Après le feuilleton Dechade Kapangala : Rossy Mukendi bloqué à l’ex-Mama Yemo !

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La famille biologique de Rossy Mukendi, le corps académique de l’UPN (Université Pédagogique Nationale), les activistes du Collectif 2016 ainsi que les responsables du CLC (Comité Laïc de Coordination), organisateurs de la marche du dimanche 25 février 2018, en marge de laquelle il avait été tué par balles à la paroisse Saint Benoît, à
Lemba, ne savent plus à quel saint se vouer. Alors qu’ils avaient programmé la levée du corps de ce chrétien catholique et enseignant du supérieur pour ce jeudi 15 mars 2018, ils se trouvent devant le veto de l’auditorat militaire. Selon la justice militaire, il faut une
seconde autopsie de la dépouille mortelle du disparu. C’est sans doute pour savoir s’il avait succombé après avoir été atteint par une balle en caoutchouc, comme soutenu par le Commissariat provincial de police de la ville de Kinshasa, ou par une balle réelle, comme attesté par l’autopsie effectuée à l’Hôpital Saint Joseph de Limete, où il avait
été reçu le dimanche 25 février 2018.

On rappelle que selon des témoins de la scène « d’exécution » de Rossy Mukendi Tshimanga dans l’enceinte de la paroisse Saint Benoît, où la police avait fait irruption alors que les paroissiens voulaient regagner leurs domiciles après le culte, après avoir constaté que leur tentative de marcher avait été étouffée, le regretté activiste du mouvement citoyen Collectif 2016 avait été atteint de deux balles réelles. A ce sujet, l’autopsie pratiquée à l’Hôpital Saint Joseph, à la demande de sa famille, avait révélé que sa mort était effectivement provoquée par des balles réelles.
Ce qui choque les membres de famille, amis et connaissances de Rossy
Tshimanga est le temps anormalement long que prend la justice
militaire pour ordonner la seconde autopsie et recueillir ainsi un
résultat pouvant corroborer ou remettre en question ce qui avait été
fait à l’Hôpital Saint Joseph. Cette lenteur dans le travail face au
souci de sa famille biologique, de sa communauté académique et de sa
communauté religieuse de lui réserver des funérailles dignes de son
rang et de lever par ricochet le deuil porté en sa mémoire voici
bientôt trois semaines pousse d’aucuns à s’interroger sur la raison
profonde de la «prolongation » de son séjour à la morgue centrale de
l’Hôpital Général de Référence de Kinshasa (ex-Mama Yemo).
Le rapport de la Commission d’Enquête Mixte mise dernièrement sur
pied par la ministre des Droits Humains avaient démontré que toutes
les victimes tuées par balles ou par asphyxie lors des marches du 31
décembre 2017 et du 21 janvier 2018 avaient pour auteurs des éléments
de la police et de l’armée. Les observateurs pensent que ces deux
corps spécialisés, l’un pour le maintien de l’ordre, et l’autre pour
la défense nationale, devraient tirer les conséquences des dérapages
de leurs hommes de troupes, comme souligné dans le même rapport et
laisser la famille de Rossy Mukendi, ses amis et connaissances lui
rendre les derniers hommages qu’exige son sacrifie de sang pour la
démocratie et la patrie.
D’aucuns sont tentés de croire que ceux qui ne veulent pas que ses
funérailles connaissent un grand engouement ont sciemment décidé de «
bloquer » son corps à la morgue pour éviter une jonction avec la messe
de mort annoncée par les laïcs catholiques pour ce vendredi 16 mars à
la Cathédrale Notre Dame du Congo. Mais, qu’on le veuille ou non, il y
aura du monde à ses obsèques, au regard de sa casquette
multidimensionnelle de chrétien catholique, d’activiste des mouvements
citoyens, d’enseignant à l’UPN, d’auteur de plusieurs ouvrages
scientifiques et de pratiquant d’arts martiaux. A moins que son
enterrement ne se fasse clandestinement.
On signale qu’au niveau des Congolais de la diaspora, une collecte
improvisée par une compatriote avait permis de réunir la somme de
23.000 euros pour ses funérailles. Leur organisation ne devrait poser
problème d’autant que l’Etat congolais avait pris, en temps,
l’engagement de tout prendre en charge.
On se souvient qu’après l’exécution par balle réelle de Dechade
Kapangala, une autre victime de la barbarie policière, le 21 janvier
2018 dans la concession de la paroisse Saint François de Sales, dans
la commune de Kintambo, sa famille s’était butée aussi à une longue
procédure administrative avant d’obtenir l’autorisation de retirer son
corps de la même morgue. Pourtant pour le cas de cette aspirante
religieuse catholique, fille d’un officier de la police, il n’y avait
aucun doute sur la balle réelle qui l’avait envoyée au royaume des
ancêtres. Mais, pour des raisons inexpliquées, son corps avait fait
l’objet d’une longue rétention à l’ex-Mama Yemo.
Kimp