Adolphe Muzito encore solide au poste

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Des calculateurs politiques le donnaient pour un sursitaire. Des parieurs étaient persuadés que ses jours seraient strictement comptés. Il ne lui restait plus que le temps de faire sa valise. L’heure de se saborder aurait déjà sonné pour l’AMP. Le leadership de la coalition serait  tenté de trouver de nouveaux partenaires extra-processus électoral. Autant de pronostics et de conjectures qui se sont avérés faux. Un flash lancé plusieurs fois de suite sur des chaînes de TV vendredi soir, éveillait la curiosité des téléspectateurs et les tenait en haleine. Bientôt le remaniement ! Tout le monde suit attentivement la lecture de l’ordonnance présidentielle. Contre toute attente, Adolphe Muzito n’est pas emporté par la bourrasque qui s’annonçait dévastatrice. Il reste encore solide au poste au nom du Palu, son parti. De même que Nzanga Mobutu de l’Udemo s’en tire sain et sauf. En dépit des coups de roulis et de tangage qui la secouent jusqu’à la rendre presque léthargique, l’Alliance de la majorité présidentielle (AMP) refuse de s’éteindre. Cette coalition du ménage à trois est encore debout, bien que chancelant, jusqu’à nouvel ordre. La page est tournée.

Quant au remaniement de l’équipe ministérielle, que peut-on en dégager d’essentiel ? Elle passe de 54 membres à 43 cette fois-ci. Il n’y a pas d’éléments sortis d’un  univers inconnu. Ils sont tous puisés dans le même vivier du système, avec indication à côté de leurs noms, des partis membres de l’AMP qui les ont parrainés. On compte 11 départs seulement. Ceux qui restent sont des poissons gros et petits du vivier. On ne découvre pas nominalement et officiellement la présence d’éléments du CNDP dans l’équipe, à moins qu’ils n’y figurent sous le quota d’un des partis fondateurs attitrés de la coalition. Cela peut s’expliquer par le souci de préserver à tout prix l’alliance de l’éclatement, et aussi d’éviter de choquer les consciences allergiques à la présence d’anciens collaborateurs de Laurent Nkunda dans la gestion du pays au niveau du pouvoir central. D’ailleurs, dans la coalition on ne s’intéresse pas à connaître tous les détails de l’identité des ministrables que chaque parti membre fondateur désigne pour entrer dans le gouvernement.

Comme au mess des officiers, on remarque que le gros des membres d’équipage n’ont pas quitté la cantine. Ils ont été rejoints par de nouveaux éléments à qui la chance vient de sourire. La question que certains se posent est celle de savoir si les 15 personnes particulièrement compétentes et brillantes dont on était à la recherche ont été découvertes et se trouveraient dans cette équipe. Il est difficile d’y répondre. Mais on peut tout au moins souligner des changements apparemment justes et réfléchis opérés au sein de certains Départements importants, par rapport à ceux à qui ils sont confiés. Il s’agit des Finances à Matata Ponyo Mapon, du Budget à Jean-Baptiste Ntahwa Kuderwa, et de l’Economie nationale à Jean-Marie Bulambo Kikosho, dont la compétence et le savoir-faire sont notoires selon les dires de ceux qui les ont déjà vus à l’œuvre là où ils ont travaillé avant d’être nommés ministres. On met aussi en relief le nom de Gilbert Tshongo, ministre de l’Energie, ancien PDG de la Regideso sous le règne de Mobutu, et qui avait battu le record de la longévité à la tête de cette entreprise. Comme enfant  de balle blanchi sous le harnais, il s’était particulièrement distingué par ses performances sans cesse croissantes, sa capacité d’organisation et ses qualités éprouvées de manager. Il avait forcé l’admiration et la considération de l’opinion à Kinshasa et à l’intérieur, tout comme à l’extérieur.

Gare aux fossoyeurs de l’Etat !

Que ces 4 hommes et d’autres qui ne sont pas cités ici soient compétents et sérieux, ce n’est pas tout. Ils vont évoluer dans un système qui a ses principes et méthodes de travail qui parfois dépassent l’entendement. Ici bas sous d’autres cieux il y a des systèmes politiques complexes au sein desquels même des gens très intelligents deviennent incompétents et échouent. Il faut savoir appeler les choses par leur nom. Si Adolphe Muzuto tient encore la barre jusqu’ici, c’est parce qu’il s’est armé de courage et de longanimité, supportant des affronts avec philosophie. Il y a des gens trop zélés qui gravitent dans l’orbite du système, qui se croient tout permis, et trouvent du plaisir à mettre souvent des bâtons dans les roues des autres. Muzito en a vu de vertes et de pas mûres. Des fossoyeurs de l’Etat omnipotents tapis dans l’ombre s’érigent en pouvoir parallèle comme un Etat dans l’Etat. Des saboteurs de la politique du gouvernement sont dans le système comme le ver qui ronge le fruit doit se trouver dans le fruit. Jusqu’ici il n’y a eu aucune sanction exemplaire pour servir de leçon aux autres.  On laisse partir tranquillement des ministres qui se sont compromis sans les traduire en justice.

Cette nouvelle équipe a des défis importants à relever, qui sont presque les mêmes auxquels l’équipe précédente était confrontée. La corruption quasi officialisée, l’impunité, la pratique des commissions et pots-de-vin, le trafic d’influence, la liquidation du patrimoine de l’Etat, le détournement des fonds du Trésor, le pillage des ressources nationales etc. autant de maux que cette équipe doit combattre. Il faut policer l’Etat et inculquer la peur du gendarme dans l’esprit des animateurs des institutions et leurs lieutenants qui croient se trouver dans une république bananière ou dans la jungle. Ce remaniement ministériel n’entraîne pas ipso facto l’assainissement du climat en matière de gestion des affaires publiques. Tant s’en faut. Il y a encore une poignée d’individus pervers qui sont réfractaires au changement, capables de contrarier tous les efforts de redressement de la situation du pays que le gouvernement peut entreprendre. Rien d’autre ne peut les mettre au pas qu’un grand coup spectaculaire frappé par le sommet de l’Etat. La recréatiion, omniprésente, n’a que trop duré et il faudra pour y faire face que Muzito présente des reins toujours solides.

Jean N’Saka wa N’Saka

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