Affaire Lumumba : non à la falsification de l’histoire du Congo !

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L’exhumation, par la justice congolaise, du dossier de l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, 52 ans après sa disparition, est une grosse surprise pour l’opinion tant nationale qu’internationale. L’étonnement est davantage grand en apprenant que des mandats de comparution sont établis, en bonne et due forme, au nom de quatre personnalités, à savoir Etienne Tshisekedi, Justin-Marie Bomboko, Jonas Mukamba et Albert Kalonji. Cette convocation sélective des présumés suspects congolais repose-t-elle sur un souci réel de recherche de la vérité ?

            Pourquoi seulement trois membres du Collège des Commissaires Généraux et pas l’ensemble de l’équipe ? Pourquoi le chef de l’Etat sécessionniste du Sud-Kasaï seul et pas celui de l’Etat Indépendant du Katanga où l’ancien Premier ministre avait été exécuté et jeté dans un bain d’acide sulfirique ? Où sont passés les dossiers du Chef de l’Etat et du patron de la sécurité de l’époque ? La mort de Lumumba, vue sous cet angle, serait-elle devenue une affaire congolo-congolaise ? La justice congolaise aurait-elle décidé d’écarter du dossier toutes les personnes physiques et morales étrangères impliquée jusqu’au cou dans les préparatifs et l’exécution d’un complot mondialement reconnu comme une œuvre exclusive des puissances occidentales ?

            En réduisant l’éventuel procès des présumés assassins de Lumumba à quatre personnalités congolaises, dont la culpabilité serait difficile à établir, au regard de la longue chaîne de planificateurs et d’exécuteurs d’un tel crime et de l’absence totale de preuves y afférentes, l’appareil judiciaire congolais risque de travestir terriblement une page cruciale et ultra-sensible de l’histoire du Congo indépendant. Compte tenu du risque d’entraîner les générations présentes et futures de notre pays vers une fausse piste, Le Phare a résolu de démarrer, à partir de la présente édition et ce, jusqu’à l’épuisement total des archives en sa possession, la publication des documents écrits, pour les besoins de la vérité historique, par des architectes du plan de l’élimination physique de Patrice Emery Lumumba mais aussi des historiens et chercheurs indépendants.

            Historiens, politiciens, politologues, chercheurs, juristes et autres compatriotes et expatriés désireux de se ressourcer pourraient trouver, dans les récits des personnalités de premier choix telles que le chef de station de la CIA en poste à Léopoldville (Kinshasa) en 1960 des éléments de réponses à leurs interrogations.

            A la lumière des initiatives d’ouverture du procès des assassins présumés de Patrice Lumumba à Kinshasa, il y a lieu de craindre que l’histoire du Congo fasse l’objet de falsification au gré de la succession des hommes au pouvoir en République Démocratique du Congo. Sous Mobutu, de 1965 à 1977, des pages entières de l’histoire nationale étaient peintes aux couleurs du MPR, Parti-Etat, avec la complicité des historiens et des acteurs politiques. Par la volonté du Président-Fondateur, des millions d’ex-Zaïrois étaient privés de la vérité sur les véritables pionniers de l’indépendance nationale, le rôle nocif joué par les membres du Groupe de Binza sur l’avenir et le devenir de la Nation, les crimes politiques, dont ceux commis sur Lumumba, Tshombe, Bamba, Kimba, Mahamba, Anany, Mulele et tant d’autres, les massacres des civils par l’armée nationale et les milices des rebelles lors des guerres civiles, etc. Dans sa rage d’effacer le tableau, l’homme du 24 novembre en était arrivé  jusqu’à débaptiser le pays et ses habitants, les villes, provinces, routes, ports, aéroports, rivières, lacs, stades, écoles, universités, instituts supérieurs, camps militaires et de la police, monnaie, etc.

            Depuis la chute de Mobutu en 1977, d’autres pages d’histoire sont en train d’être écrites, avec la complicité des historiens, dans la logique de la création de nouveaux pères de l’indépendance, de nouveaux héros de la libération nationale, de nouveaux bâtisseurs et pacificateurs du pays, mais aussi de l’effacement du passé de Mobutu et des mobutistes. Des œuvres aussi visibles que des ponts, des stades, des routes, des ports, des aéroports, des hôpitaux, des camps militaires et de la police, de nature à pérenniser le nom de Mobutu ou le mobutisme sont systématiquement effacés de la mémoire collective. Lorsque l’on jette un regard sur certains chapitres de notre histoire mis à la portée des enfants nés après 1965, l’impression qui s’en dégage est qu’entre 1960 et 1977, le Congo était un gros trou noir sur la carte de l’Afrique et du monde.

            Si le Congo de demain repose sur des mensonges historiques, ses générations futures risquent d’être amenés à croire, que rien n’a été fait pendant les 80 ans de la colonisation belge, les 5 ans de Kasa-Vubu et les 32 ans de Mobutu et que la RDC a commencé à exister comme Etat et Nation à partir de 1977.

                                   Kimp

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