Alexis Mutanda, haut cadre de l’UDPS : «Kabila, c’est le noeud du problème»

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Joseph-Kabila_0Alexis Mutanda, haut cadre de l’UDPS et patron du groupe de presse  « La Tempête de Tropique, CNTV et Trinitas FM » a,  au cours d’une interview réalisée avec des professionnels des médias le 29 décembre à Gombe, donné son avis sur différents sujets ayant marqué l’actualité en 2015. Ci-dessous, l’intégralité de l’entrevue.

  1. Le mois de janvier avait été agité avec les événements du 19, 20 et 21, caractérisés par des manifestations à travers le pays. Le peuple revendiquait contre le projet de loi électorale qui conditionnait la tenue des élections à un recensement général. Quelle signification donnez-vous à tous ces événements ?

Alexis Mutanda. En réalité, ce projet de loi était en fin de compte important parce que le recensement de la population  est un préalable pour la ténue de bonnes élections. Le recensement était déjà prévu dans l’accord global et inclusif de Sun City.

S’il y a eu soulèvement de la population de manière unanime, c’est parce qu’il y a manque d’un crédit de confiance entre le peuple et les dirigeants. Etant donné que nous sommes dans une période où les élections sont une  contrainte constitutionnelle et que le peuple a perdu totalement confiance au gouvernement en place, tout le monde craignait un quelconque glissement en établissant cette loi comme préalable à la tenue des élections 2016.

 

  1. Au mois de février 2015, la CENI avait publié un calendrier global, tel qu’exigé par l’Opposition et la Communauté Internationale. Ce calendrier a été récusé par l’opposition, qui demande encore un autre calendrier consensuel. Ne voyez-vous pas que vous demandez une chose et son contraire ?

A.M. Lorsque la CENI avait publié le calendrier global qui prévoyait toutes les élections, il était normal que la classe politique et la société civile  examinent minutieusement sa faisabilité. L’on s’est rendu compte par après que ce calendrier était irréaliste. Est-ce qu’il y a une contradiction en demandant un calendrier réaliste? Pourquoi doit-on rendre responsable l’Opposition d’avoir critiqué un calendrier qui n’était pas crédible ? La preuve en est que sur terrain, rien n’est encore fait concernant les élections locales et provinciales qui étaient prévues en octobres 2015.  La CENI n’a toujours pas reçu les fonds nécessaires pour pouvoir organiser des élections fiables.

 

  1. L’UDPS avait publié au mois de février la feuille de route qui contenait un certain nombre de préalables y compris le dialogue. Pensez-vous qu’elle est encore opportune alors que le Chef de l’état a pris déjà l’initiative d’organiser le dialogue ? A quoi va-t-elle encore servir alors que tout le monde attend les élections de 2016 ?

A.M. La feuille de route de l’UDPS reste toujours convenable parce que tous les problèmes énumérés dedans sont inscrits à l’ordre du jour du dialogue. Comme nous le savons tous, le processus électoral actuel est lourd suite aux conséquences des élections de 2011. Ces dernières étaient entachées de beaucoup d’irrégularités et de fraudes préparées de manière à permettre à Kabila de briguer un 3ème mandat. Ainsi, le dialogue est une voie royale pour clarifier toutes ces choses. On doit parler de certains problèmes tels que la composition de la CENI,  sachant le rôle qu’elle avait joué en 2006 et 2011.  L’UDPS n’a jamais cessé de clamer haut et fort que cette composition devrait être constituée uniquement des membres de la société civile. Il ya aussi le problème du fichier électoral  qui présente également des irrégularités, etc.

 

Il se pose un autre problème de médiation internationale exigée par l’UDPS pour le dialogue. Ne pensez-vous pas que le fait de recourir à un médiateur remet en cause la souveraineté  nationale ?

A.M. La RDC est suffisamment mûre pour résoudre ses problèmes seule.

Si nous demandons la facilitation internationale, c’est pour qu’on ait d’un côté Kabila et sa majorité, et de l’autre côté l’Opposition et la Société civile. On ne peut jamais arriver à des conclusions satisfaisantes si  ces assises sont arbitrées par Kabila, car c’est lui le nœud du problème. Il est partie prenante à la crise que connaît le pays. C’est au facilitateur d’introduire l’ordre du jour et constituer le comité préparatoire.

 

  1. Il ne nous reste que 9 mois pour la tenue des élections. Pensez-vous que les élections peuvent encore avoir lieu ?

A.M. Le vrai problème à relever, c’est celui de la disponibilité des fonds et du timing qui nous restent pour les élections, sachant que la CENI est butée à de sérieux problèmes liés à la logistique, aux infrastructures, etc.  L’UDPS avait posé le problème du dialogue depuis le mois de février 2015 et, ce sont eux qui ont trainé les pas. Puisqu’on court derrière le temps, il est dans l’intérêt de tout le monde de se concentrer sur les élections présidentielle et législatives. Comme ça, les autres élections peuvent se dérouler au début de l’année 2017 avec de nouveaux mandataires qui seront élus.

 

  1. Que dites-vous de la sortie officielle du Front citoyen 2016 qui milite également pour le respect de la Constitution ?

A.M. Toutes ces agitations observées par-ci par-là, c’est parce que personne ne désire voir la Constitution être  révisée pour permettre à Kabila de briguer un nouveau mandat. Il lui suffit seulement de se prononcer de manière claire qu’il ne va pas se représenter aux prochaines élections, vous verrez que toutes ces tractations vont cesser.

 

  1. L’année a également été marquée par les expulsions sauvages des Congolais de Kinshasa au Congo Brazzaville et même de l’Angola. Quelle est votre réaction face au grand silence de nos autorités ?

On s’attendait à une réaction proportionnelle du gouvernement, mais ce silence nous laisse croire que nous n’avons pas des autorités capables de défendre leur peuple. Voyons comment la France et les autres pays se battent pour l’intérêt de leurs compatriotes vivants à l’étranger. Même les pluies diluviennes qui se sont abattues il y a peu dans le pays, on n’a pas vu l’assistance  du gouvernement qui a pourtant promis une prise en charge des sinistrés. C’est au peuple d’en tirer les conséquences.

 

  1. Quelle lecture faites-vous de l’insécurité qui prévaut à l’Est du pays ?

A.M. Je me demande souvent le péché commis par cette population pour subir cette situation. Selon certains témoins, lorsque ces bandits vous rencontrent, ils vous contraignent de leur donner de l’argent. Si vous êtes coopératif, là on vous tue par balle. Dans le cas contraire, on vous sectionne par des coups de machette jusqu’à entraîner votre mort. Raison pour laquelle, le peuple en a marre de vivre cette situation. Il veut expérimenter en 2016, la direction du pays par d’autres personnes capables d’assurer sa sécurité.

Propos recueillis par Perside DIAWAKU