Affaire Kamwina Nsapu : Shadary à l’écoute de l’espace Kasaï

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Ramazani Shadari de la majorité présidentielle, lors de travaux du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 15/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo
Ramazani Shadari de la majorité présidentielle, lors de travaux du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 15/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo
Ramazani Shadari de la majorité présidentielle, lors de travaux du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 15/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Le phénomène « Kamwina Nsapu » et ses conséquences sécuritaires sont, depuis hier mardi 31 janvier 2017, au cœur des discussions au ministère de l’Intérieur entre le patron de la sécuritaire intérieure du pays, Emmanuel Ramazani Shadary, et les forces vives de l’espace Kasaï. Tour à tour, des élus (députés nationaux et sénateurs) des trois actuelles provinces de Kasaï Central, Kasaï et Kasaï Oriental ; les gouverneurs desdites contrées ainsi que des ministres du gouvernement central ont longuement discuté sur les éventuelles pistes de solution à explorer pour mettre fin à cette situation sécuritaire toujours préoccupante. Ces débats, avons-nous appris, vont se poursuivre durant la journée du mercredi 1er février à travers des échanges avec des notables et chefs coutumiers de cet espace kasaïen.

 
            Dans son introduction liminaire, le Vice premier ministre, ministre de l’Intérieur et Sécurité, Ramazani Shadary, a rappelé à ses hôtes que les propensions insurrectionnelles de Kamwina Nsapu se sont manifestées pour la première fois au mois d’avril 2016, à son retour d’Afrique du Sud, à l’issue d’une rencontre avec des notables de sa juridiction à qui il a demandé de se prendre en charge. « Les actions de bons offices initiées par le gouverneur de la province du Kasaï Central se sont malheureusement soldées par un échec », a regretté le ministre.
            A titre illustratif, il a fait noter qu’en date du 20 juillet 2016, le gouverneur Alex Kande Mupompa avait expressément demandé aux députés provinciaux, élus de Dibaya et aux notabilités locales de convaincre le chef Kamwina d’abandonner la voie suicidaire dans laquelle il s’engageait. « Mais hélas, cet appel patriotique n’a pas été entendu. Monsieur Kamwina Nsapu a réussi à mobiliser 800 jeunes qui ont commencé à ériger des barrières, se livrant à la fouille systématique, à incendier les localités en représailles au refus de certains chefs coutumiers de soutenir son mouvement… », a déclaré le Vice premier ministre, ajoutant que la milice de ce personnage a ouvert le feu sur des agents de l’ordre, provoquant des affrontements entre les deux parties.
 
Les causes de l’insurrection et bilan
 
            A en croire le patron de la sécurité nationale, Kamwina Nsapu se dit « hostile au pouvoir en place et déclare qu’il attend l’avènement d’un nouveau régime ». Il vise également une hégémonie sur tous les chefs de groupement voisins, mais la plupart de ces chefs n’acceptent pas son leadership et lui ont refusé toute allégeance, a affirmé Emmanuel Ramazani Shadary.
            Concernant les causes de ce mouvement insurrectionnel, il identifie quelques raisons majeures, notamment la cohabitation tumultueuse entre les services de l’Etat et l’autorité coutumière, mettant en cause leurs collaborations dans la gestion harmonieuse de l’entité ; le ressentiment de certains chefs coutumiers contre le décès de Monsieur Kamwina, et dont les adeptes sont déterminés à le venger, la perte de leur influence auprès de leur population ; le recours et la croyance aux pratiques fétichistes qui les rendraient invulnérables face aux balles des forces loyalistes ; la prolifération des entités coutumières ; l’instrumentalisation, la récupération et la politisation de la crise par certains acteurs politiques.
            Quant au bilan, le ministre a précisé que c’est chaque jour qu’on enregistre des pertes en vies humaines et dégâts matériels considérables. Entre-temps, plusieurs jeunes sont tués dans les rangs des miliciens comme ceux des forces de l’ordre (FARDC, PNC, ANR et DGM). Des déplacements de la population sont signalés, plusieurs commissariats de la police, des maisons des villageois, écoles, bureaux de services de l’Etat, engins et véhicules publics et privés ont été incendiés.
            Notons que les ondes de la télévision nationale ont passé en boucle, hier mardi 31 janvier 2017, des images de libération d’une cinquantaine de ces miliciens.
 
Appel à la recherche des solutions
            Invitant ses hôtes à proposer des pistes des solutions pour résoudre cette crise, Emmanuel Shadary leur a informé que l’initiative de cette rencontre a été prise par le président de la République, afin de trouver une fois pour toutes une solution durable à ce conflit.
            Au nom de ses homologues, le gouverneur Ngoy Kasanji a souligné que le dialogue fait partie desdites solutions pour rétablir l’harmonie dans cet espace.
            Le député Kalonji Mukendi, élu de Miabi, a révélé à la presse que l’une des causes est le mécontentement des jeunes autochtones chassés des carrières de Sacim et qui ont décidé de rallier la milice de Kamwina Nsapu. Le phénomène a traversé Tshilundu, Katende, etc. Il a plaidé pour la démilitarisation de la zone.
            Quant à son collègue élu de Tshikapa, il a noté la promesse du Vice premier ministre de l’Intérieur de remettre de l’ordre dans les groupements et chefferies.
            Enfin, le professeur Ambroise Kamukuny, élu de Kazumba, a renseigné qu’après échange avec le Vice-premier ministre, les élus de l’espace Kasaï vont descendre sur le terrain pour sensibiliser les jeunes à ne plus se livrer à la violence. « Le Vice premier ministre a promis de faire part à la haute hiérarchie de toutes les doléances exprimées par les élus de l’espace Grand Kasaï… », a conclu ce député, qu’entouraient ses homologues Claudel Lubaya, Remy Musungayi, Bwabwa Wa Kayembe, Denis Kambayi, etc.         Tshieke Bukasa