Affaire Goda, Germain Katanga et consorts : le général Mukuntu  «Plus jamais d’horreurs en Ituri ! »

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justice6Après le rejet de la demande de récusation formulée par le prévenu Floribert Ndjabu Ngabu contre le président général-major Bivegete, l’affaire auditeur général, ministère public contre Goda Sukpa Emery et Germain Katanga et consorts a repris le vendredi 19 février 2016, son cours normal à la Haute cour militaire. Dans cette affaire, la haute juridiction siège en matière pénale et au premier degré.

Avant le déclenchement des « hostilités » entre praticiens du droit, la parole a été donnée au greffier du siège, le colonel Jean Philippe Nkiama Mata, pour la lecture de l’extrait de rôle. Le greffier en chef de la Haute cour militaire a fait savoir qu’une seule affaire était inscrite au rôle, à savoir cet auditeur général, ministère public, contre le général de brigade Goda Sukpa Emery et consorts, enrôlée sous RP n°007/016.

Au nombre des prévenus, tous des seigneurs de guerre de l’Ituri, figurent également général de brigade Germain Katanga Simba, le colonel Mateso Nyinga, le lieutenant-colonel Masasi Drati, le capitaine Justin Ngole, Floribert Ndjabu Ngabu et Mbodina Iribi Pitchou. Avant de boucler cet extrait de rôle, le colonel Jean Philippe Nkiama Mata a noté  qu’ils sont tous poursuivis pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et participation à un mouvement insurrectionnel.

En résumé, l’audience de vendredi dernier a donné lieu à un grand débat juridique entre le collectif de la défense et le ministère public, sous la direction du général-major Jean Bivegete. Selon des juristes chevronnés, cette joute a tourné à l’avantage du général de brigade Mukuntu, qui a recouvré à la fois ses talents d’enseignant, ses réflexes de procureur et dévoilé à l’assistance, l’autre face cachée de l’Ituri, alors fief de redoutables seigneurs de guerre et d’horreurs innommables.

Auparavant, Me Urbain Mutuale à l’accent de tribun, a mis en exergue  plusieurs points de droit dans le dossier de Germain Katanga, notamment l’illégalité de sa détention après qu’il ait purgé les ¾ de la peine de 12 ans de prison à la Haye et qu’il ait obtenu de la CPI, le bénéfice de venir purger le reste de sa peine sur la terre de ses ancêtres. Germain Katanga, a-t-il fait savoir, devait se retrouver en liberté depuis le 18 janvier 2016. Il a donc déploré qu’il puisse encore séjourner en prison, sans aucun acte de détention. Pour cette illégalité, lui et ses confrères Mes Peter Ngomo, Senior Mazaba et Boki ont plaidé pour sa remise en liberté sur le banc. En appui à cette demande, de nombreuses pièces dont l’article 108 du Statut de Rome, l’article 6 de l’accord ad hoc signé entre le ministre congolais de la Justice et la présidence de la CPI, ainsi que des articles de notre Constitution, sont versées au dossier.

En Ituri, l’image horrifiante d’une lance brandissant une tête d’enfant coupée

Au débat scientifique qui s’est invité à l’audience, certains arguments de droit ont remis au goût du jour, des notions de la doctrine, la jurisprudence, le lexique des termes juridiques et même la légistique. Chef de travaux à la faculté de droit de l’Unikin, le général de brigade Mukuntu a démontré par des exercices d’analyse juridique, les faiblesses de certaines questions soulevées dans le dossier de Germain Katanga, par les avocats, dont deux sont ses anciens étudiants. A cette occasion, ces derniers lui ont reconnu plusieurs mérites.

Entre autres questions de droit, il s’est agi de l’absence de l’objet à poursuite, la clôture des poursuites, la détention irrégulière, la requête de mise en liberté et le bénéfice de l’amnistie.

Dans une envolée oratoire surprenante, Me Boki a noté que leur client Germain Katanga dont il a parcouru une étude psycho-sociale, était selon lui, incapable de causer du tort à un moustique.

Voilà qui a mis le général de brigade Mukuntu, dans tous ses états. Il a alors attiré l’attention de la haute cour sur les faits graves pour lesquels tous les prévenus sont poursuivis. Dans ce registre, dévoilant l’autre face cachée de l’Ituri, le général de brigade Mukuntu a rappelé ses missions dans cette partie du pays, aussi bien d’enquête que de négociations pour la reddition de seigneurs de guerre dont notamment Germain Katanga, Goda Sukpa, Cobra Matata, et autres Peter Karim.

Lors d’un ses déplacements, il s’est dit horrifié par un membre du comité d’accueil rangé à son arrivée, tenant une lance brandissant une tête d’enfant. Il y a pire, selon lui, citant l’assassinat de neuf Casques bleus, des massacres odieux à Jumbe, She, Bogoro et autres Nyakunde. Pour cette histoire d’Ituri, une histoire malheureuse de notre pays, l’organe de la loi, le général de brigade Mukuntu, a prévenu que ces crimes plus odieux que ceux perpétrés au Nord-Kivu, Sud-Kivu et Katanga, ne resteront jamais impunis. «  Plus jamais ça ! Plus jamais ce qui s’est passé en Ituri ! », a martelé le 1 er avocat général à l’Auditorat général des Fardc. En tant qu’organe poursuivant, le général de brigade Mukuntu égal à lui-même et sans état d’âme devant l’enfer de l’Ituri, a promis de délivrer d’autres décisions de renvoi contre les mêmes prévenus. Cela ouvrira la voie à d’autres feuilletons judiciaires. Car, le gouvernement de la RDC, déterminé à éradiquer le mal, à combattre les mouvements insurrectionnels et à sanctionner les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité, l’a même fait savoir dernièrement aux responsables de la CPI.

Après avoir enregistré les répliques et les contre-répliques des avocats et du ministère public, le président Bivegete a suspendu l’audience.

                                                                                                                   J.R.T.