Angola : «tourisme militaire» inquiétant au Bas-Congo

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Les autorités angolaises et congolaises n’en finissent pas de jurer, la main sur le cœur, que les relations entre leurs deux pays sont au beau fixe. Ce discours revient de manière mécanique après chaque invasion du territoire congolais par l’armée régulière angolaise ou chaque vague d’expulsions des citoyens congolais d’Angola, dans des conditions infrahumaines.
Cette fois, des millions de Congolaises et Congolais refusent de croire que tout se passe comme dans le meilleur des mondes entre Kinshasa et Luanda. Le feuilleton actuel de l’occupation, par l’armée angolaise, de plusieurs localités dans les territoires de Tshela et Songololo, au Bas-Congo, laisse penser à un agenda caché dans les placards de la diplomatie angolaise.

Nos concitoyens, fort intrigués par les violations intempestives et apparemment planifiées de l’intégrité de notre territoire, estiment que les messages troublants en provenance de Luanda exigent d’être absolument décryptés. La République Démocratique du Congo est un Etat souverain, dont les frontières sont internationalement connues et reconnues depuis le 19me siècle, à l’occasion de la Conférence internationale de Berlin (1885) sur le partage de l’Afrique entre anciennes puissances coloniales.

 Logiquement, l’Angola, qui n’est pas en conflit armé avec notre pays, devrait s’interdire de poser des actes de nature à pousser les Congolaises et Congolais à croire au contraire. Or, en dépit de la colère que suscitent dans l’opinion publique congolaise les safaris de son armée en terres congolaises ainsi que les expulsions répétitives et humiliantes des Congolais d’Angola, Luanda n’a jamais modifié son attitude belliqueuse d’un iota. Au contraire, elle ne fait que multiplier les actes de provocation à l’endroit d’un pays voisin présentement préoccupé à construire sa paix, à refaire son unité et à se reconstruire son économie ainsi que ses infrastructures.

Factures des guerres de libération et d’agression ?

 Existerait-il, comme l’on souvent indiqué certaines sources, un contentieux financier entre Kinshasa et Luanda ? Ce litige serait-il lié à la participation angolaise à la campagne militaire ayant conduit l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) au pouvoir en mai 1997 d’une part et d’autre part à celle ayant abouti à la défenestration des rebelles congolais, appuyés par des soldats rwandais et burundais, de la Base militaire de Kitona en septembre 1998 ?
 Si tel serait le cas, il est temps que les dignitaires de l’AFDL, signataires d’accords éventuels ayant trait aux compensations financières en faveur de Luanda, puissent fixer l’opinion nationale. Il n’est un secret pour personne que plusieurs alliés de Mzee Laurent Désiré Kabila tant dans le feuilleton de la chute de Mobutu que dans celui de la résistance à l’agression parrainée par Kigali et Bujumbura, avaient été payés cash à travers des actes de cession des concessions minières, forestières ou pétrolières ou encore des contrats léonins.
 On se souvient qu’en 2002, un panel d’experts des Nations Unies avait dénoncé les pillages des ressources naturelles de la RDC par des personnes physiques et morales qui se recrutaient dans les rangs des hommes au pouvoir tant à Kinshasa, à Luanda, à Kigali, à Bujumbura, à Kampala, à Windhoek qu’à Harare. Excédée, cette institution internationale avait préconisée des poursuites judiciaires contre ces prédateurs des richesses du sol et du sous-sol congolais.
 Faisant suite à ces observations, Kinshasa avait donné l’impression d’avoir sanctionné ses fils et filles mêlés au trafic des minerais du sang et aux contrats léonins, avant de classer les dossiers judiciaires sans suite, permettant ainsi à certains de rebondir politiquement.

Guerre du pétrole ?

 Luanda serait-elle engagée dans des actes d’intimidation ayant pour finalité de pousser à Kinshasa à renoncer à ses revendications sur son pétrole du littoral qu’elle exploite, ou plutôt, « pille » au vu et su de tout le monde sans lui retourner le moindre dividende financier ? L’on sait que le dossier, porté à la connaissance des Nations Unies, a mis les autorités angolaises fort mal à l’aise car appelées à trouver, avec leurs homologues congolaises, des modalités d’exploitation mutuellement avantageuse des hydrocarbures du Plateau continental.
 Sur papier, l’Angola semble disposée à laisser les coudées franches à la RDC pour qu’elle devienne elle aussi, dans les années à venir, un Etat pétrolier. Mais, sur le terrain, les actes que pose Luanda ne vont pas dans le sens de son apparente disponibilité à « partager » les richesses du pétrole continental avec son voisin congolais.
 Les incursions militaires angolaises en territoire congolais cacheraient, aux yeux de certains observateurs, une guerre larvée du pétrole qui se livrerait sur la terre ferme.

L’Angola en position de force

 Militairement et diplomatiquement, Luanda se trouve visiblement en position de force face à la RDC. Tout ceci arrive parce que notre pays peine à reconstruire son armée pour en faire un instrument de dissuasion face aux velléités annexionnistes de ses voisins. Qu’il est bien loin, le temps de gloire des ex-FAZ (Forces Armées Zaïroises), où aucun soldat africain en arme ne pouvait se permettre de violer un seul millimètre du territoire congolais sans recevoir une réponse à la mesure de sa témérité.
 C’est peut-être sur ce terrain qu’il faudrait travailler pour amener les Angolais au respect de l’intégrité des frontières congolaises. Car, tout laisse croire que les déclarations angolaises de bonnes intentions à l’occasion des commissions mixtes restent sans lendemain.

Kimp

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