Affaire Chebeya : l’interview du major Mwilambwe à Thierry Michel au coeur de la controverse

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Les violons ne s’accordent toujours pas entre les différentes  parties  sur la comparution ou non du général  John Numbi Banza Tambo, sur fond des témoignages du major Paul Mwilambwe, toujours en fuite, rapportés par le cinéaste belge Thierry Michel lors d’une conférence de presse tenue récemment au Parlement européen. A l’audience foraine de mardi 31 juillet à la Prison Centrale de Makala(PCM), les avocats de la république, le civilement responsable, ont demandé à la Haute Cour Militaire(HCM) de ne pas accéder à la requête  de la partie civile relative à quelques mesures conservatoires, notamment la réquisition de la ferme du général John Numbi pressentie, selon le cinéaste Thierry Michel, cimetière de Fidele Bazana, membre de l’Ong la Voix des Sans Voix(VSV) et chauffeur de Floribert Chebeya, dont le corps est introuvable jusqu’à ce jour,
En effet, ils ont relevé l’illégalité de cette requête portant sur les mesures conservatoires car ignorées du droit procédural.

 Les juges, d’après ces avocats de la partie civilement responsable, ne peuvent pas statuer sur base des  rumeurs diffusées par les médias et ne constituant  pas une preuve de droit.
 Pour eux, le témoignage du cinéaste belge relaté au parlement belge pendant les vacances parlementaires en présence de trois députés seulement ne mérite pas d’être pris en compte par la HCM. Ils ont ainsi accusé Thierry Michel de violer les lois de la République pour des raisons commerciales en donnant de faux témoignages.  « Therry Michel se permet de faire en RDC ce qu’il ne peut pas faire en Belgique » ont-ils clamé, avant de démontrer que le précité ne précise pas dans son témoignage le lieu où se trouve exactement le fugitif,  Paul Mwilambwe, qu’il a interrogé dans son film.


Par ailleurs, ces avocats de la République ont dans leur argumentation déclaré que ladite ferme ne peut être confirmée appartenir à John Numbi que sur base de la présentation du certificat d’enregistrement qui prouve sa propriété. « Que veut-on inspirer en citant la ferme du général Jean de Dieu Oleko comme voisine de celle de l’ancien chef de la police dans cette localisation ? » s’est interrogée à haute voix Me Charlène Yangazo, balayant d’un revers de la main la thèse insinuée d’un crime d’Etat. 
Invité à donner son point de vue, le Ministère Public a abondé dans le même sens, demandant purement et simplement le rejet de cette requête de la partie civile, estimant néanmoins que l’unique point qui mérite d’être retenu est la comparution  de Paul Mwilambwe et le témoignage de Thierry Michel devant la Haute cour.
 Avec vigueur, l’Organe de la loi s’est dit convaincu que le témoignage du cinéaste belge donné au parlement européen en face de trois députés seulement ne vaut pas son pesant d’or étant donné que Thierry Michel voulait venger son expulsion du territoire congolais par les autorités nationales pour détention de faux documents.
 Tout en relevant l’imprécision du lieu de cette prétendue ferme du général John Numbi dans le témoignage de Paul Mwilambwe rapporté par le cinéaste belge, le Ministère public a soutenu que le major Mwilambwe, condamné par contumace dans le premier procès, serait manipulé pour des raisons commerciales par le cinéaste belge.
 Somme toute, l’organe de la loi a attiré l’attention du juge de la Haute cour sur le fait que dans les années 90’, le juge dans l’affaire du Massacre des étudiants de l’Université de Lubumbashi (affaire « Lititi Mboka ») avait condamné des gens sur base des informations relayées par  les médias. Elles se sont, par après, révélées fausses !
 Aussitôt après l’intervention du magistrat du parquet, les avocats de la partie civile ont repris la parole pour balayer les arguments développés aussi bien par les avocats de la partie civilement responsable que par le ministère public. 


 Premier à prendre la parole, Me Jean-Joseph Mukendi a qualifié l’intervention du ministère public d’une plaidoirie de rupture. Il a rappelé que le rôle de rechercher les infractions et les criminels revient à l’organe de la loi et non à la partie civile. Ce bâtonnier a estimé que le témoignage du cinéaste belge apporte suffisamment des faits nouveaux pour que le juge ordonne de lui-même une nouvelle instruction. « C’est inconcevable que le ministère public s’oppose à la comparution de John Numbi alors que les témoignages concordants prouvent son implication dans le double assassinat de l’activiste de droit de l’homme, Chebeya, et de son chauffeur Fidele Bazana.
 Quant à Me Gesera, il s’est réjoui de la dislocation du mariage qu’il qualifie de « contre-nature » contracté entre le Ministère public et les avocats de la partie civilement responsable, au motif que l’organe de la loi parle du rejet partiel de leur requête alors que ces alliés « circonstanciels » ont demandé  son rejet en bloc. 
 Enfin, Me Kabengela a enfoncé le clou en demandant aux juges de réquisitionner la ferme qui serait, d’après lui, en train d’être polluée dans le but ultime d’effacer les traces.
Suspendue, l’audience sera reprise le mardi 7 août prochain pour l’examen desdites mesures conservatoires. 


Eric Wemba et
Tshieke Bukasa

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