Accrochages entre les FARDC et le CNDP près de Bunagana

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Deux armées dans une armée ! Certes, cette situation a longtemps prévalu dans d’autres pays, notamment au Liban pendant la longue guerre civile entre les différentes communautés pour des raisons purement confessionnelles mais qui cacheraient en fait une lutte pour de gros intérêts financiers. Au Congo Démocratique, si l’on n’y prend pas garde, ce pays pourtant béni des dieux court le risque de connaitre dans un avenir proche une situation similaire avec celle du Liban des années 1975-95 si l’on ne résout pas la question des groupes armés qui se cachent derrière le prétexte sécuritaire des Interahamwe. C’est le cas des troupes du CNDP et celles des combattants de BANYAMULENGE, les premières opérant dans le territoire de Masisi et Rutshuru au Nord Kivu et les secondes sur les plateaux de Minembwe, dans le Sud Kivu.

Les traits de ressemblance entre les deux groupes armés se retrouvent au niveau des combattants qui se recrutent au sein des populations parlant la langue Kinyarwanda et prétextant combattre les rebelles hutu rwandais des FDLR qui menacent la sécurité physique de leurs congénères, empêchant ainsi des milliers des réfugiés tutsi de rentrer dans leurs villages respectifs.

Chaque jour qui passe apporte son lot de massacres, tueries, viols, destructions méchantes perpétrés par des Interahamwe. Mais, l’on oublie souvent les représailles  sanglantes opérées par les groupes armés des rwandophones, au Sud et au Nord Kivu. C’est le cas des accrochages que l’on a enregistré hier sur la route menant vers la localité frontalière de Bunagana, dans le Nord Kivu, juste en face des frontières avec l’Ouganda et le Rwanda. Des éléments du CNDP ont croisé le fer avec ceux des FARDC, causant de nombreux dégâts dont la hauteur n’a pas encore été évaluée. Selon des sources proches de l’ONG «HAKI ZA BINADAMU», tout est parti des réclamations faites par des conducteurs des véhicules de transport sillonnant ce secteur, qui déplorent les tracasseries  perpétrées régulièrement par des éléments du CNDP, notamment la majoration des taxes et autres amendes pécuniaires à chaque passage, c’est-à-dire à l’aller et au retour sur ce tronçon conduisant vers le port de Mombassa au Kenya.

Outre les taxes pour les véhicules de transport, le CNDP a imposé d’autres pour les tonnages des marchandises et des passagers à un taux exorbitant. Voilà ce qui a énervé les officiers des FARDC dirigeant les opérations militaires de ratissage dans cette partie du territoire national infesté d’Interahamwe. Des pratiques formellement interdites par les autorités administratives et politiques de la province et c’est en voulant mettre la main sur certains éléments indisciplinés du CNDP que les accrochages ont eu lieu. Avec comme conséquence immédiate l’interruption du trafic sur ce tronçon depuis hier sans oublier la panique généralisée à travers les villages avoisinants.

Il semble que des pourparlers ont lieu entre le haut commandement militaire de la province et celui du CNDP qui se comporte comme une armée dans une armée, ses éléments ayant refusé d’obéir à la hiérarchie officielle. L’on rapporte que ceux d’entre eux qui avaient été intégrés dans les  FARDC lors des cérémonies d’intégration de Bunagana en janvier 2009 ont juste fait un aller et retour pour rejoindre leurs bases originaires. De la poudre aux yeux des Congolais, ce qui conforte les accusations de certains milieux politiques qui croient dur comme fer que le gros des troupes du CNDP est constitué des réservistes de l’armée régulière rwandaise envoyés en RDC pour protéger les trafics illicites des matières précieuses, en se tapant des primes tirées des taxes exorbitantes levées sur des véhicules de transport des marchandises et des passagers.

A ce sujet, l’on évoque la scène tragicomique de ce Jet battant pavillon nigérian qui avait été pris à l’aéroport de Goma en flagrant délit de trafic des matières précieuses. Le nom du « général de Brigade » Jean-Bosco NTAGANDA, aujourd’hui chef du CNDP, avait été cité comme le partenaire de ces  trafiquants d’or dont le tonnage avait été estimé à 425 kilogramme pour une valeur de six millions des dollars Us. Un dossier qui a été classé sans suite par le Parquet général de la République.

F.M.

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