Après le feuilleton de Bosco Ntaganda : Kinshasa devant le défi de la tolérance-zéro

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Mr Bosco Ntaganda during his initial appearance before the International Criminal Court on 26 March 2013 © ICC-CPIL’ex-général et homme fort du défunt mouvement rebelle CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple), Bosco Ntaganda, se trouve en détention préventive au centre pénitencier de la CPI (Cour Pénale Internationale), à La Haye, depuis près d’une année. De 2006 à 2012, date du lancement du premier mandat d’arrêt de cette juridiction contre ce seigneur de guerre accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, il paraissait imprenable et intouchable, car protégé par le gouvernement congolais. Sous prétexte que son arrestation allait embraser davantage le Nord-Kivu, Kinshasa ne cessait de marteler que la réintégration de Bosco Ntaganda au sein des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo), en citoyen libre, était le prix à payer pour le retour d’une paix durable à l’Est du pays. Mais on ne sait trop comment, Bosco Ntaganda a fini par se rendre de lui-même à la CPI, à partir de l’ambassade américaine à Kigali.

 Après le feuilleton de ce criminel longtemps traité par Kinshasa comme un allié incontournable, le chef de l’Etat et le gouvernement congolais se trouvent devant une nouvelle épreuve, celle consistant à engager des poursuites judiciaires contre les membres du M23 et de tous les groupes armés qui écument l’Est du Congo. Déjà lancée par le Groupe d’Experts des Nations Unies qui viennent de soumettre au Conseil de Sécurité un nouveau rapport sur la guerre de l’Est du Congo, l’idée de faire juger Sultani Makenga et consorts vient d’être relayée dans une lettre ouverte que l’Ong Human Rights Watch a fait parvenir au président congolais.

Une telle initiative se veut une interpellation à l’endroit des autorités congolaises, tentées pour le moment d’absoudre les crimes des membres de cette rébellion par une loi d’amnistie aux contours flous, actuellement en discussion au niveau des deux chambres du Parlement. L’exigence des procès en bonne et due forme contre des hors-la-loi et d’autres miliciens armés qui ont mis le Nord-Kivu à feu et sang pendant dix-huit mois, pillé, violé, volé et perpétré des destructions méchantes des infrastructures traduit le souci de la communauté internationale de voir le gouvernement congolais appliquer la tolérance-zéro contre des individus qui ne méritent aucune circonstance atténuante.

C’est un test d’évaluation de l’état d’esprit qui prévaut au sein de la classe dirigeante congolaise, pour savoir s’il y a, dans leur chef, une ferme volonté d’envoyer un signal fort en direction de tous ceux qui s’amusent à prendre des armes pour massacrer des innocents, brader les ressources naturelles de la République, déstabiliser les institutions, porter atteinte à la sûreté interne et externe du pays, en comptant sur l’impunité souvent traduite par des amnisties à répétition.

         On croit savoir que Human Rights Watch voudrait voir les autorités civiles et militaires congolaises, qui avaient déjà établi les listes des cadres politiques et militaires du M23 non éligibles à l’amnistie et lancé des mandats d’arrêt contre certains d’entre eux, aller au bout de leur logique, notamment en déférant les concernés devant les instances judiciaires. La même procédure devrait être enclenchée contre d’autres membres de groupes armés coupables de crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

         En gros, cette Ong ainsi que la communauté internationale mettent le gouvernement congolais devant le défi de la tolérance-zéro à l’endroit de tous les criminels armés du Nord, de l’Est et du Sud du pays présentement placés dans le collimateur des FARDC, de la Monusco et de la Brigade d’Intervention des Nations Unies. La lettre ouverte de Human Rights Watch attend impatiemment une réponse devant lever l’équivoque sur l’engagement de Kinshasa à aller ou non vers un Etat de droit, en commençant par sanctionner lourdement tous ceux qui ont perturbé et continuent de remettre en cause la paix et la sécurité dans le Nord, l’Est et le Sud du pays.

Un mutisme trop prolongé à ce sujet risque d’ouvrir la voie à toutes les spéculations, comme ce fut le cas autour du deal Kinshasa-Ntaganda.

Kimp

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