Après la chute de Goma et de Sake: les tenants du «huis clos» rattrapés par l’histoire

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Ce qui arrive aujourd’hui à la RDC et qui suscite au plan national, des jérémiades pour les uns, et un excès de colère pour les autres, et à l’extérieur, la risée de certains voisins jadis militairement faibles – la chute de Goma et coup après coup, de Sake, était prévisible depuis des décennies. Cette situation archiconnue et déplorée sans arrêt, parce que c’est à l’Est que nous arrivent tous nos malheurs, n’a pas fait l’objet de grande préoccupation des dirigeants congolais. La question de la présence sur notre territoire, des forces négatives, les FDLR, les groupes Maï-Maï, les éléments du CNDP, avait certes été débattue par certaines instances nationales. Les observateurs constateront que ce dossier n’a pas retenu à l’époque, toute l’attention voulue. Pourtant, toutes ces forces négatives s’étaient distribuées la partie Est, érigeant des fiefs qu’elles géraient à leur guise, et où elles ont installé leur administration qui échappait au contrôle de Kinshasa. En outre, elles exploitaient leurs carrières de mines dont elles assuraient l’évacuation des produits miniers et l’exportation vers des pays frontaliers. Pire, leurs hommes continuaient à commettre impunément à longueur des journées, un chapelet d’exactions sur des populations civiles, de tueries, de viols et enlèvements dont la lourde comptabilité a fini par exacerber la communauté internationale. Après quelques affrontements sporadiques entre ces forces et les Fardc, on a enregistré une trêve dont on ne sait comment elle était négociée et décidée. Et il y a eu ce semblant d’accalmie et la grande distraction avec les négociations et les accords de Kampala qui n’ont accouché que d’une souris.  

A Kinshasa, on a peut-être cru naïvement que les choses allaient s’arranger par l’effet d’un coup de baguette magique. Mais la situation a commencé à pourrir sur le terrain. Une visite de quelques membres du gouvernement central en son temps à Goma avait pourtant dévoilé des cas de détournement des rations des militaires qu’un ancien Premier ministre avait surpris en vente dans certaines boutiques de la place. Il y avait plus révoltants des cas répétitifs de retards et de détournement des soldes des militaires engagés dans les différents fronts. C’était si flagrant qu’au retour de leur mission à l’intérieur du pays, l’on était persuadé que les membres du gouvernement allaient décider l’ouverture des enquêtes sur ces affaires susceptibles de démotiver nos troupes au front. Et depuis, les dossiers ont été rangés dans les oubliettes.

La situation a tellement pourri sur le terrain qu’on a alors enregistré tour à tour la chute de Masisi, Rutshuru, Bunagana, et autres villages.

Pour une paix durable en RDC, faut-il négocier ou combattre le M 23 ?

Témoins indignés de cette triste réalité, quelques compatriotes visionnaires, choqués par le calvaire vécu au quotidien par les populations civiles, ont entrepris de dénoncer l’action nocive des complicités externes, notamment celles entretenues par le Rwanda et l’Ouganda, ainsi que des complicités internes qui ne seront jamais nommées, ni débusquées, ni même poursuivies. Mais qui dans les rangs du pouvoir, avait prêté en ce moment-là, oreille au message interpellateur de ces patriotes qualifiés à tort de prophètes de malheurs et traités d’oiseaux de mauvais augure ?

On se rappellera à ce sujet des incessantes dénonciations de quelques leaders politiques, des partis d’opposition, de nombreux appels à la vigilance de la Cenco, des cris de détresse de la Société civile et du battage médiatique de quelques organes de presse, tous postés à l’avant-garde de la résistance à la balkanisation de notre pays. Comme prime à leur message de vigilance, ils feront l’objet des menaces de poursuites judiciaires, s’ils n’ont pas été tout simplement interpellés pour atteinte à la sécurité de l’Etat, collusion avec l’ennemi ou pour viol sur des mineures. Alors que sous d’autres cieux, les menaces présentes ou futures d’une portion d’un Etat sont toujours prises au sérieux par les instances dirigeantes. Certains services de l’Etat en profitent pour redéfinir la politique de défense du pays, élaborer des stratégies pour enrayer ces menaces et dissuader les éventuels agresseurs.

A la lumière de tout ce qui nous tombe aujourd’hui sur la tête et nous cause des insomnies, plusieurs interrogations ne cessent de nous triturer les méninges. Lors d’une des sessions extraordinaires de l’Assemblée nationale, plusieurs sons discordants ont fusé dans les différents milieux  des élus du peuple. Si les uns, jadis opposés au débat public sur le dossier de la guerre de l’Est, et qui ont fini par rallier le camp des opposants, se sont prononcés pour le dialogue sans exclusive de toutes les forces politiques avec les ténors de ce mouvement, les autres ont déclaré leur refus au dialogue avec le M 23 qu’ils considèrent comme force négative et anti-démocratique pour avoir pris les armes contre le pouvoir en place. Pour ces derniers, seule compte l’option militaire. Une option qui a ses exigences et qui a un prix à payer en termes des sacrifices humains et d’importants dégâts matériels, avant la reconquête du territoire national et la stabilisation des institutions républicaines. Au lieu de se complaire aux incantations, l’heure est à la mise en commun des initiatives congolaises qui peuvent aboutir au règlement définitif de cette guerre. Il faut que les deux questions soient soupesées et examinées sous toutes les coutures, avant le choix décisif des solutions à préconiser pour l’avenir immédiat ou proche.                                                                     

JRT

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