Affaire Bundu dia Mayala : avis de recherche contre Ne Muanda Nsemi

0
861
Ne Muanda NsemiZacharie Badiengila, alias Ne Muanda Nsemi, député national et chef spirituel du mouvement politico-religieux « Bundu dia Mayala » (ex-Bundu dia Kongo), est activement recherché par la justice. Selon Lambert Mende, ministre de la Communication et Médias et porte-parole du gouvernement, il devrait répondre des actes de violences ayant entraîné, en janvier dernier, la mort de plusieurs personnes dans les cités de Kimpese et Songololo, dans la province du Kongo-Central, à la suite des attaques menées par ses miliciens autrement nommés « makesa » contre ceux de l’ancien vice-président de son parti, Papy Mantezolo, vice-ministre des Infrastructures, et les forces de l’ordre.
Selon la même source, Ne Muanda Nsemi devrait être mis aux arrêts, sans délai, et jugé en procédure de flagrance. On croit savoir que c’est dans le but de le débusquer que les forces de l’ordre ont investi, le lundi 13 février à partir de l’après-midi, le « quartier général » de BDM installé au numéro 22 de la rue Bosenge, à son croisement avec l’avenue Khartoum, dans la commune de Ngiri-Ngiri, ainsi que sa résidence sise avenue Haute Tension numéro 15, au quartier Ma Campagne, dans la commune de Ngaliema, dans la soirée du même jour.
            Des sources policières indiquent avoir procédé à l’arrestation de 22 adeptes de BDM à Ngiri-Ngiri, où étaient signalées plus de 60 familles logées dans la cave d’une maison à étages en chantier, et saisi des armes (quatre Aka et une Uzi). Le bilan provisoire s’élèverait à deux morts dans cette commune et trois à Ma Campagne. Jusque hier, les forces de police étaient occupées à ratisser le QG de BDM comme la résidence de son gourou, avec la ferme intention de déloger tous leurs occupants, de gré ou de force. A Ngiri-Ngiri comme à Ma Campagne, des tirs nourris étaient entendus dans la matinée comme dans la mi-journée di’hier mardi. A Ngiri-Ngiri, les avenues Gambela et Khartoum étaient interdites à la circulation des véhicules comme des piétons tandis qu’à Ma Campagne, l’avenue Benseke était déconseillée aux automobilistes et piétons. Certaines ambassades ont même lancé des messages à leurs ressortissants, leur recommandant d’éviter le périmètre des avenues Benseke et Haute Tension.
Le général Célestin Kanyama, commandant de la police ville de Kinshasa, s’est signalé aussi bien à Ngiri-Ngiri qu’à Ma Campagne, pour superviser personnellement les opérations de démantèlement de ces deux places fortes de Bundu dia Kongo, où les miliciens se sont illustrés, lundi et mardi, par une forte résistance aux forces de la police, auxquelles étaient venus en renfort des éléments de l’armée régulière. A en croire la hiérarchie de la police, un assaut final devait être donné hier à la résidence de Ne Muanda, où certaines sources soutiennent avoir constaté un afflux inhabituel de « miliciens » venus de nulle part.
 
Les revendications de Ne Muanda Nsemi
 
            On prête à Ne Muanda Nsemi deux vidéos dans lesquelles il s’exprime devant une poignée de ses adeptes et exige le départ du Chef de l’Etat, Joseph Kabila, de la présidence de la République. Par ailleurs, il demande au gouvernement de libérer en urgence 13 millions de dollars américains au titre de dommages et intérêts destinés à lui-même ( 3 millions) et ses partisans (10 millions), pour compenser les pertes matérielles et en vies humaines subies en 2008 après des opérations de représailles de l’armée et de la police à Moanda, Boma, Lukula, Tshela, Kinzau-Mvuete, Matadi, Songololo, Luozi, Kimpese, Lukala, Mbanza-Ngungu, Inkisi, Luila et Kasangulu.
            Selon ce député national, ce montant aurait été fixé par l’Assemblée Nationale, au terme de plusieurs plénières relatives aux affrontements entre les adeptes de l’ex-Bundu-dia-Kongo et les forces de l’ordre dans les différentes localités citées plus haut.
            Mais de manière récurrente, Ne Muanda Nsemi a toujours soutenu l’idée de l’indépendance du Kongo Central vis-à-vis du reste de la RDC, en vue de reconstituer un nouvel Etat dont les dimensions seraient celles de l’ex –Royaume Kongo, et comprenant l’actuelle province du Kongo Central et une partie de la ville de Kinshasa, avec des extensions en Angola et au Congo/Brazzaville.
            On rappelle que Ne Muanda Nsemi, élu député national en 2006 sous le label de Bundu dia Kongo, dans la circonscription électorale de Luozi, a dû recourir à la couverture de Congo Pax de Marie-Josée Nlandu en 2011 pour se faire réélire dans l’ex-District de la Funa, à Kinshasa, afin de palier la dissolution de Bundu dia Kongo.
            On se souvient aussi que durant la seconde moitié de l’année 2015, celui qui se fait passer aujourd’hui pour un farouche opposant à Kabila, avait battu campagne en « faveur » du glissement, après avoir été reçu par ce dernier, dans le cadre de ses consultations avec les forces politiques et sociales, toutes tendances confondues. Ne Muanda Nsemi avait même suggéré une transition de trois ans, avec Kabila à la présidence de la République, assisté de quatre vice-présidents. Malheureusement pour lui, ses premiers meetings sur le « glissement » à Boma, Muanda et Matadi avaient mal tourné, les masses de cette partie de la République l’ayant caillassé copieusement, l’obligeant à mettre brutalement fin à son lobbying. Accusé de « traitre », il avait décidé de prendre sa « retraite politique », sans pour autant renoncer à son mandat de député. Les observateurs pensent que son nouveau discours anti-Kabila est destiné à lui redonner une nouvelle virginité politique, en prévision des enjeux politiques de 2017 ou 2018.
Kimp