Appel lancé à la CPI : Ngoy Mulunda ouvre la boîte de Pandore

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En lançant un appel aux experts de la Cour Pénale Internationale pour venir surveiller le processus électoral menacé par la violence, le Pasteur Ngoy Mulunda Daniel, ci-devant président du Bureau de la Commission Electorale Nationale Indépendante, avait-il un schéma précis en tête ? Que mijote-t-il ? Savait-il qu’il venait par là d’ouvrir la boîte de Pandore ? Dès lors que ce sont 4 ressortissants de la RDC qui sont les tout premiers à être déférés devant cette instance pénale internationale. Etait-il conscient que son appel serait considéré comme un couteau que l’on remue dans la plaie encore et toujours saignante dans les cœurs de ceux qui se méfient de la partialité affichée par cette instance qui ne vise que les pays africains et arabes ?

Toujours est-il que ce pavé dans la marre intervient juste au lendemain du message d’Etienne Tshisekedi à ses partisans au cours duquel il a lancé un appel à la légitime défense et à la défense nationale. Un discours de réarmement moral à ses partisans qui sont victimes des actes de violence, d’arro-stations et détentions arbitraires perpétrés par des miliciens au service des partis politiques du régime en place sous le silence inquiétant avec la complicité des organes chargés du maintien de l’ordre et de bonnes mœurs.

On a vu des éléments de la Police Nationale associés aux miliciens d’un parti politique de la majorité présidentielle en train de tirer à balles réelles sur des manifestants pacifiques.

La Boîte de Pandore

Cet appel en direction de la CPI a le mérite de réveiller les consciences sur le mandat d’arrêt international lancé à charge du Général de Brigade des FARDC, Jean-Bosco Ntaganda, pour des crimes de guerre et contre l’Humanité qu’il aurait commis dans le territoire de l’Ituri.

Il a aussi le mérite de rafraîchir les mémoires de l’opinion sur la présence active et nocive des milices à la solde de certains partis politiques de la majorité présidentielle. Des milices composées des jeunes gens pratiquent les Arts Martiaux et qui opèrent au grand jour aux côtés des éléments des forces de l’ordre, ne cesse-t-on de se plaindre. Jusqu’à agresser des professionnels des médias couvrant des manifestations pacifiques.

Le Bureau du Procureur près la CPI doit disposer de renseignements abondants à ce sujet d’autant que tous les dérapages découlant des actes de violence sont de notoriété internationale car largement dénoncés par les médias tant nationaux qu’internationaux. En plus des rapports des ONG de défense des Droits de l’Homme ayant pignon sur roue.

Il est permis de croire que le Procureur Moreno Ocampo pourrait exhumer la plainte du député Ne Muanda Nsemi contre les commanditaires et auteurs des massacres des adeptes de Bundu dia Kongo en 2007 et 2008. Il est à espérer que Kyungu et ses miliciens trouveraient une place de choix dans les fichiers de la CPI, de même que d’autres seigneurs de guerre et pyromanes du processus électoral.

L’équilibre de la terreur

Le message lancé le dimanche 6 novembre dernier par Etienne Tshisekedi à ses partisans à travers une interview accordée au téléphone à la chaîne privée RTLV est considéré par de nombreux observateurs comme une réaction d’indignation à tous les actes de violence, notamment les agressions armées accompagnées d’arrestations arbitraires de ses partisans. A travers ce message, le leader de l’Udps a tenu à réarmer moralement ses partisans en les invitant à la légitime défense. En clair, Etienne Tshisekedi vient de démolir la stratégie de l’intimidation que les partis politiques de la majorité présidentielle utilisaient jusque-là pour décourager et effrayer les partisans de l’Opposition politique et les empêcher de se mobiliser pour dénoncer les tentatives de tricherie avant, pendant et après les élections. Voilà la source de la colère et de la désolation qui ont envahi le camp de la majorité présidentielle. Tout est à recommencer.
Légitime défense, certes, mais surtout rétablir l’équilibre de la terreur pour sauver ce processus électoral, ont endiqué les responsables de l’Udps fortement ravis d’entendre leurs adversaires chanter les vertus de la non-violence. Quelque chose a changé et gare à celui qui s’aventuerait à perpétuer encore une fois des actes de violence à l’endroit des autres.

