Affaire Laure-Marie Kawanda : ce qui reste à faire

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La révocation de Mme Laure-Marie KAWANDA est perçue par certains milieux comme une prise de conscience qui exprime un ras-le-bol de l’autorité politique. Ras-le-bol parce que les accidents mortels dans les cours d’eau sont si fréquents avec un bilan lourd en termes des morts d’hommes inquiètent et révoltent les consciences. Cependant, Mme KAWANDA n’est pas le premier ministre des Transports et Communications à subir ce sort peu enviable de se voir chassé du gouvernement comme un malfrat malpropre. L’un de ses prédécesseurs, en l’occurrence GUSEYO Katanga, avait aussi été frappé en octobre 2007 au lendemain du crash  de l’Antonov 32 de la compagnie aérienne EL SAM au quartier Kingasani de la commune de Kimbanseke tuant plus d’une cinquantaine  des paisibles habitants dont des enfants en bas-âge aux environs de dix heures de la matinée.

 Depuis lors, l’on ne compte plus des morts à la suite des crashes et surtout des naufrages des embarcations dans les lacs, fleuves et rivières à travers tout le territoire national. Après le naufrage d’une embarcation dans le lac Kivu, il y a celui survenu dans la rivière Kasaï. Est-ce la goutte d’eau qui a fait déborder la vase ? C’est possible, mais entretemps qu’est-ce qui a été fait pour prévenir ce genre de drames ? Rien et rien du tout.

Est-ce la révocation de la ministre des Transports et Communications constitue une réponse à cette question ? Certainement non, parce que ce n’est pas la première fois que l’on frappe un ministre de ce secteur, et quelques jours après, l’on revit la même tragédie comme si la RDC était maudite ou poursuivie par un signe indien.

Signe indien ou mauvaise gestion de ce secteur?

 Si la révocation de GUSEYO Katanga n’a pas du tout résolu le problème, quels résultats peut-on attendre de celle qui vient de frapper Mme Laure-Marie KAWANDA ? Apparemment rien, car c’est comme si l’on cassait le thermomètre pour soigner la fièvre, dit-on. A ce stade des débats, dans pareilles circonstances dramatiques, la sagesse et l’humilité commanderaient de réfléchir sérieusement sur les causes profondes de ces accidents aussi bien sur les cours d’eau que dans l’espace aérien congolais.
 Comment on en est arrivé à cette situation dramatique dans ce secteur des transports et communications ? Un petit regard dans le passé nous renseigne que vers les années 75-80, des officiers généraux ainsi que certains apparatchiks du régime avaient été gagnés par la folie des grandeurs à l’image de leur chef spirituel et politique qui adorait sillonner les cours d’eau à bord de son bateau dénommé « KAMANYOLA ». Par paresse, bêtise ou méchanceté, ils ne trouvèrent mieux que de se rabattre sur le patrimoine de l’ONATRA pour procéder à la cannibalisation systématique de ses bateaux, notamment les barges et parfois les pousseurs. Voilà comment l’ONATRA a succombé.
 En outre, faut-il le rappeler, la Régie des Voies Fluviales s’est retrouvée dans une situation de cessation de paiement du fait que la compagnie nationale ne disposait plus des bateaux et que ces officiers généraux ainsi que certains apparatchiks refusaient de s’acquitter des taxes dévolues à cette régie chargée de curer et de poser des balises sur les différents cours d’eau. Ses bateaux de curage et de pose des balises sont tombés en panne faute des pièces de rechange et des moyens pour supporter les charges sociales, à savoir les salaires et primes des techniciens. Il en est de même pour ses commissaires fluviaux et lacustres  chargés de surveiller l’état des embarcations, les certificats de navigation, la qualité du personnel naviguant et surtout le poids des charges (marchandises et passagers), etc. Etant donné que la plupart des accidents mortels aussi bien sur les cours d’eau que dans les airs est due à la surcharge et parfois aux erreurs humaines. 

 Ce qui reste à faire…    

  Combien des morts  et des révocations des ministres des Transports et Communications faut-il pour que l’ordre revienne dans ce secteur ? S’est interrogé un ancien technicien de la Régie des Voies Fluviales. Au niveau des textes réglementaires, il n’y a redire à se plaindre,  a-t-on indiqué du côté des trois régies techniques qui gèrent ce secteur, notamment la Régie des Voies Aériennes, la Régie des Voies Fluviales et la Régie des Voies Maritimes qui généraient des recettes financières considérables au profit du trésor public.
 Pour autant, a fait savoir un spécialiste, les efforts devraient se focaliser sur la modernisation des infrastructures au niveau des ports et aéroports. Ensuite, un accent particulier devrait être mis sur la qualité du personnel naviguant, particulièrement en ce qui concerne le niveau de la formation et des stages, le contrôle régulier de l’état des aéronefs et embarcations, la situation des polices d’assurances et bien entendu le barème salarial. Les services spécialisés du ministère des Transports et Communications, essentiellement la direction de l’aéronautique civile (DAC), la police de navigation lacustre et fluviale devraient bénéficier des techniciens bien formés et compétents et surtout des équipements modernes de contrôle. On rapporte que la compagnie aérienne ETHIOPIAN AIRWAYS constitue l’un des poumons de l’économie du pays de la Reine de Saba. Cela, parce que l’Etat éthiopien a beaucoup investi dans la modernisation de ses infrastructures aériennes. Notamment par l’installation des ateliers ultramodernes de contrôle et de réparation des aéronefs qui n’ont rien à envier à ceux de l’Europe ou des Etats Unis d’Amérique. En plus des laboratoires de simulation pour les pilotes d’avions.
 Que sont devenus les ateliers de contrôle et de réparation des bateaux à Kalemie, Kalundu, Mbandaka, Kisangani, Ubundu, Bukavu, Ilebo,  Kinshasa, Matadi, Boma ? Que sont devenus les centres de formation et de recyclage des mécaniciens et pilotes d’avions de Ndolo et de Kamina ? Quel est l’état du garage de réparation d’aéronefs installé dans les hangars de l’aéroport international de Ndjili ?  Comme quoi, le pays de Patrice LUMUMBA disposait jadis des infrastructures importantes pour le contrôle et la réparation des aéronefs tout comme des embarcations fluviales et lacustres. 
 Un spécialiste des transports est d’avis que la route demeure le moyen des transports le plus complet car outre les véhicules, les animaux comme les ânes, les piétons, les aéronefs peuvent l’utiliser. Au Nord Kivu, par exemple, les aéronefs atterrissent sur la route asphaltée traversant la localité de Walikale. Le Boulevard Triomphal peut servir d’aéroport de secours. Le secteur des transports a été fortement secoué au lendemain de la détérioration systématique et programmée des routes en RDC. C’est ainsi que tout le monde s’est rabattu sur les cours d’eau pour pouvoir voyager d’une localité à l’autre à travers ce pays aux dimensions continentales. Il suffit donc de canaliser des grands investissements vers les routes pour faire baisser la pression sur les cours d’eau, étant donné que  vu son coût fort élevé, le transport aérien serait réservé aux riches.
 Depuis quelque temps, des bruits courent avec persistance au sujet d’une bouffée d’oxygène de l’ordre de dix millions de dollars Us en faveur de la Régie des Voies Fluviales. On espère que ce n’est pas la face cachée de la révocation de Mme Laure-Marie KAWANDA et que cette cagnotte ne sera pas détournée vers d’autres cieux. C’est là  un financement conséquent pour moderniser les infrastructures de cette régie technique pour le bien des usagers des cours d’eau.

      F.M.

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