Affaire des frères Elongo : Teddy, un professionnel du crime

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Johannesbourg, la mythique et légendaire ville sud-africaine, témoin de nombreux événements, ne s’est pas encore remise de ses émotions suscitées par le double assassinat de deux fils du DG de la DGRAD. L’affaire du double crime des enfants d’Elongo Ongona, par leur frère aîné, continue d’alimenter les conversions dans cette ville.

Personne ne parvient à expliquer comment, sans antécédents fâcheux entre lui et ses petits-frères, Teddy Elongo a agi en tueur professionnel. Toutefois, le coin de voile que le Randburg Magistrates Court, l’équivalent du tribunal de grande instance en RDC, qui siégeait en matière pénale, a levé lors de ses audiences de jeudi 21 et 22 octobre 2010, ne laisse planer aucun doute sur la face cachée du fils aîné d’Elongo Ongona.

            Au cours de ces deux audiences, le prétoire de Randburg Magistrates Court, a vu toutes les parties comparaître. Au banc des accusés, Teddy Elongo, l’auteur du double fratricide, visiblement affecté, était assisté par deux avocats du cabinet Pierre-Jacques Loubser, tandis que le père des victimes était représenté par son conseil, Me Lydia Anne Van Nierk, avocate près la High Court of South Africa.

            Les audiences de ces deux jours consacrées à la déposition de la police, ont permis au tribunal et à l’assistance, de pénétrer l’enquête menée par l’inspecteur Kaiser, inspecteur de police d’investigation. Notre source indique qu’à la demande du juge Mayambo qui présidait les débats, le limier de la police sud-africaine a relaté le film de ses découvertes macabres, avant de livrer les résultats de ses investigations.

            Après des heures de disparition de deux fils du DG de la DGRAD, Hugues et Deogratias Elongo, leurs amis inquiets de leur silence prolongé, ont alerté la police de la ville de Johannesbourg. L’officier de police Kaiser était alors désigné pour mener l’enquête. C’était un matin du 29 septembre 2010.

            Il s’est rendu en priorité au domicile de deux victimes, sis au numéro 46, avenue Bonds, dans le quartier chic de Ferndale.

La porte étant fermée à clef, Kaiser a dû faire appel à la société Locksmith spécialisée dans la fabrication et le déverrouillage des serrures. On lui enverra un technicien qui au bout de quelques minutes, est parvenu à ouvrir la porte d’entrée principale de l’appartement. 

Découvertes macabres 

            Deux corps de jeunes garçons inanimés gisaient au salon, mains ligotées derrière le dos. Des blessures ouvertes sur les visages et des traces encore fraîches de sang maculaient la pièce. L’un d’eux avait la tête recouverte d’un sachet qui, aux dires de l’officier de police, a accéléré l’étouffement de la victime. D’autres blessures apparaissaient à son cou. Ce qui indique que probablement la victime était morte par strangulation.

            Le limier de la police de la ville de Johannesbourg en a profité pour livrer ensuite les enquêtes menées par d’autres départements d’investigations de la police. Ses collègues en charge de cette affaire avaient alerté pour leur part, l’entreprise Tracker de sous-traitance des assurances des véhicules qui, à l’aide des puces électroniques, a pu « tracer » les automobiles volées. Il n’a pas fallu plusieurs jours pour que le véhicule des victimes, une jeep Mercedes Benz ML 350, soit localisé dans le quartier Ferndale, à quelques kilomètres du domicile de Hugues et Deogratias Elongo. Cet engin était garé au parking d’un guest-house où les enquêteurs de la police n’ont pas eu de la peine pour identifier le propriétaire ou le détenteur actuel. 

C’était Teddy Elongo. 

            Selon l’inspecteur Kaiser, le registre du guest-house renseignait qu’il venait de s’installer le jour même et avait payé cash pour trois jours, soit du 26 au 29 septembre. Le limier de la police a indiqué avoir trouvé sur la banquette arrière de cette jeep, deux ordinateurs portables, un poste téléviseur, une playstation pour jeux vidéo, deux téléphones portables, tous des effets de victimes. Après un tour dans la parcelle et la poubelle, les policiers ont retrouvé de morceaux du certificat de résidence permanente délivré par les services d’immigration sud-africains à Hugues et Deogratias Elongo, ainsi qu’un trousseau de clés de leur appartement et la télécommande d’ouverture de la porte du garage.

De retour à l’appartement sis avenue Bonds, n° 46, quartier Ferndale, la police a constaté que les serrures de la porte d’entrée étaient changées, tandis que la télécommande du garage était encore en bon état de fonctionnement.

            Devant ce professionnalisme qui se dégrainait au fil de l’enquête, le ministère public s’est intéressé à la personnalité de l’assassin sur qui la police a saisi non seulement les deux passeports de ses victimes, mais également leurs cartes de crédit bancaires, ainsi que la carte grise de la Mercedes ML 350 établie au nom d’un de ses frères. Pire, il avait payé les frais à la société Tracker pour le démontage de la puce de traçabilité du véhicule. Et c’est avec les cartes de crédit qu’il s’est tapé le plein d’essence et honoré quelques notes de restauration.

            Première révélation troublante sur le tueur : selon la police sud-africaine, Teddy Elongo avait quitté Jobourg en avril 2010, et avait regagné Kinshasa, à la demande de son père, excédé par les plaintes d’Hugues et de Deogratias Elongo contre sa mauvaise gestion des biens immobiliers de la famille mis en location, ainsi que des fonds. On lui trouvera un emploi à Ecobank à Kinshasa. En juillet, non content de la vie qu’il menait dans la capitale congolaise, il emporta une somme de plus de 9.000 dollars et revint à Johannesbourg, au milieu du mois de septembre, muni d’un autre passeport.

            Le procureur Christopher a exhibé un fax transmis par le père des victimes devant confirmer que Teddy Elongo avait presté à Ecobank. Ce document a été reconnu par l’inspecteur de police.

            Suite aux objections formulées par l’avocat de l’assassin contre les fax présentés par le ministère public, comme étant des preuves contre son client, et sa demande de mise en liberté provisoire sous caution du prévenu, le juge Mayambo a renvoyé l’affaire à une prochaine audience.

            C’est pour permettre à la défense de s’imprégner des pièces introduites par la police, lors de sa déposition, ainsi que celles produites par le procureur. On laisse entendre dans les milieux de la communauté congolaise que le prévenu Teddy Elongo représente un danger pour ses compatriotes vivant à Jobourg, ainsi que pour sa propre famille. Dans ses effets, n’a-t-on pas saisi une facture d’achat d’arme à feu, ainsi qu’une demande de licence de port d’armes ?

            A la suite de l’absence de l’inspecteur de police Kaiser à l’audience du 22 octobre 2010, cette affaire est renvoyée au 17 novembre.

                                                                                                  J.R.T.      

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