Affaire Ogefrem : Muzito menacé par des électrons libres

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C’est une lettre du Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat, Beya Siku, datée du 09 juin 2010, qui a rappelé au Premier ministre, Adolphe Muzito, qu’une situation anormale venait d’être créée à l’Ogefrem (Office de Gestion du Fret Multimodal) et à l’ARAC (Autorité de Régulation de l’Aviation Civile) par la ministre des Transports et Voies des Communications, Laure Kawanda. La présidence de la République, constate-t-on à la lecture de la lettre précitée, a appris par voie de presse la suspension des mandataires publics de l’établissement et du service publics visés.

« Quoi que la suspension soit considérée comme une mesure conservatoire, elle doit reposer rigoureusement sur les principes intangibles de transparence et de respect du droit de la défense. Ce qui suppose, en amont, que des faits mis à leur charge soient portés préalablement à la connaissance du Conseil des ministres et qu’une procédure disciplinaire régulière soit ouverte à cet effet, à leur égard », écrit Beya Siku.

 

 

              Pour sa part, le Premier ministre ne s’est pas fait prier deux fois pour réagir, pratiquement après coup : « Je viens d’apprendre que vous avez suspendu, par voie d’arrêté ministériel et à titre conservatoire, les mandataires publics à la tête de l’Ogefrem et l’Autorité de l’Aviation Civile. Au regard des vices qui entachent cette procédure de suspension, je vous demande de rapporter les arrêtés ministériels pris à cet effet et de me faire un rapport circonstancié ».

Les deux rappels à l’ordre adressés à la ministre des Transports et Voies de Communications suscitent des commentaires en sens divers dans les milieux politiques et d’affaires de Kinshasa. Certains y voient l’expression du dysfonctionnement du gouvernement, au sein duquel des ministres prennent des libertés vis-à-vis du Premier ministre, tantôt dans leurs déclarations publiques, tantôt dans leurs actes administratifs.

              A cet effet, on a encore fraîche dans la mémoire la fronde des ministres Olivier Kamitatu du Plan, José Endundo de l’Environnement, Conservation de la Nature et Tourisme ainsi qu’Antipas Mbusa Nyamwisi de la Décentralisation et Aménagement du Territoire, qui ont critiqué vertement, à visages découverts, le bilan du gouvernement en cette fin de législature et estimé qu’il était temps que le Chef de l’Etat puisse nettoyer l’écurie.

              L’acte que vient de poser la ministre des Transports et Voies des Communications, dans le dos du Premier ministre, fait un peu désordre. L’impression qui s’en dégage est que l’équipe ministérielle semble cacher plusieurs électrons libres, qui s’expriment et agissent sans tenir compte de l’existence de la discipline de groupe et surtout d’un double centre de décision, la Primature et la Présidence de la République.

              De ce point de vue, l’on peut penser que le Premier ministre se trouve sous la sérieuse menace d’individualités capables de le placer dans des situations inconfortables. S’agissant précisément des cas de l’Ogefrem et de l’ARAC, le passage en force de Laure Kawanda dénote d’une témérité qui fera date dans les annales de l’exécutif national. Certains observateurs estiment qu’Adolphe Muzito devrait en tirer les conséquences qui s’imposent.

 

Ogefrem : des intérêts obscurs

 

L’opinion cherche à comprendre les enjeux cachés qui opposent l’Administrateur Délégué Général de l’Ogefrem, Emile Ngoy, et les différents ministres qui se succèdent au cabinet des Transports et Voies des Communications. On rappelle qu’en octobre 2009, le précité a été mis en accusation et jeté à la Prison centrale de Makala, à la demande de sa tutelle, au motif qu’il aurait résilié le contrat liant sa société avec la firme belge BIMV et signé un autre avec la firme italienne Frabemar sans avoir respecté la procédure, à savoir requérir l’avis préalable du Conseil d’administration.

              Au bout du compte, sous la pression du personnel mais aussi en raison du vide constaté dans le dossier, un magistrat a pris son courage à deux mains pour décider la relaxation d’Emile Ngoy, acte qui a provoqué la colère de sa hiérarchie qui l’a sanctionné à l’envoyant à Makala prendre la place du mandataire remis en liberté.

              Pas plus tard qu’en février 2010, l’ancien ministre Matthieu Mpita s’est saisi de la vague de changement de plusieurs entreprises publiques tantôt en sociétés commerciales, tantôt en établissements et services publics pour limoger Emile Ngoy et son adjoint Anatole Kikwa Mwata Mukambo. Il a fallu, une fois de plus, la prompte réaction du Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat pour tordre le cou à l’illégalité.

              La troisième tentative de « mise à mort » de l’ADG et de l’ADGA de l’Ogefrem porte la signature de Laure Kawanda. On note, dans le cas actuel, que la ministre des Transports et Voies des Communications n’a ni ouvert une action disciplinaire à charge des incriminés, ni soumis le dossier à l’appréciation du Conseil des ministres avant de lever l’option de la suspension, tombant du coup dans l’arbitraire, comme viennent de le lui signifier le Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat et le Premier ministre. Elle n’a plus d’autre alternative que de s’incliner. Mais, quel profil va-t-elle désormais afficher devant Emile Ngoy et Anatole Kikwa qu’elle croyait avoir « liquidés » en douceur ?

Il se pose par ailleurs la question de savoir si la trésorerie de l’Ogefrem se poste aussi mal que le soutiennent, depuis plusieurs mois, les différents locataires du rez-de-chaussée de l’aile gauche ou droite (c’est selon) de l’immeuble Onatra. D’une part, Matthieu Mpita hier et Laure Kawanda aujourd’hui affirment que le contrat Ogefrem-Frabemar aurait un caractère léonin et qu’Emile Ngoy passerait son temps à piller les ressources de l’entreprise. Mais, d’autre part, les rapports de gestion de ces deux ou trois dernières années font état d’un boom financier marqué par une augmentation exponentielle des recettes. Les salaires sont multipliés par deux voire trois, tandis que les réalisations sociales et les investissements ne se comptent plus. Le tollé de protestations des cadres et agents, chaque fois qu’Emile Ngoy est menacé de déstabilisation, traduit peut-être, jusqu’à preuve du contraire, l’effectivité de sa bonne gestion. Mais alors, si la prospérité est là, que l’on en tienne compte.                            Kimp.

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