Affaire Lumumba : l’UDPS se fâche !

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Dans un communiqué remis au Phare hier mercredi 10 juillet 2013 et signé Joseph Kapika, chef du Département de Communication, Médias, Presse et Porte-Parole de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), ce parti donne sa position sur trois dossiers brûlants de l’heure : les Concertations Nationales, le Conclave de l’Opposition et la Plainte à charge d’Etienne Tshisekedi, son président national, en rapport avec l’assassinat du Premier ministre Patrice Emery Lumumba en janvier 1961. S’agissant du Dialogue national, cette formation politique se considère comme non liée par un forum convoqué, selon elle, par une personnalité qui n’en a pas qualité, au motif que son élection à la tête du pays était entachée d’irrégularités. Aussi en appelle-t-elle au retour à la vérité des urnes pour permettre à « Tshisekedi d’exercer l’effectivité du pouvoir d’Etat ».

            Pour ce qui est du Conclave de l’Opposition, l’UDPS souligne qu’elle ne peut pas adhérer à une initiative provenant des partis politiques présents dans les institutions issues des fraudes électorales de 2011, au risque de légitimer les animateurs de celles-ci.

            En ce qui concerne l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, le parti de la 10me Rue Limete rappelle qu’ « au moment de l’assassinat de feu Patrice Emery Lumumba, M. Etienne Tshisekedi, encore étudiant à l’Université Lovanium, n’était que Vice-Ministre à la Justice. M. Marcel Lihau était le ministre titulaire. Comment pouvait-on associer l’Adjoint à la prise d’une décision aussi grave et exclure le titulaire ? ».

Après avoir posé cette embarrassante question, l’UDPS jette un regard sur les archives de la République et constate que « La Commission des Assassinats de la Conférence Nationale Souveraine avait été saisie de la même plainte. Elle avait entendu toutes les personnalités impliquées de près ou de loin dans ce dossier. Cette Commission avait conclu à l’unanimité : Tshisekedi était trop gamin pour être associé à une décision aussi importante. Les archives de la CNS ainsi que certaines personnalités entendues sur PV encore en vie peuvent en témoigner. Si à la CNS, l’objectif était de barrer la route à M. Tshisekedi, candidat Premier ministre, aujourd’hui, les mêmes ennemis infatigables tentent de lui barrer la route du Palais de la Nation. Nos frères de l’Afrique de l’Ouest disent : le mensonge n’a pas de pied », lit-on dans le document portant la signature de Joseph Kapika.

Dossiers à la Cour d’Appel de Gombe et au TGI/Matete

            Selon des sources judiciaires, il existe bel et bien, à la Cour d’Appel de Gombe comme au Tribunal de Grande Instance de Matete, un dossier à charge d’Etienne Tshisekedi, accusé d’être impliqué dans l’assassinat du tout premier chef du gouvernement du Congo indépendant. Il serait poursuivi, dans les deux juridictions, pour crime contre l’humanité, avec ses trois co-accusés, à savoir l’ancien Coordonnateur du Collège des Commissaires Généraux, Justin-Marie Bomboko, un ancien membre de la même institution, en la personne de Jonas Mukamba Kadiata Nzemba et l’ancien Empereur et Chef de l’Etat sécessionniste du Sud-Kasaï, Albert Kalonji Ditunga.

            Afin de permettre au Président national de l’UDPS de préparer sa défense, un huissier de justice s’est présenté le lundi 07 juillet 2013 devant sa résidence, pour lui remettre son mandat de comparution au Tribunal de Grande Instance de Matete. Mais à défaut de remettre l’exploit à l’intéressé car personne n’a voulu prendre la responsabilité de le réceptionner, il a été obligé de retourner avec son document à son lieu de provenance.

Concernant la rumeur ayant fait état du passage à tabac de ce fonctionnaire par des combattants de l’UDPS, des responsables de ce parti ont confié au Phare que personne n’a touché à ses cheveux. Selon eux, l’histoire de sa prétendue molestation a été montée en épingle en vue de justifier le refus du protocole de Tshisekedi d’accuser réception du mandat de comparution dont il était porteur.

            Quant au dossier de la Cour d’Appel de Gombe, Etienne Tshisekedi et consorts y sont appelés à comparaître à la date du 15 novembre 2013.

