Affaire Chebeya : le procès démarre ce vendredi à la Cour Militaire de la Gombe

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La Cour Militaire de la garnison de la Gombe va connaître une ambiance chaude et inhabituelle ce vendredi avec l’ouverture du procès de feu Floribert CHEBEYA assassiné le 2 juin dernier et dont le corps avait été retrouvé sans vie quelque part aux environs de la localité de Mitendi sur la Nationale N° 1. L’acte de l’ouverture a été notifié à toutes les parties à ce procès, notamment les présumés assassins aujourd’hui incarcérés à la prison centrale de Makala et bien entendu la famille du défunt ainsi que celle de son compagnon d’infortune, en l’occurrence Fidèle BAZANA dont le corps n’a toujours pas été retrouvé jusqu’à ce jour. Côté défense, outre le collectif d’avocats locaux conduits par le bâtonnier Jean-Joseph MUKENDI Wa Mulumba, l’on annonce l’arrivée des avocats provenant des différentes Ongs de droits de l’homme dont particulièrement celle des Avocats Sans Frontières de France, de Belgique, des Etats-Unis d’Amérique et du Canada. 

            Ce procès s’ouvre sur fond d’une situation tendue entre le pouvoir en place,  les Ongs de défense des droits de l’homme nationales et internationales dont la Voix des Sans Voix qu’a dirigée pendant plus de deux décennies le regretté Floribert CHEBEYA et les familles de victimes. Une tension qui a atteint le paroxysme par le transfert de cette affaire devant la Cour Militaire. Car, aux yeux de la VSV et d’autres Ongs de défense des droits de l’homme, ce transfert cacherait une intention délibérée de soustraire de la justice celui qu’elles soupçonnent comme étant le suspect N°1, à savoir le général-major John NUMBI Banza Tambo, Inspecteur Général de la Police Nationale aujourd’hui suspendu.   

Procès public et radiotélévisé 

            Que va-t-il se passer alors ? De l’avis de nombreux observateurs, l’ouverture de ce procès fort attendu par l’opinion constitue déjà un premier pas vers l’éclatement de la vérité. Dans la mesure où les audiences seront publiques et radiotélévisées pour permettre au monde d’en suivre pas à pas les différentes péripéties jusqu’à l’éclatement de la vérité. C’est de cette manière que la justice sera faite en vue de connaître les tenants et les aboutissants de cette affaire qui a défrayé la chronique aussi bien nationale qu’internationale et qui a fait coulé tant d’encre et de salive jusqu’à menacer le fonctionnement régulier des institutions de la République. On espère aussi que le droit de la défense sera considéré comme sacré par la comparution de tous les témoins et autres renseignants, quelque soit le grade ou la fonction dans n’importe quelle institution de la République. Etant donné que les tout premiers suspects déférés devant le ministère public proviennent tous jusque là de la Police nationale et se retrouvent comme par hasard au niveau des officiers supérieurs exerçant des fonctions de commandement.

            On rappelle que le corps du regretté Floribert CHEBEYA avait été retrouvé sans vie le 2 juin dernier aux environs de la localité de Mitendi située sur la National N°1 à côté de sa voiture tandis que celui de son infortuné compagnon Fidèle BAZANA n’a toujours pas été retrouvé. Approchée après la confirmation de cet assassinat, l’épouse de l’ancien secrétaire exécutif de la VSV avait alors déclaré que son mari avait répondu à un rendez-vous ferme avec le général-major John NUMBI, alors Inspecteur Général de la Police Nationale. Et qu’une fois sur les lieux vers 15 heures, Floribert CHEBEYA avait été placé dans la salle d’attente jusqu’au moment où son hôte avait été appelé à un autre rendez-vous plus urgent et c’est alors qu’il lui avait dit qu’il se rendait à Binza UPN. Ce qui l’avait intriguée car ce n’était pas dans les habitudes de son mari. Des messages lui parvenus par téléphone selon un code secret, avait elle indiqué. C’est en vain qu’elle avait attendu le retour de son mari avant de se mettre à lancer des messages de détresse et d’inquiétude aux membres de  famille et à toutes les connaissances.           

