Accroissement des pouvoirs des chefs d’Etat

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Le temps du caporalisme et des hommes forts en Afrique est presque révolu, bien qu’on en observe par-ci par-là quelques survivances qui séduisent les retardataires ayant du mal à comprendre l’évolution de l’histoire.

 L’Afrique a été décolonisée sans être décolonisée. Comme elles avaient peur de la pénétration de l’influence communiste en Afrique, les puissances capitalistes européennes et nord-américaines ont entrepris et réussi la déstabilisation des leaders nationalistes et panafricanistes au pouvoir pour les remplacer par des traîneurs de sabre. Furent assassinés ou chasés du pouvoir par des coups d’Etat militaires, tour à tour le Premier ministre nigérian Tafawa Balewa ; le Premier ministre burundais le prince Rwagasore ; le Premier ministre congolais Patrice Emery Lumumba ; le Président malien Modibo Keita; le Président du Dahomey (Bénin) Hubert Maga ; le Président ghanéen Kwame Nkrumah ; le Président centrafricain David Dacko ; le Président algérien Ahmed Ben Bella ; le Président libérien William Richard Tolbert ; le Président de Haute Volta (Burkina Faso) Maurice Yameogo ; le Président togolais Sylvanus Olimpio ; le Président nigérien Hamani Diori ; le Président ougandais Milton Obote ; le Président mauritanien Moktar Ould Daddah ; l’Empereur éthiopien Taffari Makonnen alias Haïle Sélassie ; le Président rwandais Grégoire Kayibanda … La liste n’est pas exhaustive.

 C’est ensuite l’apparition de ceux que ces puissances néo-colonialistes qualifiaient d’hommes forts en Afrique, tels que John Aguiyi Ironsi et Yakubu Gowon au Nigéria ; Ignatius Acheampong et Frederic Akuffo au Ghana ; Joseph-Désiré Mobutu au Congo ; Michel Micombero au Burundi, Juvénal Habyarimana au Rwanda ; Jean Bedel Bokasa en Centrafrique, Houari Boumediene en Algérie ; Etienne Eyadema au Togo ; Moussa Traoré au Mali ; Seyni Kountché au Niger ; Idi Amin Dada en Ouganda ; Mathieu Kerekou au Bénin ; Aboubakar Sangoulé Lamizana en Haute Volta (Burkina Faso) ; Samuel Doe au Liberia ; Moustapha Ould Mohamed en Mauritanie ; Mengistu Haïle Mariam en Ethiopie ; Lansana Conté en Guinée (Conakry) etc. En parcourant cette liste, on remarque que la plupart des régimes issus des coups d’Etat militaires ont été installés en Afrique francophone, où 3 pays seulement ont été épargnés pour des raisons évidentes, à savoir la Côte d’Ivoire de Félix Houphouët Boigny, le Sénégal de Senghor et le Gabon de Bongo. Ce sont ces putschistes qu’on surnommait des hommes forts en Afrique. Favorisés par la guerre froide qui opposait le monde occidental au bloc communiste, ils ruinaient impunément leurs pays respectifs en plongeant les populations dans  et la paupérisation absolue.

A la fin de la guerre froide et avec la peur du péril rouge qu’elle représentait, accompagnée du rapprochement Est-Ouest, les jours des hommes forts au pouvoir étaient dès lors comptés. Privés de l’appui des maîtres d’autrefois qui mettaieent désormais l’accent sur la promotion et la consolidation des démocraties en Afrique, ceux qui sont tentés de se cramponner au pouvoir envers et contre tout, recouraient à des procédés indélicats et dangereux qui ne leur garantissaient pas le succès. Ils imposent des modifications intempestives des Constitutions et favoraisent des fraudes électorales par l’organisation des scrutins bidon. Induits en erreur par des courtisans de leur entourage manipulés par certains libéraux affairistes occidentaux, ils finissaient  par être emportés par l’ouragan de l’histoire. Le général Gueye a vu son rêve de devenir l’homme fort de Côte d’Ivoire brisé, et a péri tragiquement. Le Capitaine Moussa Dadis Camara en Guinée (Conakry) l’a échappé belle et s’est vu contraint de cesser de jouer avec le feu. Le Président nigérien Tanja est en train de méditer entre quatre murs, son obstination à être plus fort que tous les Nigériens sans s’embarrasser de scrupules.

Inconnues et énigmes de la session en cours

Au Congo-Zaïre, bien qu’aimé des Occidentaux, Mobutu n’avait pas compris que ses parrains voulaient le faire partir en beauté par le truchement de la Conférence nationale souveraine (CNS), en reconnaissance de remarquables services qu’il leur avait rendus pendant des décennies au cœur du Continent africain. Il avait tout mis en œuvre pour torpiller cette conférence et son schéma. Lâché, il fut contraint de s’en aller dans la plus grande humiliation malgré son potentiel militaire, son immense fortune et ses puissants lobbies extérieurs qui ne pouvaient plus lui être d’aucun secours. Il y a beaucoup d’exemples qui montrent que l’histoire et l’environnement international ont considérablement évolué. Hier tolérée, la manière forte est aujourd’hui généralement considérée comme un crime contre la démocratie et contre le droit des peuples à l’autodétermination. Le salut d’une nation réside dans le respect des textes et de la volonté de la majorité du peuple. Hors de cela il n’y apoint d’évolution et de développement.

Depuis la semaine passée, la scène politique congolaise est en ébullition. Le communiqué diffusé à l’issue d’une réunion interinstitutionnelle tenue à Kinshasa a mis le feu aux poudres, en évoquant l’éventualité de la révision de certaines dispositions constitutionnelles dont celles déclarées par le législateur intouchables pour cette première expérience du retour à la démocratie après le processus électoral de 2006. Il s’agit entre autres du mandat du chef de l’Etat, du libéralisme syndical, de l’indépendance de la magistrature, etc.  Le débat est ouvert et passionné. On s’interroge sur la nécessité et l’opportunité de cette initiative. On juge la démarche malencontreuse. L’une des causes des malheurs de l’Afrique est la tendance à l’accroissement des pouvoirs des chefs d’Etat avec comme conséquence l’affaiblissement des institutions supplantées par la prééminence des hommes forts. Quel intérêt y a-t-il à mettre en question une expérience démocratique qui touche à sa fin, alors qu’elle est l’aboutissement pénible de plusieurs années de tâtonnements sous des systèmes despotiques ? Si le pays n’avance pas, ce n’est pas la faute de la Constitution, mais des animateurs des institutions. Les textes ne valent que ce que valent ceux qui sont chargés de les appliquer.

Prenons le cas du découpage territorial. On est parti de 11 provinces à 26. C’était un projet visiblement irréaliste, et des voix s’étaient élevées pour le démontrer. Elles n’ont pas été écoutées. Il n’y a guère longtemps, on a voté et promulgué une loi consacrant ce découpage. Peu après, on se réveille en sursaut pour se rendre compte que son application au cours de cette législature est pratiquement impossible. Il n’y a pas de logique et de constance dans ce qu’on fait. On observe déjà dans l’opinion une vive hostilité à cette idée de révision de la Constitution. Même certains parlementaires et intellectuels de la coalition au pouvoir désapprouvent ouvertement cette initiative qu’ils voient comme la boîte de Pandore dont l’ouverture entraînerait des conséquences incalculables pour l’avenir du pays. La session parlementaire en cours recèle encore des inconnues et des énigmes qui risquent de déconcerter l’opinion.  

Jean N’Saka wa N’Saka

 

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