Affaire Kamwina Nsapu : graves accusations contre Clément Kanku !

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Le feuilleton « Kamwina Nsapu », du nom de la milice qui agite l’espace Kasaï depuis le mois d août de l’année 2016, vient d’ouvrir un nouvel épisode. Il s’agit de l’implication de Clément Kanku Tshibuabua Bukasa, député national, ministre honoraire du gouvernement sortant et acteur politique, président du Mouvement pour le Renouveau(MR). Le quotidien américain « New-York Times » a révélé, le dernier week-end, que Clément Kanku aurait joué un rôle dans l’incitation à la violence dans cette province.
 
En effet, selon des fichiers conservés sous un dossier au nom de “M. Kanku” sur l’ordinateur personnel de la Suédoise Zaidan Catalán, un des deux experts de l’ONU assassinés dans le Kasaï, certaines conversations de l’ancien ministre à la Coopération et au Développement, Clément Kanku, dévoileraient sa proximité avec des miliciens.
Dans le lot de 130 fichiers conservés dans cet ordinateur, une conversation téléphonique enregistrée entre le député et un quidam qui semble être un milicien, fait état , non seulement la déstabilisation de Tshimbulu, une contrée dans le Kasaï, mais aussi du succès des assassinats ciblés d’un colonel et d’autres fonctionnaires.
A titre exemplatif, on entend, en tshiluba, :  « Nous avons brûlé Tshimbulu», dit le subordonné en disant : « Il est bon que nous brûlions tout ».
“C’est une bonne nouvelle« , aurait répondu M. Kanku.
          « Le colonel est dans sa maison. Et nous brûlons la maison afin qu’il brûle jusqu’à la mort », dit le subordonné.
Kanku aurait demandé : « Avez-vous tué les gardes du corps du colonel ?
« Oui, nous battons ses gardes du corps sur la tête avec nos matraques », aurait répondu le subordonné.
Contacté par le quotidien Les accusations portées contre Clément Kanku sont d’une gravité telle que l’opinion attend impatiemment sa réaction. A en croire ses proches, il pourrait éclairer les médias ce lundi.
 
Tentatives de résolutions de crise, sans succès
          Pour rappel, Kamwina Nsapu est le titre honorifique du chef des Bajila Kasanga, un clan de la tribu Lulua dont le berceau se trouve dans le secteur de Dibataie, à 75 km au sud-est de Kananga, capitale de la province du Kasaï-central. La rébellion est née du refus du gouverneur de la province de reconnaître officiellement ce titre à Jean Pierre Mpandi, choisi en novembre 2011 par la famille régnante pour succéder à son oncle à la tête du clan.
 
          Après son accession à la tête du groupement Bajila Kasanga («Ceux qui se privent de pangolin», en tshiluba), il attend sa confirmation par le gouverneur. Après l’arrivée d’un nouveau gouverneur, Alex Kande, en décembre 2012, Mpandi décide de faire le voyage de Kananga pour obtenir audience, mais il est éconduit.
          Soupçonné début avril 2016 de détenir des armes de guerre, une mission d’enquête militaire perquisitionne sa résidence en son absence. Kamwina Nsapu a accusé les membres de cette mission de tentative de viol sur son épouse, d’avoir «touché, ouvert et renversé la valise qui contenait ses fétiches» et «désacraliser son pouvoir».
          Outré et indigné à l’extreme, il bat campagne dans son groupement et au-delà pour inciter à ne plus reconnaître aucun représentant de l’État, mais il a été tué lors d’une opération des forces de sécurité le 12 août 2016.
          Bandeaux rouge autour de la tête ou des bras, ses miliciens sont des mineurs enrôlés localement à travers des pratiques mystico-religieuses se sont sommairement armés de fusils de fabrication artisanale, de lance-pierres, de machettes, de bâtons, de flèches, de balayettes et de gris-gris etc. pour entreprendre leur rébellion. Ils brûlent les biens de l’État, des écoles et des églises, alors que les militaires, policiers ou agents des renseignements interceptés sont torturés puis «décapités», selon plusieurs témoignages concordants d’officiels.
          Il convient de noter que jusqu’à la fin de ce mois de mai, cette situation d’instabilité persiste toujours, alors que plusieurs tentatives de résolution de la crise s’avèrent infructueuses.
 
Tshieke Bukasa