Affaire Chebeya : le Ministère public redoute la fuite du colonel Mukalayi

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Le Ministère public est monté sur ses grands chevaux, à l’audience d’hier mardi 21 août 2012 à la Prison centrale de Makala, en proposant à la Haute Cour Militaire(HCM) de rejeter la demande de mise en liberté provisoire du colonel Daniel Mukalayi et de son collaborateur Michel Mwila, tous deux officiers de la Police Nationale du Congo(PNC) condamnés au premier degré pour assassinat des défenseurs de droits de l’homme, Chebeya et Bazana. Pour l’un et l’autre, a-t-il averti, accorder une liberté provisoire, c’est le retrouver un jour à Tombouctou en train d’accorder une interview au cinéaste Thierry Michel comme le fait l’autre !


         En effet, les avocats du commissaire Michel Mwila ont demandé à la HCM d’annuler l’arrêt du premier degré pour cause d’illégalité, car leur client considéré comme complice a été pourtant condamné à perpétuité, alors que la loi dit : « lorsque la peine prévue par la loi est la mort ou la servitude pénale à perpétuité, la peine applicable au complice sera la servitude pénale de 10 à 20 ans ! ».
    Revenant par ailleurs sur leur requête de mise en liberté provisoire, ces avocats ont affirmé que sur les 8 prévenus dans cette affaire, leur client n’a jamais eu l’intention de fuir et répondait à chaque fois au parquet durant l’instruction. « Faute de preuves contre lui, il a été arrêté pour des raisons tribales… », ont-ils clamé.
Balayant d’un revers de la main l’argumentaire de la défense, l’Organe de la loi est demeuré ferme sur le maintien en détention de Michel Mwila car les personnes prises en exemple (NDLR, les 3 autres acquittées au premier degré) ne sont pas une référence. « Autant les choses sérieuses ont commencé pour Mwila lors du prononcé de l’arrêt de la Cour militaire, les Georges Kitungwa, François Ngoy Mulongoy et Blaise Mandiangu ne viendront pas le jour du prononcé. Ils vont restés à la maison ! », a averti le Ministère public.


         Plaidant pour leur client, les avocats du colonel Mukalayi sont revenus à la charge pour dire que l’infraction «association des malfaiteurs» n’a jamais été établie. «Même le général Unyon, mon chef hiérarchique qui en son temps, avait indiqué à la Cour militaire que nous entretenions des relations inamicales, m’avait disculpé à ce sujet…», a affirmé le colonel Daniel Mukalayi lui-même. Somme toute, le colonel Mukalayi Wa Mateso a solennellement déclaré à l’assistance qu’il a été mis aux arrêts sur base des rumeurs. Se disant victime de sa bonne foi, car ayant accepté de faire le suivi d’une correspondance de Chebeya adressée au commissaire divisionnaire en chef, le général John Numbi, le colonel Mukalayi a dénoncé le règlement des comptes et la récupération politicienne qui ont finalement induit en erreur la justice. Il convient de souligner que deux des trois prévenus acquittés au premier degré (Georges Kitungwa et François Ngoy Mulongoy) sont passés à la barre pour informer les juges qu’ils sont actuellement poursuivis pour une infraction qu’ils n’ont jamais commise, en l’occurrence l’«association des malfaiteurs». En clair, expliquent-ils, alors qu’au premier degré, ils étaient poursuivis pour s’être affiliés à une association des malfaiteurs composée de 8 personnes, cette fois-ci, devant la Cour des céans (HCM) c’est une autre association composée de 6 personnes. Pour eux, il s’agit ni plus ni moins  de la violation du principe d’effet dévolutif d’appel qui veut qu’une juridiction d’appel ne statue que sur les faits examinés au premier degré.

         Ayant pris l’affaire en délibéré, le juge-président a suspendu l’audience qui va reprendre le 4 septembre prochain pour l’examen de la requête des parties civiles tendant à obtenir la surséance des audiences.

Tshieke Bukasa

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