Affaire Chebeya : confusion au niveau des témoignages

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Plusieurs renseignants ont défilé, le jeudi 20 janvier 2011 à la Prison Centrale de Makala, pour éclairer la Cour militaire de la Gombe dans la recherche de la vérité sur la mort violente de Floribert Chebeya, activiste des droits de l’homme et président de l’ONG la « Voix des Sans Voix »(VSV). Dans le lot, le Major Matata Bembe, du bataillon de la police d’investigations criminelles, a été criblé des questions sur les contours de la création de la Commission d’enquête. Selon cet officier supérieur, le 2 juin 2010, jour de la découverte du corps de Chebeya, l’Inspecteur Georges Kitungwa, proche collaborateur du Colonel Daniel Mukalayi, était venu le voir en lui proposant de déléguer trois personnes à intégrer dans ladite Commission où il y avait déjà la Police scientifique, la DGRS, etc. « Il a reçu des instructions pour que nous constituons cette Commission et la diriger. Nous avions dit que la DGRS étant notre hiérarchie devrait prendre le commandement, mais il m’a convaincu de contrôler les choses. Car étant les hommes de terrain. Puis je lui ai dit que nous n’avions pas de véhicules et il nous en a donné deux… » a expliqué le Major Matata.

Face à cette déclaration jugée contradictoire par le Ministère public, ce dernier a rappelé que lors de l’audition préparatoire devant l’auditeur, le Major Matata avait déclaré que c’est le Colonel Mukalayi qui lui avait demandé de lui confier trois agents. Aujourd’hui, relève l’Organe de la loi, c’est plutôt une autre version. « Qui a créé la Commission ? Qui a désigné les trois agents de la DGRS de ladite Commission ? » A ces questions, le Major Matata s’est cramponné davantage sur la demande lui faite par Georges Kitungwa, soulignant que l’instruction était venue de la hiérarchie.

Non satisfaite des réponses du renseignant, l’accusation est revenue à la charge avec des questions similaires, cherchant encore à savoir « qui avait monté la Commission, de qui cette personne avait reçu l’ordre de créer cet organe etc. ». En guise de réponse, le même officier supérieur a appuyé que le Colonel Daniel Mukalayi, en personne, était passé pour demander des hommes pour la Commission d’enquête. « J’étais absent et cette demande m’a été rapportée par les gens présents et après, Georges Kitungwa est venu… » a-t-il précisé.

Jugeant ces réponses contradictoires, l’accusation et le Ministère public ont, illico presto, sollicité à la Cour de « transformer » le renseignant en prévenu pour obstruction à la recherche de la vérité. Argument superbement rejeté par la défense convaincue du danger qui résulterait de cette action. Car, intimidés, les renseignants se réserveront désormais des déclarations favorables aux prévenus. Conséquence : condamnation d’avance et subordination des renseignants.

Après une suspension de l’audience pendant près d’une heure, afin d’examiner cette requête de l’accusation, les juges militaires ont estimé qu’il n’y avait aucune contradiction dans les propos du Major. Les faits étant non établis, en fait comme en droit, l’officier acquitté s’en est échappé belle.

 

Confrontation autour du registre de la VSV

Pour la seconde fois depuis le début de ce procès, Olivier Kungwa, agent de la VSV, a été confronté, hier jeudi, au Commissaire Michel Mwila autour de la visite que ce dernier a effectuée au siège de l’ONG, quelques jours avant la disparition de Chebeya.

A cet effet, l’agent de la VSV a rapporté à l’assistance ce qu’il a noté dans un registre en date du 28 mai. Le policier Michel Mwila s’est présenté à notre siège de Kintambo à 10h04’, afin de voir le Directeur Exécutif. Il a affirmé venir de l’Inspection générale de la police, fourni son numéro de téléphone(0898682470) et enfin, a promis de revenir plus tard, car le Directeur exécutif était en réunion. Propos totalement balayés par le Commissaire Mwila posant, à son tour, la question de savoir à quel moment ces informations ont été consignées dans ce cahier. « A ma présence ou à mon insu ? Car j’étais avec lui et il n’avait rien écrit. Je reconnais mon numéro de téléphone que je lui avais personnellement remis avant de partir mais pas les détails dans ce registre… »

La dernière confrontation de la journée a mis en présence deux officiers supérieurs de la police. L’Inspecteur principal Daniel Mukalayi et sa collègue Alène Ilunga, directrice des Relations publiques et Presse. Cette dernière a soutenu mordicus ne plus se souvenir des faits survenus la veille et le jour de l’assassinat de Chebeya. « Je ne sais plus ; il est difficile pour moi de me focaliser sur l’appel seul du Colonel Mukalayi. car le 1er juin, j’avais reçu plusieurs appels des officiers, des civils, etc. Les allégations du Colonel affirmant m’avoir appelé sont sorties de sa bouche. Moi, je ne me rappelle pas » a-t-elle soutenu, contredisant par ailleurs son collègue Mukalayi.

Affirmations ayant fait bondir l’Organe de la loi de sa chaise, ce dernier a souligné qu’il s’agit d’un mensonge de plus. D’où la promesse de démontrer, au moment opportun, que le 1er juin de l’année passée, le Colonel Mukalayi avait appelé la dame à deux reprises (9h24’ et 9h28’).

L’audience ayant été suspendue, la prochaine, annoncée plus technique, est fixée pour le lundi 24 janvier à 11 heures.

Tshieke Bukasa

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