AFDL : 21 ans d’espoirs déçus !

0
184

L’entrée victorieuse, le 17 Mai 1997, dans la capitale Kinshasa des troupes de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo sonne encore si fort que l’on n’a du mal à croire à la fin d’un régime politique dont les traces sont encore visibles à travers les
immenses territoires de ce pays béni des dieux. Des troupes des différentes forces armées régulières provenant de l’Erythrée, du Rwanda, de l’Ouganda, et de l’Angola,  aux côtés d’enfants en bas âge et autres adolescents communément appelés « Kadogo » ainsi que des milliers de désoeuvrés ramassés tout au long des sept mois de la longue marche à pied depuis les villes et localités des provinces de l’Est, notamment Uvira, Kalemie, Goma, Bukavu, Beni, Butembo, et leurs environs avaient donné de l’espoir aux millions de Congolais visiblement fatigués par 32 ans d’un régime dictatorial, anachronique et dépassé dirigé de main de fer par  Mobutu Sese Seko.

Les espoirs soulevés par ce qui apparaissait comme la fin d’un régime
dictatorial sont vite tombés dans le brouhaha de l’histoire. Le Congo
a effectué un plongeon vers une nouvelle dictature caractérisée par
des arrestations arbitraires, un multipartisme sélectif, des
interdictions des manifestations publiques, des emprisonnements des
opposants sans jugements ou forcés à l’exil, la fermeture des médias
et l’absence des libertés d’expression.

Le règne du clientélisme politique

Feu L.D. Kabila, le fondateur de ce regroupement politique suis
géneris, une fois en froid avec ses alliés rwandais, avait perdu le
contrôle au cours d’un discours au Palais du Peuple, le jour où il
avait lancé les CPP (Comités du Pouvoir Populaire). Le révolutionnaire
et ancien président du Parti pour la Révolution et le Peuple avait
même traité son mouvement AFDL « d’un conglomérat d’aventuriers ».
Au moment où l’on s’attendait à une amélioration de la situation
sociopolitique et économique, le pays est entré dans une ère de
clientélisme politique avec la confiscation des institutions de la
République par une seule classe politique, les mandataires publics se
comportant comme des militants des partis se réclamant proches du
président de la République.

Ni paix ni guerre

Le Congo vit dans une situation de ni paix ni guerre. Depuis
l’avènement de ce régime dit de l’AFDL, il ne se passe plus un jour
sans que l’on ne déplore des tueries, des massacres, des attaques à
main armée, des menaces de balkanisation ça et là. Que des viols
massifs perpétrés non seulement dans les territoires de l’Est et du
Sud ! Les localités et villes du Centre sont victimes du fameux
phénomène « Kamwina Nsapu » aux contours flous, qui s’apparentent à un
génocide planifié des populations du Grand Kasaï. Au bas mot et selon
des sources dignes de foi, il existe plus de  200 groupes armés
irréguliers opérant sur le territoire national, parmi lesquels des
ressortissants des Etats voisins de l’Est. Lesquels ne reculent devant
rien et continuent de commettre des crimes de guerre et contre
l’humanité tout comme des agressions militaires et les pillages des
ressources naturelles du pays.
C’est comme si ce grand et riche pays ne peut pas bénéficier des
forces armées nationales capables de le défendre au quotidien. Ce qui
est inacceptable et intolérable, c’est le silence coupable affiché par
les autorités tant politiques qu’administratives. Quel crime les
Congolais ont commis pour mériter un sort cruel et injuste ?   Les
Congolais sont orphelins et abandonnés à leur triste sort.

Pauvreté généralisée et scandaleuse

Le chômage bat son plein alors que le pays est cité parmi de grands
producteurs du cuivre, du cobalt, du coltan, de nombreux minerais
rarissimes. A ce jour, malgré les guerres ravageuses lui imposées par
les deux Etats voisins de l’Est, le Congo compte plus de 86 millions
d’habitants ainsi qu’une diaspora enviable et de grande valeur à tout
point de vue. Le Congo constitue le deuxième poumon de la Planète et
la toute dernière richesse récemment découverte, à savoir les
tourbières, dans la forêt équatoriale redonnent encore une fois de
l’espoir aux générations à venir.
Le Congo souffre surtout de certains maux pourtant en voie d’être
éradiqués ailleurs, à savoir le pillage des entreprises de l’Etat et
services publics par des membres de la famille politique régnante,
lesquels sont également à la base des détournements des deniers
publics.

Pays toujours enclavé

En 1960 et bien avant, les Congolais circulaient en véhicules de
toutes marques à travers toutes les provinces du pays. Le chemin de
fer, les bateaux, les avions faisaient la fierté de vivre. Qui ne se
souvient pas des fleurons tels la compagnie aérienne Air Zaïre, la
Compagnie maritime Zaïroise dont des bateaux de haute mer voguaient
sur les  quatre Océans de la Planète ? A ce jour et c’est là où le bât
blesse, le Congo est devenu enclavé et dépend pour son commerce et les
déplacements de ses habitants des compagnies aériennes, maritimes,
fluviales et ferroviaires appartenant aux Etats tiers et lointains.

Faible desserte en eau potable et électricité

Après le Brésil, le Congo demeure le second Etat au monde à disposer
d’innombrables cours d’eau potable et navigable. On retrouve de l’eau
potable à moins de deux mètres de profondeur et cela sur toute
l’étendue du territoire national.  Il est alors anormal et révoltant
qu’après 17 ans de règne sans partage, le pouvoir issu de l’AFDL ne
soit pas capable d’alimenter l’ensemble du pays en eau potable et en
électricité. Les barrages hydroélectriques sont en mesure de fournir
l’énergie électrique à toute l’Afrique, une partie de l’Europe et de
l’Asie Mineure.

Processus électoral en panne

Le régime actuel s’est rabattu sur les méthodes utilisées par le
défunt Mobutu pour perpétrer une période de transition sans fin. Huit
ans de transition durant laquelle le MPR-Parti Etat a régné sans
partage en recourant aux alliés conjoncturels et intéressés. Le régime
issu de l’AFDL/ CPP a usé et abusé de toutes les subterfuges, violant
régulièrement la Constitution pour se maintenir au pouvoir. La toute
dernière trouvaille nous est parvenue avec la publication des listes
des partis et regroupements politiques qui violent délibérément la
Constitution en vigueur, notamment avec quatre UDPS, d’autres partis
portant les mêmes dénominations et sigles et surtout le même numéro
d’enregistrement. Le plus risible, c’est le cas de l’UDPS où l’on
retrouve deux camps que la justice avait dénoncés car ne disposant pas
de siège social propre et encore moins des statuts constitutifs
crédibles. Comme le ridicule ne tue pas en RDC, le régime au pouvoir
ne s’est même pas gêné le moins du monde pour rendre publiques de
telles listes qui violent délibérément la constitution et les lois de
la République.
Par ailleurs, la CENI n’est pas en reste. Le Bureau s’est pavané avec
la fameuse machine à voter désavouée même par l’Etat où elle a été
conçue, à savoir la Corée du Sud. Autant des ficelles conçues pour ne
pas organiser les élections et continuer à dribbler l’opinion.
F.M.