Vers une parodie de

procès ?

            L’ouverture annoncée du procès des assassins de Patrice Emery Lumumba, au niveau des juridictions congolaises, 52 ans après la commission des faits, s’apparente à une entreprise sans lendemain. S’il y a effectivement une volonté de recherche de la vérité dans le chef des autorités politiques et judiciaires congolaises, la démarche la plus pratique à devrait consister à faire défiler, devant la barre, toutes les personnes physiques et morales (Etats, Institutions internationales, multinationales), congolaises comme étrangères, vivantes comme mortes, ayant participé à la conception, au développement et à l’exécution du complot international ourdi contre le premier chef du gouvernement congolais.

            Sans la satisfaction d’un tel préalable, l’on risque d’assister à une parodie de procès. Comment arriver à établir les responsabilités de quatre prévenus en l’absence des commanditaires, exécuteurs et témoins connus de l’assassinat de cet homme d’Etat ? Est-il encore possible de reconstituer la véritable trame de l’histoire avec des fragments de témoignages livrés sur le tard par des lampistes devant la Commission du Sénat belge chargée d’enquêter sur cette affaire, il y a plus d’une dizaine d’années ?

L’un des maigres résultats auxquels était parvenue cette fameuse commission parlementaire, c’était la reconnaissance, par la Belgique, de sa responsabilité morale dans l’assassinat de Lumumba. Jusqu’à preuve du contraire, aucune cellule d’une quelconque prison de la planète ne signale la présence de présumés assassins de feu le Premier ministre congolais.

Allons-y pour les

procès !

            Si le temps de la tolérance-zéro a réellement sonné en République Démocratique du Congo, c’est le lieu d’en appeler à l’ouverture d’une longue série des procès des auteurs des crimes politiques, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Ainsi, tous les chefs de guerre et leurs collaborateurs coupables des massacres, viols, vols, pillages et destructions méchantes lors des sécessions et rébellions de 1960 à nos jours ainsi que tous les décideurs impliqués dans des assassinats politiques depuis 53 ans devraient être déférés devant des juridictions d’exception.

            Notre peuple serait curieux de connaître les tenants et aboutissants par exemple des massacres de Bakwanga en 1960, des sécessions du Katanga et du Sud-Kasaï ainsi que des rébellions de Mulele, Gizenga, Gbenye et Soumialot et leurs épisodes sombres d’exécutions massives d’innocents. Un regard attentif devrait être jeté sur les bilans macabres des invasions du Shaba en 1977 et 1978. Et une attention particulière devrait être accordée aux dossiers des guerres de l’Est inaugurées en 1976 par l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo, suivies plus tard par le RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie), le MLC (Mouvement de Libération du Congo), le RCD/K/ML (Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Kisangani/Mouvement de Libération, le RCD/N (Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Nationalistes), les nébuleuses Mai-Mai, l’UPC (Union des Patriotes Congolais), le CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple), le M23 (Mouvement du 23 mars 2009), les Bakata-Katanga, et la multitude de forces négatives opérant en Province Orientale, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et au Katanga. Des sites tels que Kisangani, Mbandaka, Makobola, Kasika, Tingi-Tingi, Mugunga, Ankoro et autres sont entrés tristement dans l’histoire de notre pays à cause du souvenir des compatriotes qui y étaient exécutés, dont certains enterrés vivants.

Des millions de Congolais sont morts sans que notre justice ne lève le petit doigt pour interpeller les planificateurs et exécuteurs des crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Le général Laurent Nkunda, les colonels Jules Mutebusi et Sultani Makenga ne sont inquiétés par personne en dépit de leur passé chargé de donneurs d’ordre pour des tueries massives des populations congolaises. N’eut été la Cour Pénale Internationale (CPI), un criminel notoire de la trempe du Général Bosco Ntaganda serait encore occupé à régner en maître dans son « jardin » du Nord-Kivu, avec la complicité de ses parrains planqués à Kinshasa. La justice congolaise ne devrait pas s’arrêter au seul cas lointain de Lumumba, si l’objectif visé est de combattre l’impunité, sans parti pris.

                                   Kimp

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