Affaire Chebeya :la police défigurée

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Les zones d’ombre qui avaient enveloppé, pendant 8 mois, des pans entiers de l’affaire Chebeya, ce défenseur des droits de l’homme trouvé mort du matin du  2 juin 2010 dans la banlieue Ouest de Kinshasa, se dissipent progressivement. Les troublantes révélations des prévenus, renseignants et experts, qui se succèdent devant la barre de la Cour Militaire, à la Prison Centrale de Makala, ont terriblement noirci l’image de la Police Nationale Congolaise et de
ses membres. L’opinion congolaise et internationale se demande notre pays héberge une police ou une association des malfaiteurs.

La question se pose avec autant d’acuité que l’affaire Chebeya est en train de dévoiler, à la face du monde, une police qui, au lieu de sécuriser les biens et les personnes, s’emploie plutôt à planifier des crimes de sang. Cette sale besogne implique non seulement la troupe mais aussi de hauts galonnés de ce corps. La thèse de l’assassinat de feu Directeur Exécutif de la Voix des Sans Voix ne fait plus de doute.

En effet, les relevés téléphoniques commentés par les experts des sociétés des télécommunications de la place ont confirmé l’existence des contacts préalables entre commanditaires et exécutants de ce crime, avant comme après leur forfait. Qui n’est pas révolté d’apprendre aujourd’hui, que le communiqué ayant fait état de la présence, à côté du cadavre de Chebeya, des mèches de cheveux de femme, de produits aphrodisiaques et des préservatifs était mensonger
sur toute la ligne ? Qui n’est pas indigné par le cynisme de certains officiers de la police, qui sont allés jusqu’à corrompre leurs subalternes, afin d’obtenir la destruction de la page du registre contenant les identités des visiteurs reçus le mardi 1er juin au siège
de l’Inspection Générale de la Police Nationale Congolaise ?

 

L’amateurisme avec lequel a été monté le scénario de l’élimination physique de Floribert Chebeya et l’activisme déployé pour tenter d’effacer les traces du crime ne sont pas pour honorer l’image de la police nationale congolaise.

La peur de l’uniforme redoublée

Nos concitoyens ainsi que les expatriés vivant aux quatre coins du territoire national sont désormais gagnés par la peur dès qu’ils aperçoivent un élément en uniforme. A la lumière des actes ignobles et troublants commis par des policiers et leur hiérarchie dans l’affaire Chebeya, cette phobie de l’uniforme est passée du simple au double.
Au lieu d’incarner la sécurité et la protection, le policier est davantage vu comme le porte-malheur de l’automobiliste, du voyageur, du touriste, de l’armateur, du commerçant, de l’investisseur, du vendeur à la criée, de la marchande des pains, de la paysanne, du pêcheur, du noctambule, de l’étudiant, de l’écolier. Bref, au lieu d’être le régulateur de la vie en société, le dernier recours des « faibles » dans leurs relations avec les « puissants », le redresseur des torts, le policier fait fuir sur son passage toutes les personnes qui se savent vulnérables face à l’arbitraire, à la violence, à la corruption, à la tricherie, à la loi de la force.

Les réformateurs de la police interpellés

Le plan de réforme du policier congolais est en chantier voici plus de cinq ans. L’objectif visé est de placer celui-ci au niveau des standards internationaux, en ce qui concerne la gestion de la protection civile, à l’intérieur des frontières nationales. Beaucoup d’espoirs sont placés dans ce processus de rénovation de la police nationale, qui devrait la dépouiller de son image de fourre-tout au profit d’un corps de métier.
Malheureusement l’image du policier « kuluneur », voleur, assassin, malfaiteur, menteur, corrompu colle encore dangereusement à la peau du policier congolais. L’affaire Chebeya devrait interpeller tous ceux qui, au niveau de la hiérarchie de la police mais surtout des autorités politiques, sont associées au programme de réforme.
Les Congolais, qui n’ont plus totalement confiance en leur police, à cause des turpitudes de quelques officiers et leurs subalternes non seulement dans l’assassinat de Chebeya mais aussi dans d’autres crimes et méfaits qu’ils vivent au jour le jour, ont besoin d’être rassurés. Ne faudrait-il pas imaginer, dans les plus brefs délais, une opération d’épuration dans les rangs de la police nationale, de toutes les brebis galeuses qui ternissent son label ?

 Jacques Kimpozo

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