Adieu la Pépinière de Bandalungwa !

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La chasse aux espaces verts dans la ville de Kinshasa vient d’atteindre son point d’achèvement. Le plus grand espace vert visible encore dans la capitale a cessé d’exister. Les tracteurs sont passés en action le samedi 14 août 2010 pour aplanir le terrain en vue d’accueillir, selon une source de la municipalité de Bandal, la construction par les Chinois de 1.000 logements sur ce site. La veille, le vendredi 13 août 2010 à l’école conventionnée protestante Ango Ango, sous la supervision du bourgmestre, la police a commencé à remettre à chaque maraîcher et maraîchère la somme de 450 dollars, montant fixé unilatéralement par le gouvernement pour mettre un terme aux activités maraîchères sur ce site. 

       Le même vendredi, la police a pris possession de ce site et chassé tous les maraîchers. Seuls les policiers et les légumes étaient visibles sur le site. Une dame, Mme Vina, nous a déclaré qu’on leur a refusé de procéder à la dernière récolte. « C’est faux, car c’est depuis le mois de juin qu’on leur avait demandé de ne plus planter sur ce site », nous a dit le bourgmestre Lebe.

            Le bourgmestre de la commune de Bandalungwa, Lebe Florent, nous a déclaré que l’espace pour la construction de ces logements partira du cours d’eau passant à côté de la station Fina et longeant camp Kokolo jusque vers une canalisation d’eau située à quelques mètres de l’ex-hôtel Mississipi et pénétrant aussi vers le camp Kokolo, en passant en-dessous du macadam de l’avenue Kasa-Vubu.

       Selon certains maraîchers et maraîchères, ils devraient percevoir 500 dollars par personne, mais la municipalité a décidé de retirer 50 dollars américains. L’adjoint du bourgmestre, Mme Berthe Booto Mboyo, a balayé d’un revers de la main cette affirmation en soutenant  que la somme prévue pour chacun d’eux est de 450 dollars américains. 

Les maraîchers divisés 

       Il n’y a pas eu consensus de la part des maraîchers pour accepter ou refuser la somme qui leur était remise. Pour Mme Vina, ils devraient refuser, mais des intrus glissés dans la liste par le comité des maraîchers avaient commencé par prendre cet argent et les autres,

par crainte de tout perdre, ont suivi. Elle s’était alignée pour prendre elle aussi.

Mais, une autre dame, la quarantaine révolue avec un air misérable, ayant requis l’anonymat, nous a dit : « Moi et ceux qui œuvraient effectivement nous n’allons pas prendre cet argent sale du gouvernement. Je sais que j’ai tout perdu. Mais les 450 dollars qu’on leur remet sont largement insuffisants par rapport à ce qu’on gagnait avec ces terres. »

       Le bourgmestre s’inscrit en faux contre cette assertion en déclarant que les maraîchers avaient harmonisé pendant plusieurs mois leur liste avec le ministère de l’Urbanisme et habitat.

       Mais pendant que l’on cherchait à rencontrer le bourgmestre à l’école Ango Ango le vendredi, ce dernier recevait déjà des plaintes de ceux qui avaient des espaces de terres à la Pépinière et dont les noms n’étaient pas repris sur la liste. Nous avons rencontré deux vieilles mamans sur l’avenue M’Siri qui ont opéré depuis de longues années sur ce site et qui n’ont pas vu leurs noms sur les listes.

       La méthode utilisée par les autorités n’était guère bonne. Avec la liste dite harmonisée avec le ministère de l’Urbanisme et habitat, la remise de l’argent pouvait se passer sur place à la pépinière en indiquant devant témoins le lieu où l’on travaillait. Donc, les oubliés sur cette liste n’ont plus que leurs larmes pour pleurer car l’autorité municipale estime que ce sont les maraîchers eux- mêmes qui avaient confectionné leur liste. 

Conséquences

            Le plus grand espace vert existant encore à Kinshasa va donc disparaître. En ce temps où l’on continue à parler de réchauffement climatique dû à la déforestation, au changement climatique, il est surprenant de constater que les autorités continuent à s’acharner sur tout ce qui est vert. On ne sait pas pourquoi elles n’ont pas choisi le cimetière de la commune de Kasa-Vubu où l’on a pris à maintes reprises la décision de lotir, mais toujours bloquée en cours d’exécution pour construire ces 1.000 logements. En prenant en compte aussi l’espace avec la construction de bâtiments à étages, elles pouvaient atteindre le chiffre de 1.000 logements.

       Les légumes produits par la Pépinière de Bandal étaient vendus dans plusieurs communes de la capitale. Non seulement des maraîchers y

trouvaient leur compte, mais également les vendeuses des légumes venant de plusieurs marchés de Kinshasa vont perdre du coup leur gagne-pain. Maintenant, comme les légumes viendront de la périphérie et du Bas-Congo, il faut s’attendre à une sensible augmentation du prix de la botte de légumes à Kinshasa.

       Un prêtre, alors vicaire à Saint Charles Lwanga ne cessait de recommander aux jeunes filles, dans ses homélies, de cesser de perdre du temps dans leurs maisons ou à attendre toujours de l’argent des garçons en commençant à vendre elles- mêmes des légumes. Il avait été entendu car beaucoup de jeunes filles avaient suivi son conseil. Le

contexte ayant évolué, ce sermon ne passera plus. Et les jeunes vont retourner dans l’oisiveté. Faute de cette activité, bien des jeunes filles vont renforcer les rangs déjà larges des prostituées dans ce périmètre. 

Une cellule de suivi psychologique 

       Ceux qui ont initié la disparition de la Pépinière de Bandal sont vivement invités à mettre sur pied une cellule de suivi psychologique des Congolais et Congolaises qui dépendaient entièrement de cette pépinière. Car les jours qui suivront, à commencer déjà avec les tourments de la rentrée scolaire, quelques uns vivront des moments terribles de stress. La destruction de leur outil de travail va rendre pire et invivable leur situation sociale.      

Jean- René Bompolonga

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