Affaire de mœurs ou règlements des comptes ?

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Des versions contradictoires sont en circulation dans la nouvelle affaire Diomi. S’agit-il d’un  feuilleton judiciaire politisé, après celui de janvier-mai 2011 l’ayant conduit en prison à Boma, à la suite de sa condamnation au 1er degré et de son acquittement au second degré, dans une affaire liée à des voies de fait sur un agent de la DGM/Moanda ? Dans les milieux de la Démocratie Chrétienne, son parti politique, et de l’Opposition politique, le verdict est vite tombé : le plus fidèle des alliés politiques d’Etienne Tshisekedi est victime d’une cabale. 
L’affaire des mœurs dont il est accusé est perçue, par certains observateurs, comme un montage destiné à le réduire au silence, au moment où le décor du lancement la Majorité Présidentielle Populaire (MPP), dont il est l’initiateur, se trouve solidement planté. Ils n’ont pas tort, ceux qui voient dans les ennuis politico-judiciaires d’Eugène Diomi Ndongala la présence d’une main noire.
 
D’aucuns pensent qu’impliqué ou non dans une affaire de présumé abus sexuel sur deux filles mineures, l’ancien ministre des Mines, dont le mandat de député national n’a pas encore été invalidé, aurait dû bénéficier des droits que lui reconnaît la procédure. Ainsi, il aurait été plus juste, pour son cas, que le Parquet Général de la République puisse introduire auprès du Bureau de l’Assemblée Nationale une requête diligente de levée de son immunité parlementaire.
 
A défaut, par respect pour la procédure, l’OMP (Officier du Ministère Public) ou l’OPJ (Officier de Police Judiciaire) chargé de son dossier aurait pu lui adresser une convocation aux fins de recueillir sa version des faits, à confronter avec celle de la partie plaignante, le tout assorti d’éléments de preuves, avant de passer à la phase du mandat d’amener ou du mandat d’arrêt provisoire.
Tel que les choses viennent de se passer, dans un scénario qui a tout l’air d’un enlèvement, les spéculations ne peuvent que s’amplifier et faire asseoir la thèse d’un règlement des comptes politiques. Est-ce vraiment difficile de faire fonctionner les mécanismes judiciaires légaux en matière de délits liés aux mœurs ? 
 
Il est bien dommage que 52 ans après l’indépendance, la République Démocratique du Congo continue de fonctionner comme un Etat de non droit. Il est anormal que des citoyens présumés innocents jusqu’à leur condamnation définitive soint interpellés ou arrêtés avant que ne soit formellement établie leur culpabilité. Si le législateur congolais a disposé, dans la loi fondamentale de la République, que la privation de liberté soit l’exception dans la règle générale qui veut que les personnes poursuivies en justice se défendent en citoyens libres, ce n’est pas pour rien.
Lorsque dans un pays qui prétend être un Etat de droit, les citoyens commencent à redouter les « convocations » ou « invitations » de la justice comme de la peste, parce que se transformant automatiquement en arrestation suivie de détention dans un cachot infect ou dans la cellule d’une prison, cela fait problème. Cela veut dire que le système judiciaire fait la part belle à l’arbitraire, aux jugements à la tête du client.
 
Le cas Diomi, s’il n’est pas clarifié, risque de faire penser à une version corrigée de l’affaire Chebeya, portée disparue le lundi 1er juin 2010 quand il est parti répondre à l’invitation de l’Inspecteur Général de la Police Nationale Congolaise, et retrouvé mort le 2 juin 2010 du côté de Mitendi, dans la banlieue Ouest de Kinshasa. Dans un premier temps, sa mort avait été justifiée par une mauvaise tournure d’une escapade amoureuse, confirmée par la découverte des mèches de cheveux de femme et des préservatifs à côté de son cadavre.
L’entourage de Diomi est fort inquiet pour sa vie. A en croire sa famille et les membres de son parti politique en effet, il aurait été arrêté ou enlevé en pleine voie publique, et conduit vers une destination inconnue. Personne ne l’a revu depuis lors et ne connaît le lieu de sa détention. Un tel modus operandi peut-il aider à calmer les esprits et à faire accréditer la thèse du viol mis à sa charge ?
 
Kimp

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