaires est demeurée très faible.
Face à l’embellie qui se dessine en 2018, avec l’augmentation des
cours mondiaux des matières premières, la FEC craint qu’elle ne
profite qu’indirectement aux Congolais, en raison de notre dépendance
aux ressources fiscales du secteur extractif.
S’agissant du climat des affaires, Albert Yuma estime qu’il reste
dominé par la corruption, le harcèlement fiscal et l’insécurité
juridique et judiciaire, et ne contribue toujours pas à favoriser la
promotion de l’investissement, ni  la croissance, ni le développement
de notre pays. Situation que le chef de l’Etat, devant le Congrès,
avait dénoncée le 5 avril 2017, en des termes clairs : «  Tant que
notre système fiscal sera écrasant, discriminatoire et truffé d’une
parafiscalité lourde, le climat des affaires ne sera pas propice à
l’investissement productif ni au civisme fiscal ».
Malheureusement, après la Conférence sur le climat des affaires en
août 2017 et  le Forum national sur la réforme du système fiscal, la
FEC est frustrée de constater que plusieurs résolutions, pourtant
consensuelles, ne sont toujours pas d’application et que les problèmes
soulevés, mais non résolus, continuent de saper l’environnement des
affaires. Il a cité à titre exemplatif, la prolifération des missions
d’enquêtes fiscales, leur caractère irrationnel sur le plan économique
et les multiples perceptions des droits et taxes. Et en dépit des
observations transmises au ministre des Finances, aucune réduction du
nombre de ces taxes même à 5 %, n’est intervenue. Son réquisitoire est
cinglant : «  Trop de taxes, parfois injustifiées, d’un montant trop
élevé, trop de contrôles intempestifs, l’absence de réforme, pour ne
citer que ceux-là sont autant des plaintes des entreprises du secteur
informel. D’autres ont fermé, comme Nestlé, ou sont en train de
réduire leurs activités. Faudra-t-il attendre le désert économique,
s’est interrogé Albert Yuma, pour que le gouvernement se réveille ?

De grands cabinets politiques infiltrent leurs partisans dans les ministères
De l’administration publique, il retient quelques griefs dont la
baisse de la qualité des services, leur inefficacité, les grands
cabinets politiques prenant la place des administrations.   Yuma
Mulimbi relève que certaines lois souffrent de l’absence des mesures
d’application, d’autres encore sous forme de projets traîneraient au
Parlement. Telle la loi de la sous-traitance dans le secteur privé
promulguée depuis février 2017, comme la loi agricole et le projet de
modification de la loi sur les télécommunications.
Evoquant les mesures de suspension du signal internet pour des
motivations sécuritaires, la FEC fait savoir qu’elles ont causé
d’énormes préjudices à certains fournisseurs, plus au moins 10 % de
leur chiffre d’affaires journalier. Ont également été impactés, les
secteurs bancaire, des transports, et celui de l’hôtellerie.
Abordant le chapitre lié à la loi sur le partenariat public-privé, le
président national de la FEC a fait savoir que face à l’insuffisance
des budgets nationaux pour financer les infrastructures, le recours au
secteur privé paraît indispensable pour couvrir ce déficit. Il s’est
insurgé contre la confusion dans les fonctions d’investisseur et
d’exploitant pour éviter toute tentation du conflit d’intérêt. Et de
suggérer que celui qui apporte les fonds, ne soit intéressé que par la
rémunération de son capital et la capacité de l’exploitant à le
rembourser est une excellente chose.
Au sujet du projet Grand Inga, la vraie richesse pour lui sera
l’énergie produite et vendue, et non pas les fonds amenés par les
partenaires pour en permettre la construction. Enfin, il a plaidé pour
le renforcement du dialogue social et le relèvement du SMIG, ainsi que
des solutions aux irrégularités observées dans le chef des
administrations, en matière fiscale, économique et douanière. Il a
toutefois déploré l’interpellation des cadres et dirigeants
d’entreprises par le parquet au motif de thésaurisation du franc
congolais, les taxations injustifiées et les multiples contrôles
exercés par les services étatiques. Et comme pistes de solution, il a
martelé qu’il faudrait rompre le cercle vicieux où secteur public et
secteur privé se défient en permanence; le premier voyant dans le
second, la solution immédiate à tous ses problèmes, le second voyant
dans le premier, la cause de tous ses problèmes. Enfin, il s’est
aligné au combat de notre nation, légitime bénéficiaire de la juste
répartition des fruits de son sous-sol, en fustigeant le comportement
peu responsable de quelques membres de sa corporation. Il a martelé
que les investisseurs ne doivent pas penser qu’ils disposent des mêmes
prérogatives qu’un Etat à bénéficier des fruits de son sous-sol.

J.R.T.