Légitime défense parce que les organes chargés du maintien de l’ordre public et de bonnes mœurs sont eux aussi instrumentalisés. On a vu des éléments de la Police associés aux miliciens pour agresser violemment des manifestants pacifiques et en tuer quelques uns à balles réelles. On dénombre de nombreux combattants de l’UDPS arrêtés et placés arbitrairement en détention dans les prisons de Mbuji-Mayi, Lubumbashi et Kinshasa. Tous ces actes de violence et meurtre sont perpétrés à ciel ouvert dans un silence inquiétant de l’autorité politico-administrative qui n’a jamais ordonné une enquête policière ni judiciaire pour en connaître les responsabilités à quelque niveau que ce soit.

Potentialité de Ngoy Mulunda

Certes, la réaction de Ngoy Mulunda arrive à point nommé pour sauver ce processus électoral mis à mal par la recrudescence des actes de violence. Il faut cependant regretter le silence affiché par le président du bureau de la CENI face à des actes graves de violence commis sur des officiels et des partisans de l’UDPS. L’opinion garde encore en mémoire les images des « Zoulus », une milice de l’UNAFEC, encerclant en pleine journée Park Hôtel dans le but d’agresser Me Kabukapwa, ministre des Affaires Foncières du gouvernement central en mission officielle au Katanga. Le tort de ce ministre est d’être luba kasaïen. Les mêmes éléments vont ensuite faire irruption au siège de l’Assemblée provinciale pour agresser avec des armes blanches des députés provinciaux en pleine séance plénière. Il y avait eu des blessés graves parmi eux. Ni le leader de ce parti ni les miliciens n’ont jamais interpellés.

Tout récemment, le monde entier a suivi les images des policiers en train d’agresser les combattants de l’Udps qui faisaient un sit-in devant le siège de la CENI. On dénombre un mort du nom de Lukusa et de nombreux blessés graves. Le lendemain de la destruction perpétrée à 3 heures du matin à la grenade du siège de l’Udps et celui de la RLTV par un commando bien connu, des éléments de la Police Nationale associés aux miliciens du PPRD ont violemment agressé les combattants de l’Udps. Il y eut mort d’homme et de nombreux blessés par des balles réelles tirées par ces policiers. A Mbuji-Mayi, des policiers de la garde rapprochée du Gouverneur de province ont tiré à balles réelles sur la foule venue manifester. Une fillette âgée de 13 ans a été mortellement atteinte et de nombreux manifestants ont été arbitrairement arrêtés et conduits en prison.

Tout récemment, Vital Kamerhe a échéppé à la mort à Masimanimba et Kikwit, le PPRD a été épinglé comme commanditaire du coup.
Non seulement ces actes de violence sont commis au grand jour par des éléments de la Police Nationale associés aux miliciens des partis de la Majorité présidentielle, mais ce qui est grave, c’est qu’aucune enquête ni policière ni judiciaire n’est diligentée pour déterminer les responsabilités.
De même, Daniel Ngoy Mulunda n’a jamais émis la moindre protestation en sa double qualité d’homme de Dieu et de président d’une institution d’appui à la démocratie.

Faut-il alors croire que ce réveil tardif du Pasteur Ngoy Mulunda est dû au fait qu’il a été récemment agressé en Afrique du Sud ? Faut-il croire que ce réveil tardif est dû au fait que la stratégie de l’intimidation a reçu un coup dur ? A l’opinion d’en juger, mais toujours est-il que l’appel lancé à la CPI va ouvrir la boîte de Pandore et sortir de placards des cadavres en putréfaction fort avancée.

L’ONU sonne l’alerte
Aussi curieux que cela puisse paraître, c’est au lendemain de la sortie médiatique d’Etienne Tshisekedi que le Bureau Central de l’ONU pour les Droits de l’Homme choisit pour rendre public un rapport sulfureux sur les violations des droits humains en RDC. Une coïncidence pour le moins étonnante car elle survient le jour où les apparatchiks du Régime s’étaient répandus en intoxication, injures et insinuations calomnieuses.

FM

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