Affaire Chebeya : la ferme de John Numbi : un cimetière ?

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La requête de maître Gesera, un des avocats des parties civiles, qu’il considère comme complémentaire à celle présentée par maître Mukendi lors de la dernière audience foraine, était au centre des débats hier mardi 24 juillet 2012 à la Prison Centrale de Makala, dans le procès en appel des assassins de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana.
 Cette requête détaillée était introduite auprès de la Haute Cour Militaire en vue d’obtenir des mesures conservatoires concernant la ferme du général John Numbi, dans la périphérie de Kinshasa, site présumé où le corps du chauffeur Bazana aurait été enterré, après son exécution  intervenue à la suite d’un ordre venu du général John Numbi, Inspecteur général de la Police Nationale suspendu depuis deux ans, pour effacer les traces du meurtre du défenseur des droits de l’homme Floribert Chebeya, selon le témoignage du major Paul Mwilambue, en fuite, dans les médias périphériques.

Dans leur plaidoirie, les avocats des parties civiles ont démontré le bien-fondé de leur requête qui, selon eux, apporte des éléments nouveaux sur l’implication du général Numbi  dans le double assassinat du Directeur exécutif de la Voix des Sans Voix, Floribert Chebeya, et de son chauffeur,  Fidèle Bazana.
 Maître Mukendi président du collectif des avocats des parties civiles, s’est appuyé sur l’article 253 du Code judiciaire pour demander à la Haute Cour Militaire de Gombe d’ouvrir une instruction pour vérifier les allégations du major Paul Mwilambue,  qui serait disposé à revenir à Kinshasa apporter son témoignage sur les circonstances de l’assassinat des deux défenseurs des droits de l’homme précités.
 Il a fait remarquer que les éléments nouveaux contenus dans leur requête se basent sur les déclarations du major Mwilambue relayées par les médias grâce au cinéaste belge Thierry Michel. Les révélations de cet officier condamné par contumace démontrent à suffisance, selon ce juriste, l’implication du général Numbi, ce qui devrait entraîner sa comparution en tant que prévenu dans ce procès.
Le bâtonnier Mukendi a également invité la Haute Cour Militaire de Gombe à peser de tout son poids pour faire venir Thierry Michel à Kinshasa, afin de faire éclater la vérité au grand jour.


 L’auteur de la nouvelle requête, maître Gesera, a insisté sur la haute sécurisation de la ferme du général John Numbi, afin d’empêcher aux auteurs du crime d’effacer les traces de leur forfait. Il a estimé que les pistes données par l’un des anciens collaborateurs de cet officier général sont assez concordantes pour que le général Numbi puisse être transformé en principal prévenu et quitter le statut de renseignant lui attribué dans le procès instruit au premier degré.
Ces nouvelles pistes doivent, selon lui, être confrontées aux conclusions de l’autopsie opérée par des médecins hollandais et à l’audition du cinéaste belge Thierry Michel. 
Quant à maître Bondo, il est revenu à la charge  pour indiquer que « les présomptions graves et concordantes de cet officier d’intelligence de l’ancien Chef de la police sont des éléments nouveaux  pour la comparution du général Numbi et du général Oleko », avant de préciser que les fermes/cimetières de ces deux officiers sont voisines.
 Pour maître Bonde, la complicité du général Oleko dans ce double assassinat n’est pas à exclure. Il a également plaidé pour le remplacement de certains colonels qui composent la Haute Cour Militaire de Gombe et le ministère public, étant donné que le dossier du général John Numbi n’est peut être instruit que par un magistrat ayant le grade  de général.
 Maître Bondo s’est dit convaincu que John Numbi, qui a favorisé la fuite de certains officiers coupables, devait être considéré, après le témoignage accablant du major Mwilambue, comme l’auteur intellectuel du crime.


 Dans leur réplique, les avocats de la République ont relevé le caractère obscur de la requête des parties civiles, laquelle se fonde, selon eux, sur des rumeurs. Aussi ont-ils demandé le rejet pur et simple de cette requête inspirée, pour des raisons commerciales, par le cinéaste belge Thierry Michel. Ces avocats ont accusé l’intéressé de nourrir l’intention de vouloir de ternir gratuitement l’image de la République Démocratique du Congo.
 Ces porteurs des toges noires ont affirmé que la diffusion du film « Assassinat de Chebeya, crime d’Etat ? » est une violation de la loi congolaise qui interdit de commenter un procès avant son aboutissement.
 Après la réplique des avocats de la RDC, considérée comme civilement responsable, l’audience foraine a été suspendue et renvoyée au 31 juillet 2012.


ERIC WEMBA  
              

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