Le Conseil Supérieur de la Défense suspend John Numbi 

            L’annonce de la terrible nouvelle provoqua un inimaginable tollé des protestations suivi d’une forte indignation à travers le monde. L’onde de choc fut d’une telle puissance qu’elle se répandit comme une traînée de poudre à travers tous les cinq continents que le temps sembla s’arrêter. Jusqu’à devenir une affaire politique car toutes les chancelleries occidentales se levèrent comme un seul homme pour réclamer la mise sur pied d’une commission internationale, neutre et indépendante d’enquêtes. Poussant le chef de l’Etat à convoquer le lendemain le Conseil Supérieur de la Défense qui prit des mesures gravissimes, dont celle portant suspension de l’Inspecteur Général de la Police Nationale en la personne du général-major John NUMBI Banza Tambo. Des officiers supérieurs de la Police Nationale furent jetés en prison, dont le suspect N° 1 le colonel Daniel MUKALAYI.

Cette forte onde de choc atteignit les Ongs des droits de l’homme qui, tout en condamnant fermement cet acte odieux, revendiquèrent l’arrestation immédiate des suspects et la mise sur pied d’une commission d’enquête libre, neutre, indépendante et internationale. Pour frapper un peu plus fort, des Ongs de défense des droits de l’homme des pays de l’Afrique Australe s’invitèrent au Sommet des chefs d’Etats de la SADC tenu au mois de juin à Windhoek en Namibie  pour taper du poing sur la table en prévenant haut et fort qu’elles n’accepteraient pas  que l’organisation et le tenue du procès sur cet ignoble assassinat soient confiés aux juridictions militaires. Au motif que selon des études faites par des spécialistes en la matière, les juridictions militaires africaines condamnent rarement les officiers supérieurs reconnus coupables des crimes de sang.           

Le Parquet Général de la République se dessaisit du dossier

            Il va sans dire que cette affaire qui avait pris une tournure exceptionnelle de par la personnalité de la victime s’est retrouvée sur la table du Parquet Général de la République aux fins d’ouvrir des investigations sérieuses. Le premier acte qui, rappelle-t-on, fut le fait des pressions énormes exercées sans relâche par toutes les Ongs de défense des droits de l’homme nationales et internationales ainsi que les chancelleries occidentales se traduisit par la mise sur pied d’une équipe des médecins légistes dont trois ont été fournis par le gouvernement hollandais en vue de procéder aux examens d’autopsie sur le corps du défunt. Alors que l’on s’attendait à l’ouverture du procès devant les juridictions civiles, contre toute attente et mu par l’on ne sait quel sentiment, le Parquet Général de la République surprit l’opinion en se dessaisissant de cette affaire pour la confier ensuite à l’Auditorat Général Militaire en vue de mener de enquêtes pré juridictionnelles. Au motif que tous les suspects sont des officiers supérieurs de la Police Nationale.  

La famille de CHEBEYA se réfugie au Canada

            Au début du mois de Septembre dernier, l’on apprit que la veuve et tous les enfants de feu Floribert CHEBEYA se sont réfugiés au Canada. Avant cela, la Sous Secrétaire d’Etat américaine chargée des Affaires Africaines venue prendre part aux festivités du Cinquantenaire rendit visite à la famille du défunt et trois jours après ce fut le tour du chargé d’Affaires des Etats-Unis d’Amérique d’inviter la veuve et ses enfants à un déjeuner à la résidence officielle située sur l’avenue du Roi Baudouin à Gombe. Autant des marques de sympathie à l’endroit de la famille du regretté activiste des droits de l’homme hors du commun et dont le souvenir restera à jamais gravé dans les annales de l’histoire de ce pays. Tous les regards sont donc tournés vers ce procès qui débute sur des chapeaux de roue et qui pourraient redorer le blason de la justice congolaise par ces temps qui annoncent l’organisation et la tenue des élections générales. Le monde retient son souffle. 

F.M.

 

 

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