Alerte : 20 341 Shégués à Kinshasa !

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 Le Réseau des éducateurs des enfants et jeunes de la rue(REEJER) a présenté le vendredi 8 octobre dernier en son siège de Kasa-Vubu les résultats de l’enquête menée sur les enfants des rues de Kinshasa, populairement appelés « Shégués ». Evaluation faite de janvier à juin 2010, la situation révèle l’existence de 20.341 enfants SDF  dans les rues de Kinshasa. Une recrudescence totale de ce phénomène, selon le REEJER, car en 2006 il a été dénombré un chiffre de 13.877 enfants de la rue. 

Tentant de livrer une explication face à l’accroissement en flèche de cette catégorie de population, Maguy Djokaba, chargée de communication du REEJER, a indiqué que les raisons sont multiples. La première est d’ordre socioculturel occasionnée par des divorces, décès des parents, indexation à la sorcellerie, les naissances indésirables, etc. Quant aux raisons économiques, elles se caractérisent par la paupérisation des parents et la promiscuité dans leur cadre de vie. 

Enfin, les raisons politiques se définissent par des guerres, l’ignorance, la non application effective des lois, notamment celle portant protection de l’enfant… A toutes ces démonstrations, l’éducatrice ajoute la part des médias, des églises ; bref, les préjugés de la communauté, où vivent ces enfants. « Tous ces facteurs favorisent l’invasion des enfants dans la rue et entraînent ipso facto d’énormes difficultés aux autorités, tous les rangs confondus, aux agences et structures qui œuvrent pour la promotion des droits de l’enfant » a souligné Maguy Djokaba.

            Faisant noter par ailleurs l’absence d’un recensement depuis fin 2006, le REEJER a néanmoins mis en exergue, sur base de données statistiques reçues de ses structures, quelques tendances importantes. Il s’agit, entre autres, de la présence de 44% des filles ; 17.263 nouveaux cas entrés dans la rue entre 2007 et juin 2010 ; la réinsertion de 11.462 enfants dans la communauté ; un taux important de rechute d’au moins 18,06%. 

Féminisation du phénomène « shégué » 

            Abordant les indicateurs retraçant la question des filles-mères de la rue, le REEJER souligne que la tranche d’âge des filles et la situation de leurs bébés révèlent un phénomène nouveau et non encore suffisamment exploité, à savoir : « les familles de la rue ».

            En effet, sur un total de 371 filles ayant accouché dans la rue entre janvier et juin 2010, 8(2%) ont curieusement au plus 10 ans ; 62(17%) ont entre 11 et 15 ans ; 159(29%) ont entre 16 et 17 ans et 142(38%) sont âgés de 18 ans révolus. De l’ensemble des filles qui accouchent dans la rue, 62% sont donc des enfants de moins de 18 ans. Quant à la situation de leurs bébés, de janvier à juin 2010, sur une moyenne de 61 bébés nés mensuellement (soit 2 bébés par jour), 5 meurent (36% des filles et 64% des garçons), soit un taux mensuel de mortalité infantile de 81%, lequel taux est atteint annuellement en RDC. Autrement, explique Maguy Djokaba, l’enfant né dans la rue a 12 fois moins de chance de survie de l’ensemble de la population infantile. Notons tout de même que sur les cas documentés durant cette période, 187 enfants ont été enregistrés à l’Etat-civil.

            Créé depuis 1998, le REEJER compte en son sein 168 structures membres (effectifs et adhérents) et intervient autour de deux grands axes : la prévention et la protection. 

Tshieke Bukasa

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